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IDIOTIE, IMBECILLITE

Ces formes, d'une même maladie, sont caractérisées par une incapacité de faire des efforts suffisants d'attention ; de là, chez ceux qui en sont affectés, cette espèce de sommeil plus ou moins complet des fonctions delà vie de relation ; de là, surtout l'imperfection des sens, de la mémoire et de l'intelligence. On pourrait trouver plusieurs points de comparaison e-ntre les jeunes enfants et les vieillards déments d'une part, les idiots et les imbéciles de l'autre ; seulement, les enfants, contrairement à ces déshérités, gagnent de jour en jour la propriété de faire des efforts d'attention, et les vieillards la perdent ; les premiers sortent de l'idiotisme physiologique, les seconds entrent dans l'idiotisme morbide.

Les imbéciles, et encore plus les idiots, n'ont pas la faculté d'accumuler leur attention à un haut degré et de donner ainsi lieu à ces phénomènes d'excitation dans un sens, et de prostration dans l'autre, phénomènes si fréquents parmi les fous : on en trouve même de tout à fait inertes, impassibles, sans réaction sensilive ou intellectuelle. Chez eux, il n'y a d'activité nerveuse considérable que dans les fonctions végétatives. Moins ces hommes peuvent spontanément faire acte d'intelligence, moins en dehors de l'habitude prise, il doit leur être facile de s'endormir par le concours libre de la pensée. Comment, lorsqu'on réfléchit à peine, serait-on facilement apte à tomber dans le sommeil artificiel, pour la formation duquel il faut faire des efforts soutenus d'attention ?' Comment endormir des êtres qui n'ont pu éveiller d'eux-; mêmes leurs sens et leurs facultés? Comment endormir des dormeurs ? Cependant, étant admis que les idiots et les

imbéciles peuvent être amenés dans un état plus passif encore que celui où ils sont d'ordinaire, il est certain pour nous, d'après nos expériences sur deux sourds-muets qui, sous le rapport de l'ouïe, sont de véritables idiots par ce sens, il est certain que si l'on obtenait des succès sur ces malades, ces succès seraient de courte durée, au moins dans les cas où semblablement lesorganes de perception, la mémoire et l'intelligence n'arriveraient pas à fonctionner avec cette perfection qui donne de l'attrait à s'en servir.

Malgré des réflexions aussi peu encourageantes, nous avons, une seule fois, essayé d'abord d'influencer une femme simple d'esprit, imbécile véritable. Nos tentatives échouèrent. Plus tard, nous cherchâmes à amener au moins dans le charme un enfant de douze ans, espèce de pesant à intelligence assez obtuse. Dans l'unique séance, consacrée à ce but, nous n'y pûmes parvenir. D'après ces deux faits négatifs, doit-on absolument conclure que l'on ne puisse endormir même des idiots? Non. Pourquoi n'y parviendrait-on pas et, en y mettant plus de temps et de patience, ne les amènerait-on pas au degré de leur sommeil habituel * ?

SUGGESTIBILITÉ MORBIDE. HYSTERO-CATALEPSIE

Sur la même personne, il nous a été permis de traiter, par suggestion, des symptômes d'hystérie et de catalepsie greffés sur une disposition outrée à recevoir l'affirmation dans l'état de veille. Quelque incomplète que soit

1 Dans ces dernières années je suis arrivé à endormir et à guérir des enfants à demi-idiots. Je suis même parvenu à metlre l'un d'eux en somnambulisme, et à le débarrasser d'une incontinence des fèces et des urines. Et de plus, j'ai pu, à un haut point, réveiller en lui, les fonctions iulellei-tin'lks.

l'observation suivante, elle nous permet, cependant,, d'apporter des éclaircissements sur les névroses, dont elle présente à la fois les symptômes.

9e Observation, Mlle H.. , de Pont-Saint-Vincent, treize ans,, tempérament lymphatico-nerveux, est très-impressionnable. Avant sa maladie, nous l'avions déjà endormie plusieurs fois pour lui cautériser une plaie du menton; elle tombait dans le sommeil profond avec beaucoup de promptitude. Vers la fin de novembre, elle fut envoyée à Nancy pour y apprendre à coudre; là, ses règles apparues déjà trois fois, se supprimèrent. Des préoccupations morales dues au changement de vie amenèrent, sans doute, cet accident qui fut suivi d'autres symptômes pour lesquels on la renvoya chez sa mère.

