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ANEMIE

Il est déjà admis par des médecins que l'albuminerie, le diabète, la pneumonie, le rhumatisme articulaire, le goitre exophtalmique, etc. , proviennent directement d'impressions reçues par le système nerveux, n'importe comment, et que le siège et la nature de ces impressions déterminent le siège et la nature de la maladie. Ces médecins sont dans la bonne voie et il n'y a qu'à généraliser leurs principes. Il n'est peut-être pas d'affections où les résultats heureux et subits, amenés par la suggestion, démontrent, comme l'anémie, la vérité de cette théorie. Si l'on obtient souvent la guérison immédiate de cette maladie, si la santé coïncide, après affirmation, avec la pauvreté du liquide circulatoire, il va de soi que les globules du sang diminués et qui ne peuvent être reconsti-

tués en un instant, ne sont pas toujours la cause première et véritable des signes pathologiques observés ; mais un effet d'un vice supérieur d'innervation.

Nous avons choisi, autant que possible, pour objet de nos traitements, les femmes anémiques qui se sont présentées à nous avec les symptômes les plus tranchés. Elles étaient, presque toutes, d'une nature très impressionnable, et ce caractère, quoique plus marqué dans la maladie, la précédait dans la majorité des cas.

Sur trente-neuf malades de cette espèce, il y en a eu sept qui ne furent pas influencées. Deux des sept femmes non influencées étaient d'une névrosité très exagérée et n'étaient devenues souffrantes qu'à la suite de chagrins domestiques; l'appétit se perdant, les recettes n'équilibrant plus les dépenses, leur esprit se concentrant en même temps de plus en plus sur des idées tristes, il nous fut impossible de révulser leur attention dans un autre sens. Pourtant l'une de ces deux dernières, femme très raisonnable, s'étant trouvée ensuite en rapport avec un de ses parents, curé dans lequel elle mettait sa confiance, fut convaincue par lui que la cause de ses maux était dans sa tête : depuis lors, son moral fut remonté ; elle prit le contre-pied de ce qu'elle avait fait ; au lieu de se nourrir de pensées affligeantes, elle chercha à diriger son attention sur d'autres objets, et elle revint ainsi à un état de santé assez satisfaisant.

Les trente-deux anémiques soignées réellement par nous se divisent en trois catégories : 1° celles que nous avons traitées par l'affirmation seule pendant la veille ; 2°cellesqui l'on été par le même moyen, à l'état de sommeil léger ; et enfin 3° celles qui l'ont été de même clans le somnambulisme. Il est presque inutile de dire que toutes présentaient des signes tranchés de pauvreté de sang, et qu'ungrand nombre d'entre elles étaient affectées de fleurs

blanches et se plaignaient de douleurs gaslralgiques, intercostales et autres.

1° Nous avons pratiqué l'affirmation sur cinq femmes, sans qu'elles y eussent été préalablement préparées, et eussent été mises dans une forme quelconque du sommeil provoqué. Il est bon de le répéter, cette méthode consiste à regarder avec fixité les personnes sur lesquelles on veut obtenir un résultat; en même temps, on dirige la main vers les parties les plus souffrantes en énonçant, à haute voix, la disparition des symptômes dont elles se plaignent, et l'on finit par leur affirmer, en outre, le retour de la tranquillité de l'esprit, la gaîté, un sommeil calme, l'appétit, les digestions faciles, etc. ; enfin la guérison la plus entière.

Ce qui se passe alors chez ces malades éveillés c'est ce qui a lieu chez tous les autres pendant le sommeil léger et le somnambulisme. A renonciation de la formule précédente, modifiée suivant les cas de maladies, il arrive que les symptômes morbides deviennent inconscients ; la patiente met à leur place les idées nouvelles qu'on lui impose ; elle se les rend conscientes à un haut degré, et ces idées deviennent d'autant plus dominantes dans son esprit, qu'elles y sont vivement représentées ; enfin il suffit qu'elles soient passées àl'état d'idées fixes, pour que la santé se rétablisse; alors l'attention reflue continuellement de là où elle était en excès et afflue là où elle était diminuée 1.

