DÉRANGEMENTS DANS LA MENSTRUATION
Dans cet article je ne préjuge rien, ni sur les causes, ni sur les altérations des liquides et des solides qui préexistent à des changements morbides dans les menstrues; je m'occupe seulement des faits bruts tels qu'ils se présentent. Ou les règles sont trop abondantes (ménorrhagie) ; ou elles arrivent difficilement et irrégulièrement (dysménorrhée) ; ou elles sont supprimées (aménorrhée). Voici, sur ces sortes d'accidents, le sommaire de ce que j'ai observé.
Ménorrhagie. — Le 30 mai 1865, j'ai d'abord suggéré à une de mes somnambules d'avoir ses règles avec moins d'abondance, chaque vingt-cinq jours et seulement pendant trois à quatre jours. L'écoulement menstruel de cette femme, qui dure une semaine et plus, revient d'une manière irrégulière et à des intervalles rapprochés de huit à quinze jours. Souvent il est compliqué de véritables hémorragies. Tout, chez cette femme, s'est accompli à la
lettre. Je l'ai revue longtemps après et elle continuait à se bien porter.
Une autre fois, au commencement de juin de la même année, une femme menstruée avec irre'gularité et trop fortement durant six jours, fut mise dans le sommeil léger par moi. et reçut l'injonction d'être réglée le 12 juin, pour quatre jours seulement. Tout arriva au moment fixé et dura le temps assigné.
L'observation qui suit est assez complète.
19e Observation. Il s'agit d'une fille habituellement en bonne santé, qui vint me consulter pour un dérangement de son flux menstruel Elle était réglée chaque vingt-un jours et avec abondance pendant six jours. Elle éprouvait en même temps de \ives douleurs. Le 19 août 1862, après avoir mis cette fille en somnambulisme, je lui prescrivis d'être réglée trois jours, avec une perte de sang moitié moindre et chaque vingt-huit jours. Comme l'écoulement cataménial était attendu pour le 21 ou le 22, je le suggérai pour le 29 août. Il n'apparut qu'à l'époque désignée. La maîtresse de cette fille, chargée d'avoir l'œil sur ce qui se passerait, me confirma la réalité de l'événement.
Le 25 septembre, deux jours avant que les règles n'arrivent au moment fixé, la malade vint me trouver pour des souffrances qu'elle ressent dans le ventre et la région lombaire. Après l'avoir endormie, je lui affirme qu'elle sera réglée le lendemain à huit heures, pendant trois jours et sans douleur, ce qui a eu lieu.
Les menstrues suivantes sont aussi arrivées, d'après le nouvel ordre établi, le vingt-huitième jour, 26 octobre à huit heures du malin, et elles se sont passées tout à fait d'après le désir exprimé.
Selon les renseignements que nous avons pu ensuite recueillir, il paraît que depuis lors, les choses auraient continué de même.
Dysménorrhée. — J'ai traité un seul cas de ce genre. Le 16 août 1865, se présenta chez moi une fille de 34 ans et d'un tempérament lymphatico-nerveux. Cette fille
était habituellement bien portante, hormis qu'elle n'était menstruée qu'un seul jour, en petite quantité, et que, toute une semaine d'avance, elle était prise de vives douleurs dans le bas-ventre. Trois fois aussi, depuis l'an dernier, il lui est arrivé de vomir un sang spumeux et rouge, immédiatement après le jour de ses règles. Cettepersonne venant de se reconnaître, je l'ai mise de suite en sommeil léger. Je lui ai suggéré la disparition de ses douleurs, le retour de ses menstrues chaque vingt-cinq jours et pendant trois jours. Ce traitement a été couronné de succès.
Aménorrhée. — J'ai aussi essayé de faire revenir les menstrues supprimées, et, trois fois, le succès a confirmé mes tentatives.