5 décembre 1860. Nous trouvons MUo H... immobile dans son lit, sans initiative, mais répondant aux questions qu'on lui adresse. Elle ne sait qu'une chose sur ses antécédents, c'est que depuis trois jours elle n'a pas mangé. Hémicrânie, douleurs à l'épigastre, pouls petit, fréquent, peu de chaleur à la peau. Un vomissement de sang a eu lieu depuis son arrivée* Pendant qu'elle converse avec nous, nous découvrons que ses bras gardent la position qu'on leur donne ; tels les somnambules qui. mis en rapport et parlant, font de même sans avoir l'air d'y prêter attention. Comme cette jeune fille nous paraît dans un état passif analogue au charme ou veille somnambulique.sans l'endormir nous pratiquons immédiatement et avec insistance la suggestion négative des symptômes observés, ce qui amène de suite une guérison que nous présumons durable; la malade se lève aussitôt, demande à manger et se dit rétablie.

6 décembre. Rechuteàla suited'une émotion. La mère de la malade, attribuant les nouveaux accidents survenus à notre manière insolite de guérir, on tarde de nous appeler. C'est alors qu'àlavue de convulsions violentes, on croit à la mort prochaine de cette fille; on la f lit administrer; on s'apitoie sur son sort et l'on dit devant elle, à qui mieux mieux, son oraison funèbre. Plus ou moins à elle-même, elle s'affirme nécessairement ce que l'on croit de son état et, le mal empirant, ceux qui sont autour d'elle se décident enfin à venir nous chercher, par acquit de conscience. Nous arrivons à lafin d'un accès. Immobilité générale et isolement apparent de tous les sens. Les membres supé-

rieurs conservent la place qui leur est marquée; c'est une indication que le tact n'est pas éteint et une preuve de l'inertie de l'attention qui reste en arrêt sur l'idée fixe suggérée par le toucher. Quelques instants après, retour à l'état de suggestibilité morbide déjà observé la veille. Pendant que nous questionnions la malade, sa mère ayant jeté un cri, -elle fit écho de la même façon, puis, sa mère se lamentant, elle se plaignit de même, se taisant, elle se tut et, enfin, ayant eu l'imprudence de dire qu'elle allait perdre son enfant, il se déclara immédiatement, chez cette fille, un accès du même genre que celui d'où elle sortait lors de notre arrivée. — Perte de connaissance, yeux convulsés en haut, figure grimaçante, trismus avec grincement de dents, convulsions cloniques de tous les membres, mouvements alternatifs de flexion et d'extension du tronc portant la tête près des genoux, isolement général des sens. Bientôt l'agitation cessa et la malade repassa dans l'état où nous l'avions trouvée la veille à notre arrivée, après être demeurée transitoirement quelques minutes dans l'immobilité et avoir présenté une insensibilité apparente, car ses membres gardèrent la position que nous leur donnâmes. Ce fut alors que nous nous aperçûmes que des déjections alvines et urinaires avaient eu lieu. Notre examen terminé, nous allions refaire la suggestion quand la mère et, parimitation, sa fille s'y opposèrent ; cette dernière répétait mot pour mot les arguments qu'elle entendait : c'était réellement comique. Nous n'insistâmes pas. Eau froide intus et extra. Défense d'exprimer le plus léger doute sur l'issue de la maladie de cette fille ; recommandation de répéter toujours devant elle que la terminaison de son affection sera heureuse.

7 décembre. On a exécuté le traitement par l'eau froide ; mais l'on n'a pas tenu compte de notre traitement moral. Le public et même les médecins ne comprennent pas que l'on puisse faire du bien au corps sans ingestion et sans application de remèdes; ils ne comprennent pas la thérapeutique sans - une forme palpable ; mettant de côté la pensée si puissante sur l'organisme, ils donnent leur préférence, pour réagir sur ce dernier, à des agents matériels; comme les Hébreux cherchant la terre promise, ils délaissent le culte du vrai Dieu afin d'adorer le veau d'or.