Deux des femmes traitées par ce mode de suggestion appliqué dans l'état de veille, mode qui, au fond, n'est autre que celui des toucheurs, se trouvèrent immédiatement rétablies. Leur guérison se maintint-elle ? Il nous fut impossible de le savoir. Une troisième, légèrement

1 Voy. pour plus ample explication de ce mécanisme, lro partie, ch. ni.

anémique, par suite de chagrins, fut entièrement guérie par le même moyen. Pendant les cinq mois et demi qui suivirent, elle éprouvaseulement une soif vive et continue. Une autre accouchée depuis trois mois et présentant en même temps un écoulement utérin sanguino-purulenttrès abondant, vit presque aussitôt disparaître ensemble et cet écoulement et les signes d'anémie ; depuis lors, la guérison ne s'est pas démentie. Enfin, une dernière, épuisée par un allaitement trop prolongé et se plaignant de fleurs blanches, de battements de cœur, de douleurs gastralgiques etc. , a été délivrée de ces symptômes après deux suggestions, dans ce même état de veille.

2° Parmi les dix-huit malades amenées à l'état de sommeil léger, quatre furent guéries radicalement à la suite d'une seule suggestion ; deux, après une simple affirmation, n'éprouvèrent plus rien ; mais comme nous ne les revîmes pas, nous ne savons ce qu'il en advint. Une se rétablit à la suite de trois suggestions ; trois autres, après une et deux suggestions, se trouvèrent soulagées de une heure à cinq jours. Quant aux six dernières, quatre tombèrent en récidive ; quinze jours, trente-cinq jours, deux mois et huit mois après la seule suggestion que nous leur fimes. La malade chez laquelle la guérison dura trente-cinq jours, était une jeune fille fort sensible dont la maladie récidiva par l'effet d'une émotion.

Yoici, en raccourci, les observations les plus intéressantes des anémiques mises en sommeil léger et guéries par la méthode suggestive.

15° Observation. Mme G...., de Nancy, fait remonter sa maladie à trois années en arrière, époque où elle perdit son mari. Depuis lors, jusqu'aujourd'hui, elle n'a cessé d'être souffrante et de dépérir. Elle a épuisé les traitements de plusieurs médecins: antispasmodiques, ferrugineux, eaux minérales, etc. Rien ne l'a soulagée. C'est alors qu'elle vint me trouver, en désespoir de cause, le 21 octobre 1861.

Celte personne est une brune de 22 ans, d'un tempérament bilioso-nerveux, à aspect triste et au teint mat. Elle se dit très affaiblie, éprouve un sentiment général de fatigue, des douleurs névralgiques vagues, des envies de pleurer ; le bruit, la musique, la joie des autres l'agacent et l'irritent. Spasmes, battements de cœur, essoufflement, perte d'appétit, fleurs blanches, etc. On le reconnaît, cette anémie n'est pas pure, elle est légèrement compliquée d'hystéricisme. Au sortir du sommeil et après la suggestion, cette malade s'est trouvée comme rajeunie, c'est là son expression, et elle s'est crue guérie. Elle est repartie pleine de gaieté, a pu gravir sans s'arrêter une côte qu'elle ne pouvait monter qu'en se reposant plusieurs fois. Le même jour, elle a senti l'aiguillon de la faim, a même regardé danser sans pleurer et a passé une soirée comme elle n'en avait pas eu depuis longtemps.

22 octobre. Cette malade vient nous trouver disant qu'elle est guérie; que ses forces mêmes sont revenues et qu'elle n'éprouve plus qu'une légère douleur au flanc droit, douleur que nous faisons disparaître après suggestion pendant le sommeil léger.

Depuis cette époque nous avons eu souvent l'occasion d'avoir des nouvelles de cette personne et, jusqu'à ce jour, la guérison ne s'est pas démentie.

