‹ Thérapeutique suggestiveChapitre 35 sur 42 · ENTORSE · texte numérisé non relu

ENTORSE

11 est un traitement de cette affection traumatique qui est devenu populaire. Certes par son emploi on ne ressoude pas les esquilles osseuses, s'il y en a ; on ne cicatrise pasimmédiatement les ligaments articulaires rompus ; mais on enlève la douleur en peu de temps. Plusieurs fois par jour, jusqu'à ce que le malade ne ressente plus rien, on pratique, pendant une demi-heure à une heure, des frictions légères sur la partie douloureuse et on les dirige dans le sens de la circulation veineuse. Des rebouteurs et des médecins m'ont assuré n'avoir eu qu'à se louer de cette méthode. J'ai entendu, entre autres, un célèbre professeur qui s'était fait ainsi traiter pour une entorse du genou, et qui s'en étant bien trouvé, avouait avec sens ne pouvoir expliquer la cause d'un changement si favorable. La médecine vétérinaire même s'est emparée de ce mode de traitement et, d'après ce que j'ai lu, elle n'aurait eu qu'à s'en féliciter. Pour mon compte personnel, j'ai été frappé

1 J'ai tenté assez souvent de faire résoudre des goîlres par suggestion hypnotique. J'ai réussi quatre fois ; les sujets étaient jeunes et la tumeur chez chacun était molle et peu volumineuse. Ce n'est pas qu'on ne puisse espérer davantage. La preuve en est qu'une hypertrophie de la glande parotide droite avec induration rebelle à tous autres traitements, disparut chez un enfant de dix ans au bout de trois mois de suggestion pendant le somnambulisme.

aussi de la rapidité avec laquelle on fait parfois disparaître les douleurs d'une entorse. Eh bien, sous ce moyen si efficace , il n'y a qu'un simple phénomène : l'appelsoutenu de l'attention du malade sur des manœuvres qui le frappent et sur l'idée de guérison qu'on lui affirme ; pour peu qu'il tombe en charme, la révulsion morale doit avoir de l'effet sur lui K

Afin de convaincre le lecteur de la cause véritable de la guérison de l'entorse, qu'il médite sur le récit suivant, il vaut bien une argumentation. Il existe à Nancy une religieuse fort dévouée et justement renommée pour guérir certaines maladies et, en particulier, les entorses. Les procédés qu'elle emploie ne paraissent pas rationnels et font sourire les représentants de la science officielle. Des frictions, des amulettes, despratiques de dévotion, etc. , forment la base de ses moyens thérapeutiques ; c'est dire qu'elle fait de la médecine morale sur une assez grande échelle. Ce qui favorise surtout ses succès, c'est que, contrairement aux praticiens, pour la plupart froids et sceptiques, elle a une extrême confiance aux méthodes dont elle se sert et fait ainsi pénétrer sa foi dans l'esprit des malades.

Un vannier s'étant fait une entorse, se mit entre les mains de cette sœur. Il se trouva tellement bien des frictions qu'elle lui fit, qu'immédiatement après il se mit à marcher presque aussi facilement qu'auparavant ; il n'accusait plus qu'une légère souffrance. Quelques jours après cet homme, parlant à un juif de son accident et de l'état quasi-satisfaisant dans lequel il avait été amené si vite, ce dernier lui repartit qu'il s'entendait aussi à guérir

1 II est probable que l'action du massage pour dissiper la colique néphrétique ou la fatigue, que l'on soit mis dans un bain ou non, s'explique de la même manière que l'action des frictions pour l'entorse. {Note de la Ve édition.)

la même maladie et qu'il allait achever la cure. Il lui fit alors des passes à distance au-dessus de l'articulation lésée ; et cet artiste eut les honneurs d'avoir complété l'œuvre si bien commencée. A peu de temps de là, une personne que j'avais initiée à mes manières de guérir, entendit ce vannier se plaindre d'une douleur de dents, et disant qu'il serait heureux de trouver quelqu'un pour lui enlever ce mal aussi vite que son entorse ; cette personne lui assura qu'elle connaissait un procédé pour calmer la névralgie dentaire et qu'elle allait le délivrer de son mal en moins de temps encore qu'il en avait fallu pour dissiper sa souffrance articulaire. Elle lui fit ouvrir la bouche, lui mit un doigt sur la dent cariée et en même temps lui annonça sa guérison. Elle n'eut pas plutôt retiré son doigt, ô miracle! que le vannier resta tout étonné de ne plus souffrir. Aussi mit-il, avec raison, ce nouvel Esculape au-dessus des premiers.

