FOLIE
Une seule fois, nous avons réussi à ramener à la santé une femme affectée de manie aiguë depuis huit jours. Accusée par le garde champêtre de sa commune d'avoir maraudé dans les champs, elle eut l'esprit si frappé de ce reproche qu'elle en tomba dans le délire. Elle divaguait continuellement sans avoir un seul moment de repos, même pendant la nuit. Nous pûmes parvenir, en la mettant en sommeil léger, à changer le cours de son attention et, à peine eûmes-nous fait la suggestion, que l'agitation à laquelle elle était en proie fut calmée. Depuis lors, le sommeil et l'appétit revinrent et la guérison ne se démentit jamais. Seulement deux jours après, comme elle accusait encore une douleur sourde au sommet de la tète, nous remimes cette femme dans le sommeW ^V wqxsa \Jt^-
TWÉRAPEUTIQUE SU6GEST. *V*
tiquâmes de nouveau Taffirmaiion pour la débarrasser de ce dernier symptôme ; et en effet, il ne revint plus.
Nous avons essayé, plusieurs autres fois, d'influencer des fous et des hypocondriaques, et nous n'y sommes pas arrivé ; leur attention était tellement mobile, ou tellement ùxée sur les idées qu'ils s'étaient affirmées depuis longtemps, à leur insu, qu'il nous fut impossible de la détourner sur l'idée de dormir. Ces essais nous ont porté à croire qu'il est difficile de mettre des aliénés en état passif. Il y en a, parmi eux, qui ne se livrent plus au sommeil ordinaire et dont l'esprit est très agité ; comment les ramener à faire ce qu'ils ne peuvent plus eux-mêmes; et comment, chez d'autres, dont l'attention est distendue outre mesure sur des idées fixes et invétérées, faire replier cette force sur l'idée de dormir, quelque naturelle qu'elle soit, quand ils n'écoulent même pas ou rient de ce qu'on leur dit et de ce qu'on leur fait ?
Des auteurs rapportent pourtant avoir guéri des fous par les procédés mesmériques. Charpignon \ et il n'est pas le seul 2, relate un cas d'amélioration de folie et trois cas de cure de cette maladie qu'il a obtenus ainsi ; mais il avoue que, si par ces moyens, l'on arrive promptement à changer les idées délirantes et les sensations fausses des aliénés, il n'est pas facile de les endormir, surtout à cause de leur mobilité et dé leur excitation d'esprit.
Quoique l'aliénation mentale, à l'exception de quelques formes, nous paraisse difficilement guérissable par la suggestion, à cause de la difficulté qu'il y a à produire l'état passif, il entre, dans l'objet de ce travail, de nous
* Médecine animique, p. 165.
^ Braid a dissipé des moDomanies par suggestion (Voy. Anniles médico-psycholOifiques, année 1866, p. 279, article du D' Hack Tuke, traduction de J. Drouet). Il assure que les monomaniaques sont particulièrement sensibles à TinQuence de la méthode hypnotique. -
occuper des points de ressemblance qne celte maladie présente avec le sommeil. Nous ne serions pas complet si, après avoir parlé des états analogues au sommeil, lorsqu'ils sont normaux, nous ne nous occupions pas de ceux qui sont anormaux ou pathologiques.
Déjà Moreau (de Tours), dans son livre sur le haschisch et dans sa Psychologie \ a avancé que la condition pathogénique essentielle des idées délirantes, c'est le sommeil. Ceci équivaut à dire que le délire est le rêve d'un sommeil morbide. Or, d'après ce que nous avons établi, puisqu'il n'existe pas de sommeil, sans une idée fixe pour élément fondamental, et sans l'impossibilité consécutive de pouvoir alors se désillusionner de ses conceptions absurdes, il ne doit pas se rencontrer d'aliénation mentale, sans l'idée fixe pour base essentielle, et sans une même impuissance à se contrôler. Si, dans la folie, l'on ne découvre pas toujours ces éléments primordiaux, c'est qu'ils sont souvient masqués par le délire, comme l'idée fixe du sommeil l'est par de folles divagations.