8 décembre. Traitement mal suivi. Accès plus intenses et plus répétés. Trismus continuel, même dans l'intervalle des accès. La malade qui, jusqu'aujourd'hui, avait pu causer, avaler de l'eau et un peu de bouillon, n'est plus dans la possibilité de le faire et, comme la diète date déjà de six jours, nous avons hâte d'en finir. Nous annonçons alors à la mère que nous allons employer un aulre moyen, donner de notre fluide à sa fille et que, par ce traitement électrique, nous avons tout lieu d'espérer qu'elle reviendra bientôt à la santé. Au lieu d'affirmer la négation des symptômes maladifs à haute voix, nous promenons nos doigts à distance le long de son corps et de ses membres ; ce langage par signes, cette suggestion tacite, d'après ce que nous venions de dire, ne pouvait manquer de faire son effet, puisque nous avions affaire à une automate subissant toutes les impressions, soit en bonne, soit en mauvaise part. Par ce moyen, emprunté aux magnétiseurs, le trismus et la douleur épigastrique ne tardèrent pas à disparaître. Enhardi alors, nous annonçâmes, tout en causant d'autrechose, que le mieux produit allait être suivi d'évacuation (elles manquaient depuis deux jours) et de la possibilité de prendre du bouillon, les dents étant déjà dessérées. Cette dernière suggestion verbale n'effaroucha pas plus que celle qui l'avait précédée. Il y eut, en effet, un peu après, des évacuations alvines et urinaires. De plus, M"e H... prit du bouillon, se remit à causer et la joie reparut dans la maison.

9 décembre. Depuis hier, le moral des personnes environnant le lit de la patiente est resté ferme, aussi la grande amélioration de la veille s'est maintenue. Refait les mêmes simulacres. La disparition des accès ramène tout à fait l'espérance au foyer. Jusqu'au 16 décembre, nous continuons nos passes et nos affirmations indirectes une fois par jour, plutôt pour l'entourage de la malade que pour elle-même ; car elle pourrait s'en passer si l'on ne craignait autour d'elle des interprétations absurdes, ainsi que dès le début de son affection.

L'observation précédente présente deux formes distinctes : 1° un état de suggestibilité excessive, presque continu, pendant lequel la malade n'est isolée d'aucun sens et reste l'écho de ce qui se fait, de ce qui se dit et de

ce qu'on lui suggère ; 2° des accès hysléro-cataleptiformes avec isolement, accès déterminés par des idées émotives. De là, une division naturelle de ce que nous avons à dire, une première partie ayant trait à un état de trop grande suggestibilité et la seconde, à la catalepsie et à l'hystérie.

1° Il est chez tout le monde une disposition très variable à s'affirmer ce que l'on observe autour de soi ; cette disposition est le germe des manifestations passives que nous avons appelées : fascination, imitation, amour, charme, sommeil profond, etc. Parallèlement à ces expressions physiologiques ou manières d'être de l'organisme, il y a des névropathies que nous rapportons au sommeil, parce que cet état les résume le mieux ; il en est le type premier. Une des plus remarquables, c'est l'état presque permanent que nous a présenté le sujet de l'observation que nous venons de relater; à cause des rapports conservés, cet état de disposition à une suggestibilité anormale ressemble assez bien à celui sur lequel se greffe le sommeil léger, le somnambulisme et d'autres manifestations organiques analogues. On. ne saurait mieux comparer Mlle H..., dans les intervalles de ses accès, qu'à une personne mise en charme ou veille somnambulique ; de même que cette personne, elle est en communication avec ceux qui l'entourent, présente de la catalepsie et, comme elle, subit le contre-coup de ce qu'on lui suggère ; de là, la repétition par imitation des cris, des plaintes, des paroles de sa mère. Ces manifestations sympathiques n'ont lieu que parce que cette fille n'a plus assez la faculté de faire effort pour les empêcher.

Chez M11" H..., les actes d'imitation ne ressemblent nullement aux actes physiologiques du même genre ; ils ne présentent, ni le caractère si remarquable de haute raison des tendances instinctives de l'enfant à imiter sa mère, tendances supposant en celle-ci le complément in-

tellectuel que son nouveau-né n'a pas encore ; ni la prédisposition à l'imitation départie à l'homme sain, lequel ne cesse en même temps de jouir de son activité habituelle d'esprit et de corps ; dans le cas dont il s'agit, cette activité fonctionnelle a fait naufrage.