On s'étonnera qu'un homme sérieux avance que les forces crues perdues depuis longtemps reviennent tout d'un covp. Mais qu'on réfléchisse pourtant sur les phénomènes étranges que nous révèlent les maladies où l'élément nerveux domine, maladies que les médecins ont comparées à Protée. Chacun a dû rencontrer de ces êtres qui, pendant des semaines, peuvent aller à peine de leur lit à leur fauteuil et sentent toutes leurs forces revenues, dès qu'il s'agit d'assister à une soirée. Cette faiblesse n'est dans ces cas, que l'effet d'une croyance, d'une dépression morale, et non l'effet d'un affaiblissement véritable. Pour notre part, nous avons rencontré une anémique qui n'était pas capable de faire le tour de chez elle sans être essoufflée, mais qui, s'il s'agissait d'un bal, dansait toute

une nuit sans aucune gêne. Tout le temps qu'elle s'amusait elle ne créait plus son mal en y songeant ; elle pensait à autre chose, elle était guérie. Nous avons eu aussi l'occasion d'observer une dame atteinte d'une arthrite rhumatismale chronique de l'articulation tibio-tarsienne droite, arthrite lui causant de violentes douleurs, lorsque s'ennuyant, elle y portait son attention. S'agissait-il d'une promenade agréable, d'un repas joyeux, d'us bal, elle ne souffrait plus ; mais fallait-il se rendre à l'église ou faire une visite ennuyeuse, la souffrance revenait. C'est que, par la pensée, nous portons dans notre cerveau la santé et la maladie, la faiblesse et la force ; nous créons en nous le calme et la tempête aussi facilement, parfois, que nous faisons succéder, dans la nuit la lumière aux ténèbres.

16e Observation. Mme D , de Neuves-Maisons, est une

femme de 34 ans, d'une forte charpente, brune et d'un tempérament bilioso-nerveux. Quoique très impressionnable, cette personne avait toujours joui d'une excellente santé, jusqu'à ce qu'elle habita une maison où elle se trouva en rapport avec une femme dont le caractère lui était antipathique. Depuis lors, elle fut mal à son aise et devint souffrante peu à peu. La tristesse, des envies continuelles de pleurer, la perte de l'appétit, des douleurs gastralgiques, de la céphalalgie, des battement de cœur, de la constipation, des fleurs blanches, l'idée folle de croire que tout le monde se moquait d'elle, tous ces symptômes, elle finit par les éprouver à la fois. On voit encore ici l'hystéricisme compliquer l'anémie.

8 juillet 1862. Sommeil léger et suggestion. Le résultat de cette première séance a été, immédiatement, le retour de l'appélit et de la tranquillité d'esprit, et, dans la soirée, la disparition de la céphalalgie et des douleurs gastralgiques.

9 juillet. Sommeil léger et suggestion. Cette personne n'a plus ressenti ses symptômes morbides jusqu'au 19 juillet, sauf qu'elle a éprouvé encore de la constipation et un léger mal de tête le 10. Nous avons entretenu, pendant ces dix jours, la liberté du ventre avec de l'eau magnétisée ; ce qui, en langage clair, veut dire que nous avons maintenu l'esprit de la malade

dans la pensée, presque toujours permanente, d'aller facilement à la selle.

19 juillet. Retour de la douleur gastralgique. Sommeil léger et suggestion. La douleur revint deux jours après et se prolongea jusqu'au 25 juillet. Sous tous les autres rapports, plus rien.

D'ordinaire, les symptômes de ce dernier genre ne récidivent que parce que l'attention du sujet se reporte à l'idée de la douleur qui était devenue inconsciente. Cette force en revivifie l'image gravée dans la mémoire, la fait renaître comme sensation en lieu et place, grâce souvent à une cause sentie: telle qu'une démangeaison, une piqûre légère sur les surfaces où était éprouvée la douleur ; ou bien grâce à une association involontaire d'idées. Une maladie, où le moral joue un grand rôle, récidivera toujours plutôt par les symptômes les mieux marqués dans la mémoire; ceux de douleur, par exemple, que par les symptômes moins pénibles comme un battement de cœur, une sécrétion de fleurs blanches ou autres dont les traces y sont moins bien conservées. Aussi, de toute nécessité, plus après suggestion les caractères d'une affection seront effacés, plus on aura de chance de ne pas les voir reparaître.