Moreau a ensuite exprimé l'opinion que la folie est un état mixte, résultat de la fusion des phénomènes psychiques du rêve et de la veille. A sa place, nous aurions dit, avec plus de vérité, qu'elle est un état maladif, résultat de la fusion des phénomènes psychiques du rêve ordinaire et du rêve somnambulique. Les rapports de similitude que nous trouvons plus loin entre les rêves et la folie viennent confirmer notre assertion et démontrer, avec évidence: que si les songes sont des contre-coups de l'attention immobilisée sur une idée d'une part et, de l'autre, les effets de l'attention active encore dans le foyer de la mémoire et vers les organes des sens, le délire quel qu'il soit est nécessairement aussi l'effet d'un pareil contre-coup.
* Psychologie morbide^ p 147.
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Si l'on envisage comparativement le sommeil et l'aliénation mentale, on trouve que le manque de ressort de Tattention dissociée est, dans les deux cas, la cause pour laquelle, dans ce qu'il lui reste de libre, celte force s'attache à des sensations imparfaites, à des pensées incohérentes et en est réellement plutôt le jouet qu'elle ne les dirige. Alors, elle ne peut plus agir sur les sens, sur les idées, avec autant de facilité et de choix que pendant la veille ; elle ne peut plus, à volonté, sortir de ses thèmes extravagants et encore moins les contrôler.
De cette inactivité plus ou moins grande de l'attention amoindrie à un pôle, par suite de l'accumulation d'une partie d'elle-même à l'autre pôle, de cette inactivité il résulte encore, la cause étant la même, que d'autres effets consécutifs doivent être semblables. Ainsi : hallucinations, illusions, isolements des sens, dépression ou surcroît des forces musculaires, étrangeté des idées, surexcitation ou affaiblissement des sens et de la mémoire, irrésistibilité, bizarreries des conceptions délirantes, oubli au sortir des accès, automatisme, puissance modificatrice de la pensée sur les tissus et même les fonctions de la vie ; à tel point que, pareils aux dormeurs, les fous se créent des maladies véritables, se les prédisent et annoncent même l'heure de leur mort ; il n'y a rien, dans ces phénomènes, qui n'apparlienne à la fois au sommeil et à la folie.
L'insensibilité qui, avec l'idée fixe, est le caractère le plus frappant de la folie, on la retrouve surtout dans le somnambulisme. Ce symptôme est, dans Tune et l'autre affection, un résultat obligé de Tafflux de l'attention à son pôle passif.
L'aliéné et le rêveur somnambule, ne pouvant mettre régulièrement au service de leurs créations psychiques, ni tous leurs sens, ni tous leurs souvenirs, ni toute leur
raison, confondent souveni>^" le» bie.n et le mal ; ils sont immoraux, sans pudeur, assassitis^ sans honte et sans remords, selon les impulsions suggestives qui surgissent dans leur esprit. Leur intelligence étant déréglée, ils ne distinguent plus les obstacles et le danger., Hs' tentent rimpossible et ne s'arrêtent devant rien. -• /..^^
La folie ne naît-elle pas, comme le sommeil, par. une /. application de l'attention, sur des idées, sauf qu'elle^ f^ : sont le plus souvent affectives ; et ne s'en va-t-elle pas de -^ même, par la dérivation de cette force sur des sensations ou des idées différentes de celles qui occupent l'esprit dérangé ? Que d'un côté, l'on administre la douche, les bains froids ; que l'on suscite d'autres passions que celles qui dominent ; que Ton fasse travailler les malades ; qu'on les isole de ce qui entretient leurs idées délirantes ; ou que, de l'autre côté. Ton secoue, l'on pince, l'on appelle un dormeur ; qu'on lui suggère la pensée de s'éveiller ; c'est toujours, dans les deux hypothèses, sous des formes différentes, amener une révulsion de l'attention vers un sens opposé à celui dans lequel il y a absorption de ce principe des sensations et de l'intelligence. La pensée est l'architecte du corps et elle en dirige les fonctions, a écrit Sthal; c'est le cas d'ajouter que là où elle est la cause de changements et de perturbations psychiques et organiques, elle doit être plus particulièrement aussi la cause de leur disparition.