Même dans l'intervalle de ses accès, Mlle H présentait du trismus, c'est-à-dire, une contracture continue des muscles masticateurs. Les auteurs n'ont pas bien distingué cette contracture permanente de la contracture cataleptique. Yinslow, les confondant, a même fait du tétanos une forme delà catalepsie. Il s'est trompé. Lorsque les membres d'un malade gardent les positions successives qu'on leur assigne, la contracture de leurs muscles est absolument analogue à celle des muscles des somnambules, chez lesquels on détermine semblables phénomènes ; ces rêveurs ne peuvent réagir parla volonté ; ils acceptent les idées qu'on leur suggère, que ces idées leur soient imposées verbalement ou par geste ; aussi, leurs membres contractures, n'importe dans quelle attitude, sont toujours l'expression d'une idée accompagnant les sensations produites ou les idées suggérées. C'est tellement vrai quer faute de mise en communication, et, par conséquent, d'une impression perçue chez les dormeurs, ces mêmes membres soulevésdenouveauretombent comme un plomb: l'absence d'idée formulée au cerveau amène l'absence de contracture. Pareillement, la contracture cataleptique des malades en suggestibilité morbide, est l'expression consécutive d'une idée fixe suggérée, reçue sans réaction et à l'influence de laquelle ces malades ne peuvent résister ; elle est par conséquent le résultat obligé de la réflexion d'une impression des sens aux nerfs locomoteurs des muscles, par l'intermédiaire au cerveau de la pensée consciente.

Jusqu'aujourd'hui, l'on avait bien soupçonné que l'ex-

tension cataleptique a une relation direcle avec une perception tactile; mais on s'en était borné là. Cependant Gerdy l'avait déjà attribuée à un vague sentiment du toucher, et l'avait appelée un phénomène d'attention inattentive, parce que les malades ne paraissent pas porter à cet acte une véritable attention; mais ce fut tout. Il fallait conclure et ajouter que l'impression tactile est le point de départ d'une idée fixe, acceptée par l'esprit, et traduite à la lettre par une partie de l'appareil musculaire.

Les contractures toniques ou permanentes diffèrent de celles qui viennent de nous occuper. Personne n'est maître de ramener, dans le relâchement, les membres raidis d'un tétanique ; le malade lui-même qui sent, pense, raisonne et est plein d'initiative, subit les contractures de ce genre ; c'est que, chez lui, la raideur des muscles est l'effet réflexe d'une sensation continue et insciente, sensation qui n'est nullement convertie dans l'organe cérébral en une idée consciente : pour qu'il pût ou que Ton pût commander des mouvements à ses muscles, il lui faudrait à sa disposition cette quantité accumulée d'attention que donne le sommeil, et qui alors sert à modifier ce qui ne pouvait l'être auparavant. C'est grâce à un aussi grand afïïux de cette force, lorsque les malades sont plongés dans le sommeil profond, que Ton vainc toujours le trimus et les autres sortes de contractures, même tétaniques {. On a ainsi le pouvoir, dans cet état, de reprendre l'attention qui, à l'insu des malades, nourrit les sensations dont ils n'ont pas conscience, pour reporter cette force sur les muscles enraidis et les assouplir.

2° De même que lasuggestibilité maladive de M1,e H... a été la condition d'actes par imitation suggestive; de

1 Voy. Cours théorique el pratique de Braidisme, par Durand (de Gros), obs. p. 131. J.B. Baillière et fils, 1860.

même aussi, l'a-t-elle été encore de l'accès avec spasmes cloniques et avec contracture cataleptique que cette fille nous a présenté. Au lieu de phénomènes déterminés par une affirmation ou par appel sur une idée de l'attention devenue inerte, nous avons observé alors des symptômes par accumulation rapide et violente de cette même force sur une idée fortement émotive : d'abord, un isolement complet des sens et des contractions tumultueuses; puis enfin, lorsque la détente de l'attention révulsée a commencé, de la contracture cataleptique, signe du retour des sensations. Il n'est pas nécessaire, pour qu'un tel accès névropathique par émotion se développe, que l'on soit dans une disposition maladive semblable à celle du sujet de notre observation; il suffit qu'en santé, l'on possède une exquise sensibilité.