25 juillet. Sommeil léger et suggestion après lesquels la malade se trouve bien. Gomme nous étions dans l'impossibilité de continuer le traitement suggestif, nous prescrivîmes du fer et du quinquina: inconséquence, car de ce jour cette femme n'éprouva plus rien. S'il arrive que l'on conteste cette guérisonà notre méthode, il faut avouer qu'elle paraît en avoir les honneurs.

3° Il nous reste à parler des anémiques que nous avons plongées dans le sommeil profond. Elles sont au nombre de 9.

La première d'entre elles, est une jeune femme arrivée au dernier degré du marasme. Souffle carotidien,infiltratration générale, règles disparues depuis longtemps, etc. Nous pûmes la mettre quatre fois dans un somnambulisme léger et, par la suggestion, nous parvînmes à calmer ses vomissements, à diminuer ses crampes d'estomac et à lui

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redonner un peu d'appétit. Cette malade ne tarda pas à périr, nous laissant dans la certitude qu'il n'y avait pas •chez elle des complications du côté des poumons, du cœur ■et des reins.

La seconde, est une fille de 14 ans, mal nourrie et cachectique. L'amélioration durait à peiue un jour ou deux après la suggestion ; puis il y avait rechute. Malgré •des séances répétées, nos efforts demeurèrent vains. C'est sur cette fille que nous nous aperçûmes, pour la première fois, que l'inconscience suggérée de la maladie avait chez certains sujets, un rapport de durée à peu près exact avec la durée des hallucinations suggérées du sommeil à la veille. Il nous aurait fallu, pour amener la guérison radicale, trouver un moyen de réveiller continuellement son attention afin, par là, de déshabituer cette faculté de lui rendre de nouveau conscients les souvenirs des symptômes ■morbides, ce que nous ne découvrîmes que plus tard, à propos de la malade de l'observation 18.

La trosième de cette catégorie est une fille de 18 ans, laquelle, le 16 août 1860, repartit après son sommeil, dans un état satisfaisant. Nous la revîmes ensuite le 14 septembre; elle vint nous consulter, cette fois, seulement pour des crampes d'estomac dont elle fut débarrassée par suggestion, jusqu'au 23 février, époque où elle vint nous revoir pour ces mêmes douleurs. — Nouvelles crampes, le 14 avril. Suggestion ce jour même et le 18 du même mois. Quoique mal nourrie, cette fille alla à peu près bien jusqu'en mars 1864 où nous la perdîmes de vue. On observe ici ce que nous avons remarqué, observation 16, que les symptômes qui récidivent sont toujours ceux qui sont les moins effacés dans la mémoire ; ceux, par conséquent, qu'il est le plus aisé de rendre conscients à l'aide ■de l'attention.

Quatre autres anémiques, mises en somnambulisme, ont

vu disparaître leur maladie, trois, après une seule, et la dernière, après quatre séances.

Une autre fut entièrement guérie après deux somnambulismes ; nous relatons son observation en abrégé.

17e Observation. Mme B..., de Neuves-Maisons, est d'un tempérament nerveux et a près de 35 ans. Cette femme impressionnable, à la vue de son beau-frère assommé par un cheval, fut tellement émue de cet accident, qui lui rappelait la mort de son mari arrivée à peu près de même, qu'il en résulta de l'inappétence, des vertiges, des palpitations, des douleurs gastralgiques, des névralgies volantes, la perte des forces, une toux sèche et nerveuse, de la gène dans la respiration, des fleurs blanches, etc. Ces symptômes remontent à trois années. M"e B..., s'imagine être phtisique et se figure qu'elle mourra bientôt. Elle fait comme bien d'autres malades, elle met du bois sur le feu qui la consume. Ce n'est pas, du reste, sans raison ; aucun médecin n'avait même pu la soulager. Aussi pour le vulgaire qui croit naïvement à la puissance de l'art, l'impuissance des guérisseurs doit avoir la mort pour revers. 23 avril 1861. Produit le somnanbulisme en vingt minutes» Suggestion. Au réveil, bien-être général, étonnement de la malade. Jusqu'au 27 avril, cette dame s'est trouvée comme si elle n'avait jamais souffert; sa transformation est complète.