Un fait qui prouve encore l'analogie du sommeil et de la folie, c'est leur antagonisme. On rencontre un grand nombre d'aliénés incapable de se livrer au sommeil ; c'est que, étant en idée fixe continue, ils ne peuvent plus se mettre en idée fixe passagère comme dans le sommeil ; la première a pris la place de la seconde. Le rêveur et le fou sont des dormeurs Tun et l'autre, seulement ils sont absorbés par des pensées différentes.
102 THÉRAPEUTIQ^JE SUGGESTIVE
Quand Moreau (de Tôiirs) croit que l'aliénalioii mentale emprunte des sign'o^ a la veille, ne serait-ce que par le caractère des.rô-pports qui dans cet état pathologique existent avec le'ftionde extérieur, il va trop loin. Il aurait plulôirV^y dîfe que ces rapporls lui sont communs avec les fêveé du sommeil profond ; il aurait élé davantage --. «danô ie vrai. Les aliénés ressemblent, à s'y méprendre, à : "-'-des somnambules artificiels mis en communication avec les êtres et les objets qui les environnent. Il est même des dormeurs qui, naturellement, sans aucune intervention suggestive, paraissent comme s'ils étaient éveillés. J. Franck, Deleuze, A. Bertrand, Orfila, le D' Pochon, etc., en ont rencontré. Nous avions une de nos clientes qui, endormie, se levait, s'habillait, babillait, faisait son ménage et ne se réveillait souvent qu'au milieu de la journée. Elle était alors très étonnée de se trouver, ou lavant à la fontaine au milieu d'autres femmes, ou balayant, ou se livrant à ses occupations journalières. Presque seul, le mari de cette femme savait distinguer quand elle était dans ce singulier état, et cela, à certaines occupations étroites de son esprit. Si donc, sous ce rapport, Moreau a songé à trouver à la folie de la ressemblance avec l'état de veille, c'est qu'il n'a confronté que l'homme éveillé avec l'aliéné ; comme si le pouvoir qu'a le fou d*étre plus ou moins le maître de ses sens, de ses mouvements et même de sa raison, n'est pas aussi le propre des dormeurs somnambules.
On retrouve, dans la folie, jusqu'aux divisions du sommeil. Il est des aliénés qui, pareils aux rêveurs du sommeil léger, songent peu à s'agiter ; leur délire est désordonné, illogique, ainsi que dansles songes ordinaires, et, de même que l'on sort aisément du sommeil habituel, ces malades sortent aisément de leur état; tels sont certains maniaques. Chez ces fous, Tidée fixe est latente, cachée
par le délire, comme celle du sommeil léger Test par les rêves. Il en est d'autres : ceux qui sont affectés d'aliénation mentale reposant sur une idée fixe émotive (mélancolie) ; ou sur une idée Rxe sensitive (hypocondrie); ou sur une idée fixe pure (certaines monomanies), qui présentent plutôt les signes du rêve du sommeil profond. Ces derniers, de même que les somnambules, ont une personnalité plus tranchée, plus de ténacité, une raison parfois plus ?ûre et, de même qu'eux, ils sortent difficilement de la concentration folle de leur esprit.
La seule différence appréciable entre ces états, Tun normal et l'autre morbide, c'est que le sommeil est consenti, réparateur et d'une durée que l'on limite soi-même; tandis que la folie vient insciemment, se prolonge indéfiniment et ne sert en rien à reposer l'organisme. On peut attribuer, principalement, cette différence bien tranchée à ce que le dormeur s'endort volontairement et avec une pensée réparatrice, laquelle, devenue insciente, parcourt sa trajectoire du commencement à la fin du sommeil à travers les autres phénomènes psychiques dus au dédoublement de l'attention. D'autres idées fixes secondaires accompagnent souvent cette pensée ; telles sont celles de rester immobile, de s'éveiller à la même heure, d'élaborer un travail d'esprit, etc. Toutes s'accomplissent avec exactitude. C'est, à un pôle, dans ces pensées suggérées de la veille au sommeil, et qui ont leur cours forcé, pendant que, à l'autre pôle, le reste de l'attention encore libre remue des idées délirantes, que se réfugie la raison des dormeurs ; sous tous les autres rapports, ils sont fous. Ils n'ont donc de raisonnables que les pensées puisées dans la veille et devenues fixes.
