IVRESSE
Si l'aliénation mentale est la compagne folle du sommeil» l'ivresse en est une enfant gâtée. Une seule fois, par suite d'un laisser-aller inaccoutumé de notre somnambule
Loué, auquel nous avions indiqué le moyen de se mettre en état de concentration d'esprit pour se guérir de ses maux, il nous a été permis de connaître le résultat de la suggestion contre Tintoxication alcoolique. S'étant un jour enivré, cet homme s'aperçut, au sortir du repas, qu'il chancelait et provoquait les rires des autres convives. Il alla aussitôt se cacher derrière un mur, et là, tout à son aise, il remit la raison dans sa tête et Téquilibre dans ses membres. Peu après, il revenait gai et dispos ^
Ce fait nous conduit à penser que les agents diffusibles agissent par impression sur les surfaces nerveuses ; car dès que, par la suggestion. Ton rend ces surfaces insensibles; qu'on les isole, les effets produits disparaissent aussitôt; il n'est pas de contre-poison aussi subtil. Du moment que, dans le sommeil, on arrête par la pensée, même les mouvements réflexes des muscles de la vie végétative ; c'est que Ton peut éteindre la sensation qui en est le point de départ; et, si Ton a le pouvoir de rendre insensibles les filets nerveux du grand sympathique distribués aux muqueuses, pourquoi n'empècherait-on pas, ici, de la même façon, même les surfaces de Tintérieur des centres nerveux de percevoir ces autres impressions insolentes dues à des substances absorbées ?
On pense généralement que les symptômes de Tivresse sont des symptômes d'excitation. Il en est parmi eux de tout opposés. Dans cette espèce morbide, il y a une rupture d'équilibre de l'attention ainsi qu'il arrive dans le
1 Le même phéDomôoe arrive aussi dans les élats analogues au sommeil. Un de nos malades nous a raconté qu^étant tombé à l'eau en étal dMvresse, la frayeur qu'il en eut le désenivra aussitôt. Les faits de<CH genre ne sont pas rares. Nous ne sommes pas loin de croire que<c*edt parce qu'il avait une grande puissance suggestive sur son or^inisme, qu*ua paysan de notre connaissance conservait sa rais-jn après nvoir bu, par pari, des doses de vins «capiteux qui auraient ploDgé«teu4 autre dans Tivresse la plus complète.
TBÊBAPSanQUB SUQOBST, V
110 THÉRA.PEUTIQUB SUGGESTIVE
6ommeil. A cAté de signes de stimulation dans certains organes où se porte Taltention, on retrouve toujours les signes de sédation vers les organes plus délaissés par elle. C'est qu'il ne saurait exister d'excitation quelconque qui ne soit, où elle a lieu, le fruit d*un certain cumul de force nerveuse, cumul ne pouvant naître sans la dimination de celle môme force sur un autre point; ce que l'on remarque dans l'ébrié té légère. Mais si fintoxication alcoolique est portée à un degré extrême, Tattenti on s'immobilise en grande quantité, comme dans Tétat passif le plus profond, et il en résulte un engourdissement complet des fonctions de la vie de relation : le coma.
Les boissons enivranles présentent donc aussi, dans leurs effets, des caractères semblables à ceux du sommeil; elles sont, selon le mouvement de Taltention dédoublée, stimulantes dans un sens et calmantes dans l'autre; et, en définitive, si celte force afflue avec plus d'abondance vers son pôle actif, elles sont dites excitantes, et si elle s'accumule, au contraire, vers son pôle passif, elles sont réputées stupéfiantes. Et, il faut le remarquer, aussi bien que l'action du sommeil, l'action des alcooliques retentit jusque sur le système de la vie végétative : dans l'ivresse profonde surtout, il y a ralentissement des fonctions circulatoires, nutritives, secrétoires, etc.
Ce que nous émettons au sujet de l'alcool, comme cause de trouble des sensations et des fonctions végétatives, nous pouvons le dire du même liquide, comme cause perturbatrice des mouvements et de l'intelligence. De plus, les remèdes hypnotiques : tels que l'opium, Téther et leurs succédanés, sont susceptibles, à propos de leur influence sur l'économie, d'une explication tout à fait identique à celle que nous donnons des effets de l'alcool ; car c'est à rattention consciente surtout, à cette principale des deux chevilles ouvrières de la machine humaine,
que ces remèdes s'adressent d'abord ; c'est à celte force que remonte la plus grande partie de leurs propriétés et, entre autres, celle de déterminer des rêveries.
Tous ces agents entraînent donc, chacun, des manières d'être de l'organisme plus ou moins analogues au sommeil et à ses maladies ; ainsi, se rejoignent les effets physiologiques de la pensée et des remèdes ; ainsi, ce qui, indirectement, naît à la suite des sensations remémorées ou de la pensée, est aussi directement le résultat d'impressions sensitives internes sur les surfaces nerveuses. Cela ne doit pas étonner, puisque la sensation consécutive à l'afflux de l'attention sur une idée-image est en réalité absolument pareilleà la sensation primitive ou à l'idée en voie de formation ; il n'existe de différence, en ces cas, entre les deux phénomènes, qu'en ce que, lors du premier mouvement créateur de l'attention, la sensation est centripète; et lors de son mouvement reménioratif sur des idées, la sensation qui en naît est centrifuge.
C'est ici le lieu de constater que la pensée, en temps qu'elle est la conséquence de l'action de l'attention sur des idées-images, est une revivification sentie de ces idées : c'est-à-dire, une sensation moins l'objet. Or, comme se souvenir, comparer et raisonner, modes d'agir de la pensée, c'est le plue souvent replier l'attention sur des idées-images, faire acte d'intelligence, c'est renouveler des sensations, c'est encore sentir. Ainsi, les facultés cérébrales les plus distinctes, la sensibilité, la remémoration, l'intelligence, se réduisent en principe, sous l'influence d'un moteur unique, l'attention ; elles se réduisent à un môme phénomène élémentaire : sentir. L'expérience directe, sur les somnambules, prouve cette vérité : ce à quoi ils pensent, est imagé de même que si les objets en étaient présents.