A la fin de ses accès, notre malade, sans paraître éprouver des impressions, avait cependant une conscience obscure des sensations ; la preuve en est que ses membres obéissaient automatiquement et restaient à la place que nous leur assignions. Mais pendant l'accès, lorsque dominaient les signes hystériques , on n'observait aucune marque d'impressions conscientes vers -les sens, parce que l'attention s'était trop fortement accumulée et mise en arrêt sur une idée émotive, et cela nécessairement, avec plus d'énergie encore que dans le sommeil profond. De cette différence entre les symptômes hystériques du commencement de l'attaque et les symptômes cataleptiques de la fin ou du retour à un état plus normal, il nous est déjà permis de supposer que l'hystérie, lorsqu'il y a isolement complet, ne peut être que le partage de personnes très impressionnables, et que la catalepsie, état passif moins profond, puisqu'il y a perception, prendra plutôt naissance chez celles qui sont moins nerveuses. Les faits, du reste, viennent à l'appui de notre déduction. Nous n'avons

jamais vu arriver des contractions cloniques que chez les dormeurs profonds, les plus nerveux entre tous; tandis que nous avons vu la catalepsie se déclarer ordinairement même, dans l'état de charme. De plus, il est notoire que les hommes sont moins impressionnables que les femmes ; ils deviennent parfois cataleptiques, plus rarement hystériques: l'hystéricisme est surtout le privilège des sensitives du sexe féminin.

D'après ce que nous venons de dire, bien que les accès hystéro-cataleptiques soient proportionnels à la susceptibilité nerveuse et qu'ils le soient, comme il est certain, à l'intensité de leur cause; bien même parfois que le genre des émotions détermine plutôt une maladie qu'une autre, ainsi l'épouvante à l'égard de l'épilepsie; il est un fait que l'on ne saurait récuser : c'est que, une maladie de celle de l'espèce qui nous occupe étant donnée, pour des émotions reçues de natures diverses, ceux qui ont eu déjà un accès retomberont toujours dans un accès semblable; ils glisseront d'eux-mêmes vers la pente dont ils ont déjà pris le chemin. Ce qui porte à croire à l'assertion que nous émettons, ce sont des faits. Sous les influences morales les plus variées, une femme devenue hystérique a toujours des attaques caractéristiques de cette maladie, jamais celles d'une autre. Ce qui confirme encore notre dire, c'est le fait d'un somnambule artificiel, cité par ChardeM, lequel, ayant vu un recouvreur se luer devant lui en tombant du haut d'un toit, s'endormit immédiatement après l'émotion qu'il en éprouva; peutêtre cet homme, éminemment nerveux, s'il n'eût jamais été mis en somnambulisme, serait-il devenu épileptique par la même cause ; dans ce cas, l'habitude a pu agir comme un paratonnerre.

1 Psychologie physiologique, p. 254.

Comme dans l'accès qui nous occupe, il y a des signes de catalepsie et d'hystérie, il est bon, pour plus de clarté, de diviser ce que nous avons à dire sur ces deux affections.

L'affirmation que l'on se fait d'idées émotives, affirmation dont l'expression est un sentiment : amour, hainer jalousie, terreur, chagrin, exaltation religieuse, etc., est la cause déterminante la plus connue de la catalepsie *. Mais, pour quecelte maladie se forme, il n'est pas toujours nécessaire que l'attention concentrée soit renforcée par une émotion ; il est des accès amenés par la simple contention d'esprit que nécessite l'étude 2 ; il en est même qui naissent à la suite d'une affirmation que l'on se fait à son insu.