Nous n'aurions pas tout dit, si nous n'abordions pas la question des idées fixes chez les hommes sains d'esprit. La naissance de ces idées s'explique comme celle dcg
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éléments de la folie confirmée, par une délente de Tattention venue à la suite d'une concentration trop violente de cette force. Grâce à l'emploi de la méthode suggestive, elles doivent être beaucoup plus guérissables que la folie, du moment qu'il tst plus facile de mettre, dans les condi* lions du véritable sommeil, quelqu'un dont la raison est à peu près conservée qu'un homme qui l'a entièrement perdue. Et puis, les idées folies de ce genre ne pouvant venir par la pensée qu'à la condition que l'on soit très impressionnable, on a la certitude, dans ces cas, que la même prédisposition, qui a prêté à la formation du mal, si elle n'a pas encore eu le temps de beaucoup change, doit pareillement favoriser sa disparition. Sans parler des hallucinations persistantes ou idées-images remémorées auxquelles on croit, et déjà si souvent observées par nous, nous ne saurions mieux faire que de citer, dans cet article, quelques autres faits plus rares d'idées fixes chez les hommes sains d'esprit; en en signalant, nous disposerons le lecteur à ne pas négliger ceux du même genre qu'Q rencontrera et nous le porterons à employer, à l'égard de dérangements psychiques semblables, le moyen qui, par hasard, a servi à les faire éclore.
Il nous a été donné d'observer cette singulière affection d'une idée fixe existant chez des gens raisonnables sous les autres rapports. Le premier qui nous ofTrit une telle singularité fut un de nos malades, homme très nerveux et facile à mettre en état passif. C'était un grand amateur de vin, qui avait pris l'eau en horreur, à un tel point que, dès qu'il en avait bu, il la vomissait aussitôt. Il nous fut impossible de la lui faire digérer ; mais son estomac supportait bien les boissons dont Teau était le véhicule, telles que les infusions, par exemple. Si les vomissements de cet homme avaient été dus à une réaction autre qu'une réaction mentale, le même liquide, bien que sous uneautre
forme, les auraient amenés également. A la vue de l'eau, cet être étrange éprouvait Taversionque nous ressentons àTaspect d aliments dégoûtants.
La seconde est une jeune fille trèsintelligente s'exprimant fort bien dans la conversation ordinaire et lisant couramment à voix basse. S*agit-il de faire une lecture à haute voix, elle est dansTincapacitéde prononcer les mots; elle est évidemment, alors, sous Tinfluence d*une espèce d'obsession venue probablement par une affirmation qu'elle s'est faite dans un moment d'émotion. Dès qu'elle essaie de vaincre sa mutité, il arrive que l'impossibilité où elle est de lire la confirme encore davantage dans son idée fixe.
Nous subissons nous-méme le contrecoup d'une suggestion que nous nous fîmes dès l'âge de sept à huit ans, à la suite d'un croup nerveux qui nous prit en mangeant an oiseau. L'on pensa, au moment même, qu'un os s'était arrêté dans la trachée-artère et, plein d'épouvante, nous le crûmes encore plus nous-mêmes. Il y eut seulement trois accès ; c'était plus qu'il n'en fallait pour que nous nous missions dans la tête que la gorge était obstruée. En proie à cette conviction, le lait fut pendant quinze jours notre seule nourriture; puis, peu à peu, nous nous habituâmes aux bouillies, et à la longue aux aliments bien . triturés ; mais, maintenant encore, un noyau de cerise, un pépin de raisin, nous ne pouvons les avaler, excepté par distraction. G est ainsi que, nourrissant une conviction erronée depuis la jeunesse, nous avons fini par en être définitivement l'esclave, et contre une pareille idée ^xe que nous avons reconnue fausse, il y a près de vingt-cinq ans, notre raison et notre volonté ont toujours été impuissantes. Cet empéchemeni organique d'avaler un pépin de raisin, empêchement amené par l'action d'une idée accourant irrésistiblement pour se mettre en travers daw^wç^Vx^
esprit, il y a des gens qui ne veulent pas y croire, parce qu'étant absurbe, il doit être impossible I
On trouve pourtant autour de soi et dans la science des faits de ce genre. Un de nos amis de jeunesse, M. le professeur F.Jacquot, en lisant ces lignes sur notre bizarre infirmité, nous a écrit, il y a quelques temps, pour nous dire qa*il était la viclime d'une même tyrannie de pensée. Quand il est avec des fumeurs (il ne fume pas) et qu'il entre eo conversation avec eux, il reste toujours à son aise ; mais chaque fois qu'il essaye de lire à haute voix, en leur présence, il éprouve presque aussitôt de la suffocation ce qui ne lui arrive jamais dans toute autre circonstance où il fait une lecture. Cette gêne de respirer le reprend, par une association inconsciente d'idée. Dans ces derniers temps, nous avons pu guérir un enfant de dix ans, qui, a la suite d'affirmations qu'il s'était faites était comme nous, dans l'impossibilité d'avaler les aliments solides. A. Bertrand rapporte que quelques convulsionnaires de Saint-Médard qui, dans leurs crises, s'étaient imaginés devoir rester un certain nombre de jours sans manger, furent incapables d'avaler quoique ce fut, tout le temps qu'ils se l'étaient suggéré.