J'essayai d'abord la suggestion sur une grande et forte fille, d'un tempérament lymphatique, âgée de 22 ans, laquelle avait déjà eu plusieurs suppressions. Depuis six mois, elle n'avait rien vu reparaître. Je la mis en sommeil léger, le 11 décembre 1860, et je suggérai le retour des règles pour le 26 décembre ainsi que leur régularité à l'avenir. Elles revinrent au jour fixé, peu abondantes, il est vrai, et elles continuèrent depuis lors sans interruption nouvelle. Ce résultat me fut confirmé, et par celte fille et par sa mère.
J'expérimentai de nouveau la suggestion, pendant lesomnambulisme, sur une veuve de 35 ans dont les menstrues étaient arrêtées. Je lui affirmai cet écoulement physiologique pour le 17 juin, à deux heures de l'aprèsmidi, afin qu'il durât jusqu'au 21, à la même heure.
Cette femme ne conserva aucun souvenir de son sommeil et le seul témoin, la matrone, femme discrète et familière dans la maison, fut chargée par moi, tout en gardant le secret, de s'assurer de ce qui se passerait. Or,, les règles revinrent le 17 juin, vers neuf heures du matin,.
en avance de cinq heures, et elles disparurent le 21 juin à deux heures du soir. Je crois pouvoir garantir que le secret fut bien gardé et la surveillance bien faite, et j'eus la satisfaction d'apprendre ce qui était arrivé non-seulement de la bouche de la sage-femme, mais encore de la malade que je connais depuis longtemps pour très véridique ; cette dernière, lorsqu'elle m'en parla, ne se doutait nullement du traitement suggestif que je lui avais fait : un traitement insignifiant avait masqué le véritable.
Je fis une dernière fois la suggestion, le 7 janvier 1863, sur une somnambule que j'endormais souvent et dont les règles n'avaient pas reparu depuis six semaines ; elle en attribuait la suppression à l'inquiétude que lui donnait un procès et au chagrin d'avoir perdu une chèvre. Elle me dit, tandis qu'elle dormait, qu'il n'y avait qu'un seul moyen certain de faire revenir l'écoulement : c'était de prendre de la tisane d'armoise, l'espace de huit jours et que, ce temps accompli, le sang reparaîtrait. Je ne doutai pas qu'elle prophétisât juste ; mais je crus mieux faire de laisser de côté sa rêverie et de lui annoncer avec autorité, qu'elle aurait ses règlesle 8 janvier, à huit heures du matin. Elles n'apparurent que le 9, dans la soirée. Si l'événement n'arriva pas à échéance, il arriva pourtant ; grâce à une suggestion ferme qui, arrêtant toute divagation, neutralisa des idées préconçues, toujours si puissantes sur l'organisme des dormeurs.
Le hasarda permis que je me trompasse et que, pendant le sommeil léger, je fisse l'affirmation du retour des menstrues, dans les premiers mois delà grossesse, à deux filles qui dissimulaient leur position. Malgré même deux suggestions chez l'une d'elles, le flux menstruel ne revint pas. Je laisse à deviner pourquoi ?
Que les règles des femmes soient trop ou pas assez
abondantes; qu'elle soient douloureuses, irrégulières; quelles soient même suspendues, la pensée a une influence merveilleuse pour modifier tous ces accidents comme elle en a une pour guérir tant d'autres affections dont j'ai parlé. Pendant le sommeil ouïes états analogues, l'utérus obéit ponctuellement à l'idée formulée dans le cerveau. Cette idée détermine, non-seulement l'absence de souffrance ; mais encore la quantité de l'écoulement utérin, le temps de sa durée et l'époque où il devra arriver dans l'avenir. Il y a dans ces assertions de quoi faire hausser les épaules de certains lecteurs. Mais, je ne me sauve pas par une porte de derrière ; je me mets volontiers entre les mains des incrédules, pourvu qu'avant de me lapider, ils expérimentent et exercent leur contrôle à la manière de Frappart et de Braid.