Le type de l'accès cataleptique est renfermé dans les sommeils légers et profonds. Puel définit la catalepsie 3 : « Une névrose intermittente, essentiellement caractérisée par l'impossibilité où est le malade de changer volontairement d'attitude ; tandis qu'une personne étrangère peut, à son gré, faire passer successivement tous les muscles de la vie animale, par tous les degrés intermédiaires entre les limites extrêmes de contraction et d'extension. » Cette définition est applicable, de point en point, à la catalepsie des états de charme et de sommeil artificiel, lorsque le sujet, mis en rapport, n'a pas encore reçu l'idée de mouvoir son corps et ses membres par lui-même. Considérés par le symptôme pathognomonique indiqué par Puel, les cataleptiques ne sont réellement que des dormeurs mis en communication par un ou plusieurs sens, mais toujours par celui du toucher. Chez ces malades, disons-le, audessus des signes de contracture musculaire, il en est

1 Mémoire, sur la catalepsie, p. 91., par Puel. J.-B. Baillière, 1856. -' Ici., p 93.

3 IJ., p. 47.

d'autres encore de communs, mais seulement avec les somnambules ; ce sont des signes qui dérivent aussi de l'inertie de l'attention ; telle l'impossibilité qu'ils ont de sentir, d'entendre, etc., autre cbose que ce qu'on leur suggère par le toucher.

Mais, ce n'est pas seulement par les signes précédents que la catalepsie spontanée ressemble à celle du sommeil c'estaussi par d'autres caractères. On a vu des cataleptiques en accès obéissant comme les rêveurs aux ordres qu'on leur transmettait l. D'autres, ceuxde G. Aurélianus 2, portaient sur leur figure le désir de répondre et pleuraient parce qu'ils nepouvaient parler. Nous avons remarqué semblable chose sur des somnambules, au début de leur sommeil ; il nous a fallu, une fois, attendre dix minutes la réponse à une question entendue et comprise par le dormeur. Il n'est pas, jusqu'au souvenir après l'accès, que l'on ne retrouve chez les cataleptiques. Ainsi que lessomnambules, il est des malades, d'après Pinel , qui gardent à la suite de leurs crises des notions vagues et indéterminées sur la forme, la nature, les actions et les qualités des corps avec lesquels on les a touchés. D'autres observateurs, et Puel lui-même3, ont eu la rare occasion de faire pareille remarque. On a même observé une auradans la catalepsie ; c'est pour nous le signe d'une préocupation de l'esprit, comme les prodromes du sommeil sont la marque d'une concentration progressive de la pensée.

De même que la folie, maladie du sommeil par excellence, la catalepsie n'a été traitée avec succès que par la révulsion morale. Cette méthode, où l'on fait même usage de perturbateurs et de révulsifs violents, n'a eu des effets si avantageux que parce qu'elle est cause d'un déplace-

1 Mémoire sur la catalepsie, obs. par Bourdin, p. 68.

2 ld., p. 69.

3 ld., p. 67.

ment continu de l'attention dans un sens opposé à celui où elle se portait auparavant : c'est une longue suggestion. Puel, le premier, a employé, avec succès, des frictions manuelles sur les membres d'une de ses malades. Il remarqua, avec étonnement, en passant les doigts avec légèreté sur le trajet des muscles contractures, que ces organes se détendaient et reprenaient peu à peu leur souplesse '. Il ne se doutait nullement, pas plus que les endormeurs fluidistes, qu'il donnait ainsi l'idée à sa cataleptique de mettre ses membres dans le relâchement. Combien plus vite ce médecin aurait amené la guérison de sa malade, s'il l'eût mise en sommeil léger ou en somnambulisme dans l'intervalle des attaques, et si alors, il eût affirmé la disparition des symptômes morbides. Il lui aurait été possible, même pendant l'accès, d'amener son rétablissement immédiat en pratiquant la suggestion verbale.

Ces considérations sur la catalepsie, dont le sujet de notre observation a présenté quelques instants des signes véritables, nous conduisent à faire des réflexions sur l'hystérie, parce que ce sujet en a aussi offert un des symptômes les plus remarquables : les convulsions cloniques. Si cette malade n'a pas eu d'aura devant nous, tels sont le clou ou la boule hystérique, c'est que son organisme a été ébranlé trop rapidement par la pensée de la mort, pour qu'une incubation fût possible. Et maintenant, si les convulsions qu'elle a éprouvées ne sont pas un signe distinctif des accès hystériques, elles en sont au moins l'élément culminant. Ces convulsions, fruits d'idées émotives, différemment de la contracture permanente des cataleptiques, sont dans leur point de départ interne, sans relation directe avec la pensée consciente. Elles sont