Il ne faut pas rire de ce malade ni de ses médecins ; tous autant que nous sommes, nous guérissons les autres et nous nous laissons guérir de la même façon. Souvent et sans le savoir, au lieu de masquer la cause véritable de la guérison avec les doigts, nous la masquons avec des remèdes plus ou moins inertes. De cette histoire, la conclusion la voici : c'est que le fameux procédé pour dissiper les douleurs de l'entorse, n'est autre que celui qui est employé par les magnétiseurs pour toutes les maladies et par Puel pour vaincre la contracture cataleptique ; c'est en un mot, la suggestion pratiquée sur les individus que l'on amène dans l'état de charme ou dans le sommeil profond.

En jetant un regard rétrospectif sur ces dernières pages, je m'aperçois n'avoir touché qu'à quelques-unes des maladies où la thérapeutique du sommeil peut être

employée avec succès. Le nombre en est suffisant pour démontrer que, si j'ai été dupé et mystifié (c'est là l'argument des esprits forts contre ceux qui, comme moi, s'efforcent de porter la lumière dans les sciences occultes) , il n'est pas possible d'admettre que l'on m'ait trompé dans tant de circonstances et que j'aie eu des yeux pour ne point voir. C'est ma conviction la plus entière : il est un art de faire réagir le moral sur le physique ; non-seulement chez les autres, mais aussi sur soi. Môme sans l'intermédiaire d'un endormeur, sans manœuvres, sans formules cabalistiques, sans fétiches, sans rien d'apparent ; uniquement en concentrant son attention sur l'idée d'être guéri, Ton peut devenir plus habile sur son organisme que le plus savant des docteurs avec l'immense matériel de fioles et de pilules mis à sa disposition. Énergie, instantanéité, précision mathématique et sûreté dans les résultats *, qualités qu'aucun remède n'a à un aussi haut degré, tout homme en possède l'agent.

Non pas que je croie à chacun une puissance sur soimême supérieure ou égale à celle des remèdes, ainsi qu'il arrisre à des dormeurs profonds ; non pas, à plus forte raison, que je nie les propriétés et, par conséquent, l'utilité des médicaments (je viens ajouter à la thérapeutique, la confirmer davantage et nullement la détruire) ; mais je pense que la méthode hypnotique, dont l'action de la pensée est la base, doit être employée, de préférence aux remèdes, au moins sur les personnesimpressionnables ; quant à dire que c'est dans toutes leurs maladies, je n'en sais rien, mais l'induction porte à le croire. La raison de l'opinion que j'émets repose sur ce que les méthodes

1 II est clair que les remèdes, demandant du temps pour être absorbés, ne peuvent impressionner aussi vite le système nerveux que la pensée. Kncore moins, peuvent-ils être dosés proportionnellement à 1 influence qu'ils doivent produire pour amener les effets favorables.

classiques de thérapeutique sont encore trop dans l'enfance de l'art et par cela même souvent dangereuses. La médecine morale, au contraire, est ce qu'il y a de moins empirique; une simple négation de la maladie, surtout pendant l'état passif, est toujours bien interprétée dans l'organisme et suffît à elle seule pour amener les plus belles guérisons.