27 avril. La mort inopinée d'un voisin la ramène à ses idéestristes. Elle avait justement ses règles. Ce qui l'incommode le plus, c'est de la céphalalgie et des douleurs dans le bas-ventre.. Du 13 au 21 mai, elle revient tout à fait dans l'état où elle était avant d'être endormie.

28 mai. Somnambulisme et suggestion. A dater de ce moment, tous les symptômes morbides ont disparu pour ne plus revenir, y compris les fleurs blanches.

Enfin, il nous reste à parler d'une femme anémique et

«Irai cri mip n un haut rlpo-rp

gastralgique à un haut degré.

18b Observation. Mme R. .., de Neuves-Maisons, d'un tempérament lymphatico-nerveux, voit tout en noir depuis longtemps, et ce n'est pas sans cause ; son mari est aveugle, elle

est indigente et mère de quatre enfants. Figure dénotant Ja plus profonde tristesse, abattement, pâleur, marche difficile; les moindres efforts l'essoufflent, tant elle est affaiblie. Inutile presque d'ajouter qu'elle a le cortège complet des signes de l'anémie: douleurs gastralgiques, céphalalgie, palpitations, fleurs blanches, dégoût insurmontable des aliments, etc.

30 mai 1862. Cette femme vient nous trouver et met plus d'une heure pour faire un kilomètre. Nous nous avisons de l'endormir. Elle tombe presque aussitôt à l'état de sommeil léger. — Suggestion. A la suite, elle reste deux heures sans éprouver autre chose que de la faiblesse; son appétit revient et elle peut manger. Notons que cette malade, différemment des autres que Ton influence de même et que l'on éveille fort vite, est très longtemps pour sortir de son sommeil. Nous ne pouvons expliquer cette in3rtie, que par le sentiment de bonheur qu'elle éprouve en cet état, et l'effort qu'elle fait pour résister à notre suggestion.

3 juin. Nous retrouvons MlIieR... tout en larmes. Elle est reprise de crampes d'estomac et se plaint d'une faiblesse extrême. — Sommeil léger et suggestion. Au réveil, tout a disparu, la faiblesse exceptée.

4 Juin. Cette femme nous arrive rayonnante : elle n'accuse plus qu'un manque de force et des battements de cœur. — Sommeil léger et suggestion. Elle repart se disant mieux.

6, 8, 10, 18, 28 juin. Môme dans les longs intervalles des séances, nous remarquons une amélioration notable. Plus de douleur, plus de palpitations, diminution des fleurs blanches; seuls, le dégoût pour les aliments et le sentiment de faiblesse persistent.

21 juillet. Ni douleurs gastralgiques, ni battements de cœur, sentiment de pesanteur remontant de l'appendice xiphoïde à la gorge, dégoût persistant pour la nourriture et toujours accusation du même affaiblissement. Ce jour-là, 7e séance, nous avons pu mettre Mme R... en somnambulisme, et nous croyons que l'amélioration obtenue auparavant y a été pour quelque chose. Noire pratique nous a prouvé que les individus épuisés ne sont plus capables d'être fortement influencés, parce qu'ils ne peuvent plus prêter assez d'attention à ce qu'on leur demande; mais que revenus à un état de santé meilleur, ils dorment alors plus profondément et présentent ainsi plus de prise à une suggestion utile.

25 juillet, huit heures du matin. Cette femme restant dans une position ta peu près stationnaire, nous pensons, après une expérience faite sur elle, que l'arrêt dans l'amélioration produite tient à un manque de représentation mentale durable; du moment qu'il n'y a pas production d'idée fixe et constante, il n'y a pas de fixité dans les résultats obtenus. Chez elle, l'impression suggestive transmise du sommeil à la veille est obscure et s'efface presque aussitôt. Comment faire disparaître l'idée de la maladie dans l'esprit d'une personne si inerte, si ce n'est en fixant continuellement son attention sur d'autres idées ; en la condamnant aux travaux forcés dans un sens opposé ?