1 Voy. Mémoire sur la catalepsie, obs. 150

l'effet réflexe de celte sensibilité profonde émanant de cet autre nous-mème qui préside à la vie intime des tissus, sent, pense agit tacitement avec une conscience à lui et sans que nous le sachions. Un excès de force nerveuse affluant donc ainsi, aux dépens des nerfs de la vie animale et surtout de la moelle vers les organes innervés par le grand sympathique et rendant par là même plus vives les impressions que ce nerf reçoit-, il arrive que ces impressions occultes sont le point de départ de convulsions réflexes et alternatives ; sans doute parce qu'elles sont la réflexion de sensations intermittentes, sensations exagérées elles-mêmes par la pression intermittente des muscles en mouvement de la vie organique.

Ce n'est pas ici le lieu de faire la description de l'hystérie. Bien que Fr. Hoffmann lui ait donné l'épithète de morborum cohors, et qu'elle paraisse, à d'autres, un assemblage inextricable de phénomènes divers, le grand nombre des signes du sommeil profond y sont dominants ; on y retrouve une aura, de l'hypéresthésie, de l'anesthésie partielles, et même l'isolement de tous les sens et la gêne de la respiration. Il n'est pas jusqu'aux accidents convulsifs et à la manière dont naît l'hystérie, à la suite d'une idée avec émotion, il est vrai, qui ne rapproche cette affection du sommeil. Les hystériques ne deviennentelles pas encore facilement somnambules? Plus que la catalepsie, l'hystérie, même lorsqu'elle vient par imitation, est la conséquence obligée d'une concentration de l'attention sur une idée émotive. Sydenham va jusqu'à dire ' : « Si le mal, dont une femme se plaint, l'attaque lorsqu'elle éprouve quelques émotions morales, alors je suis pleinement assuré que c'est une affection hystérique.» Si, pour Sydenham, l'hystérie est implicitement renfermée

1 Médecine pratique.

dans une réaction par concentration émotive de l'espritr ainsi que la plante est en germe dans la semence ; nous avons donc raison d'en faire une maladie du sommeil dont elle présente les signes, état physiologique passif qui est lui-même un effet de concentration de la pensée.

Ce qui encore relie l'hystérie au sommeil , c'est que, comme dans les autres affections se rapportant à ce dernier état, le travail d'esprit et de corps, cause puissante de révulsion de la force nerveuse, a eu les résultats les plus avantageux pour amener la terminaison heureuse de cette maladie.

Les symptômes des deux formes morbides, sur lesquelles nous venons de faire des réflexions, se présentent souvent sur la même personne. Georget qui, avant nousr avait remarqué des marques de catalepsie chez des hystériques et d'hystérie chez les cataleptiques, en avait conclu, avec raison, à l'identité primordiale de ces deux affections. Et, en effet, elles ont pour type physiologique primitif, certains signes du sommeil, et pour cause une idée.

Ce que c'est que le plus ou le moins dans l'action d'une force : ici, peu révulsée, l'attention en arrêt sur une idée a pour résultat une contracture permanente : la catalepsie n'existant que parce que le sujet en a conscience ; là, fortement révulsée, elle a pour résultat des contractions intermittentes dues à une sensation inconsciente du sujet. Et ces deux symptômes dissemblables, provenant de la différence de concentration de l'agent déplacé, sont euxmêmes suivis d'autres symptômes consécutifs encore plus opposés entre eux : tandis que le cataleptique, par exemple,, n'urine ni ne va à la selle, faute d'y penser et de le vouloir, l'hystérique remplit ces fonctions involontairement et sans le savoir. De cet élément simple, l'attention, selon que, dans son action, elle est plus ou moins en excès, il

résulte, en définitive, des phénomènes môme tout à fait contraires. Ne nous étonnons donc pas que cette force soit la créatrice des sensations, des idées, du pouvoir de remémoration, du raisonnement, de nos actes; que par la pensée^ elle soit la maîtresse souvent absolue de l'organisme et que, sous le rapport de la vie végétative, elle soit comme l'archée qui développe le corps, l'entretient ou permet sa ruine ; c'est l'unité, cause de la diversité.

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