Je viens de dire que, sans même le secours d'un endormeur ; seulement en concentrant sa pensée avec intention d'être guéri, on a déjà une science de l'art médical, en temps qu'appliquée à produire des effets curatifs. Déjà beaucoup de somnambules connaissent ce secret de se traiter, sans le secours de personne, et de dissiper la plupart de leurs maux par affirmation négative. Mon muet Loué se guérit ainsi de ses rhumes de cerveau, de bronchites, de douleurs névralgiques, etc. ; il ne lui faut que peu d'instants. J'ai pu moi-même m'enlever une hémicrânie, par deux fois et en quelques minutes, en en exprimant le désir tandis que je regardais un objet avec attention. Ce pouvoir que l'on a sur soi-même, les magnétiseurs le connaissent depuis longtemps sous le nom d'automagnétisme ; il était déjà connu des Stoïciens. On trouve, à travers les âges, des hommes qui, en le voulant, ont su se rendre insensibles aux douleurs, comme Campanella ; ou qui se sont guéris par l'action de la pensée, comme le philosophe Kant, lequel s'était affranchi entièrement du secours des médecins.

Et du moment que l'on a le pouvoir de soulager ses maux ou de les guérir, il est logique que l'on ait celui de les prévenir. C'est aussi facile. Feuchtersleben, l'auteur de l'hygiène de l'âme, rapporte qu'il n'a prolongé son existence maladive qu'à l'aide d'une lutte morale de tous les instants. Le divin Gœthe garda la conviction de n'avoir échappé à une épidémie qu'en conservant sa fermeté

d'âme. Mais on le voit tous les jours, quand le fléau de l'Inde vient fondre sur nous comme un ouragan, il n'emporte dans sa course que les êtres usés et épuisés, les faibles et les peureux ; il respecte surtout ceux qui sont doués de force morale.

Ce qu'ont pu sur eux-mêmes Campanella, Kant, Feuchtersleben, Goethe, il en est beaucoup de capables de le faire et de leur ressembler en cela : il leur suffit de prendre l'habitude de se concentrer sur eux-mêmes, puis, lorsqu'ils souffrent, de faire réagir leur attention sur des idées négatives de ce qu'ils ressentent ; ce n'est là, d'abord, qu'une affaire d'exercice et de patience. Une fois qu'ils seront arrivés à avoir à leur service une pensée disciplinée et qu'ils auront, en même temps, acquis la conviction de leur force morale, ils seront les maîtres de leur organisme. Mais ceux qui sont impuissants à se mettre dans une forme de l'état passif; qu'ils s'accoutument à veiller sur eux d'une façon incessante ; qu'ils observent et maîtrisent tous les mouvements de leur âme. En portant surtout leur pensée dans cette re'gion sereine de la raison où savent s'élever les hommes supérieurs qu'ils doivent prendre pour modèles, ils peuvent encore, par cet exercice volontaire, s'empêcher d'être assaillis de bien des misères et se soutenir ou se relever quand ils en sont écrasés *.

1 Les résultats avantageux que j'ai obtenus à l'aide de la médication par suggestion hypnotique, résultats dontje viens de donner une étude assez approfondie, ne sont pas pourtant suffisants, pour donner une idée satisfaisante de ce que peut être aujourd'hui la thérapeutique suggestive. Aussi, pour plus de lumière, j'ai voulu faire un relevé approximatif de mes cures, pendant les deux années dernières à l'instar de mon ami, le Dr Van Renterghem, qui emploie à peu près la même méthode de traitement que la mienne. Quoique les neuf dixièmes de mes malades, aieni, été atteints de maladies chroniques, presque déjà toutes traitées auparavant, j'ai obtenu sur eux plus de cinquante pour cent de guérisons, chiffre se rapprochant de celui de M. Van Renterghem

qui monie à 56,17 ponr cent. Mais ce n'est pas là tout ce qu'il y a à espérer du traitement hypnotique. Que de malades en plus, parmi ceux qui se sont présentés à ma clinique, auraient pu être guéris ou soulagés, s'ils avaient eu la patience ou le temps de continuer à venir se faire endormir! Combien, p:irt;;geant des préjugés invétérés, se sont retirés dès le début de leur traitement, par manque de confiance en une médication dépouillée de toute forme concrète ! Combien il en est qui, une fuis guéris, ne se sont pas donnés la peine de me le faire savoir !

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