C'est ce que nous avons fait sur celte femme par l'emploi du moyen suivant : pour la distraire de ses misères de famille et de ses maux propres; pour faire prendre un autre pli à sa pensée, nous lui donnâmes une grande quantité de pilules de mie de pain à prendre de demi-heure en demi-heure, pas une minute trop tôt, pas une minute trop tard; parce que le remède que ces pilules contenaient, lui disions-nous, étant très actif, il fallait que l'effet en fut exactement mesuré. Nous la dispensâmes d'en prendre la nuit, excepté en cas d'insomnie. Pour mieux la confirmer dans la conviction que nos pilules avaient une véritable vertu et pour la préoccuper encore davantage, nous lui en fîmes avaler une, en lui assurant que chaque fois qu'elle en aurait pris, elle ressentirait, comme au moment présent, un sentiment de chaleur au creux de l'estomac, sentiment qu'elle accuse en effet, puisqu'elle est sensible à l'affirmation.

26 juillet. Nous rencontrons Mme R... Elle nous dit qu'elle est devenue tellement gaie, depuis hier soir, que ses voisins en sont étonnés. Inutile d'ajouter qu'elle fait son nouveau traitement avec une exactitude ponctuelle. La voyant pleine d'espoir, nous lui annonçons, avec un accent de certitude, qu'au train dont elle marche, elle sera en bonne voie de guérison avant cinq jours.

30 juillet. Les précieuses pilules ont fait un effet magique. Sans éprouver de la faim, cette femme n'a plus de dégoût pour la nourriture; elle mange beaucoup, digère bien et ses forces reviennent.

6 août. Nous discontinuons les pilules. Seules les fljurs lanches ne sont pas encore disparues. Le moral est redevenu

aussi bon que le physique. Cette personne résume fort bien l'effet de notre traitement en nous disant que le sommeil l'a soulagée, mais que les pilules l'ont guérie.

Par cette singulière médication à la mie de pain empruntée à l'arsenal médical, nous avons toujours tenu son esprit tendu sur une occupation qui la détournait du sentiment réel de ses misères. Il est positif que pendant qu'elle était affairée à savoir l'heure qu'il est, à prendre ses pilules à une minute près, à épier l'effet annoncé lequel, par cela même, ne tardait pas à se faire senlir; il est positif que son attention ne venait plus entretenir ses maux et que ceux-ci devenaient latents dans son esprit; des pensées conscientes et d'une autre nature les avaient remplacés Puis l'espoir, la gaieté revenant, ajoutaient encore leur effet révulsif à celui du traitement, et la maladie s'éteignait rapidement faute d'être entretenue.

3 septembre. Mme R... va bien, mais comme elle ressent sa louleur gastraigique, nous la lui enlevons par suggestion, après l'avoir endormie.

15 et 19 novembre. La même douleur reparaît. — Sommeil et suggestion. Depuis lors, cette personne n'est plus venue nous trouver et elle a continué à se bien porter.

On remarquera encore, chez cette femme, que ce sont toujours les symptômes les mieux imprimés dans la mémoire qui récidivent.

Comme, dans cet article, nous avons fait nos réflexions à mesure qu'elles se présentaient, il nous reste peu de choses à ajouter. On doit remarquer que plusieurs des anémies terminées heureusement se sont développées par causes morales. Dans ces cas, où la pensée a été si puissante pour déprimer l'action nerveuse et ébranler l'organisme (on voit même des chloroses se déclarer en quelques jours à la suite d'une frayeur) la pensée devait l'être pour favoriser la nutrition, et conséquemment, le retour des forces. Aussi la révulsion parles idées nouvelles occupant l'esprit des malades , mais surtout l'inconscience du mal naissant de ces préoccupations, sont la cause de tous nos succès. L'anémie étant donc le plus souvent une de ces

maladies qui trouvent leur remède dans leur cause, la pensée, ne nous étonnons donc pas si elle est si facilement guérissable par la méthode hypnotique,

Aussi, invitons-nous les critiques railleurs s'ils sont capables de se dépouiller de leurs idées préconçues, à commencer leurs premières armes contre cette affection, elle n'est pas rare. Que si la peine les rehute, nous les prions seulement de s'adresser au seul symptôme qui désespère plus d'un médecin par sa ténacité, la sécrétion des fleurs blanches. Certes, ils seront bien malheureux, s'ils n'obtiennent pas de plus beaux résultats que les nôtres dont voici le tableau :

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