Du reste, ce qui conduit à admettre que de pareilles idées fixes peuvent élire domicile dans la tête de quelqu'un, ce sont les expériences de suggestion du sommeil à la veille. Si l'on affirme, à un somnambule, qu*il restera halluciné, sourd, boiteux, bègue, etc., après réveil, il restera ce que l'on aura voulu qu'il soit, nous en avons fait maintes fois l'expérience. Il suffit même d'affi^ mer, à une personne éveillée, très nerveuse, qu'on lui paralyse la langue, un bras, etc., pour que ces organes restent dans la contracture cataleptique. Quand le marié, dont parle N. Venette, fut plusieurs semaines sans pouvoir jouir des droits d'époux, àcause de l'affirmation qui
lai en fut faite, c'est qu'il avait cette constitution éminemment impressionnable que nous avons quelquefois rencontrée.
Eh bien I la suggestion qu'un homme rpçoit d'un autre, il peut se la faire à soi-même. Que de fois n'avonsnous pas vu des somnambules éprouver, au sortir du sommeil, ce qu'alors ils s'étaient mis dans la tête 1 Du reste, l'existence des idées fixes du genre de celles que nous relatons n'est nullement contestée ; ces idées sont même Bkdmises dans la science, seulement Ton n'a pas remonté à leur origine véritable. Ainsi, Broussonnet, au rapport de Cuvier, ne pouvait plus dire les substantifs, et Murât, chirurgien de Bicôlre, était dans la même situation d'esprit. Grandjean de Couchy ne trouvait plus les paroles qui devaient rendre sa pensée ; en voulant dire un mot, il en prononçait un autre. Zimmermann parle d'un homme qui éprouvait des douleurs inouïes à se faire couper les ongles *. Les auteurs rapportent bon nombre d'autres singularités semblables et personne, que nous sachions, ne les a niées. Que sont ces étrangetés, sinon le résultat d'une affirmation que ces hommes s'étaient faite à euxmêmes, et qu'ils renouvelaient à chaque répétition des actes auxquels cette affirmation se rapportait ?
N'est-ce pas ainsi que naissent les idées préconçues, les idées, fruits de l'habitude, comme celles de priser, de fumer, de consommer certaines liqueurs, etc., idées fixes devenant si irrésistibles et si difficiles à déraciner ? Ces dernières habitudes, sortes de folies partielles, disparaissent aisément par le traitement suggestif. Nous avons amené à bien, des fumeurs, des priseurs, des alcooliques, et même des personnes atteintes du tremblement des écrivains. Cette bi^^arre afl'ection où la danse des doigts
* Voy. Traité de VhérédUé nalurelle^ paT?T.L\ic«L%, \..\,^. \V^.
108 THKRAPEUTIQUB SUGGESTIVE
ne commence que lorqu'on s'apprête à former les premières letlres, esl-elle autre chose que Teffet d'une suggestion insciente, répétée chaque fois qu'il s'agit de conduire la plume? Nous avons traité suggestivement^ pour une semblable affection, une fille de quinze ans, dont les doigts commençaient à trembler dès qu'elle voulait coudre ? Cette fille, très nerveuse, était convaincae d'avance de ce qui lui arriverait; elle se l'affirmait et, nécessairement, ses doigts s'agitaient convulsivement sous l'influence de l'idée qu'elle en avait. Nous la laissâmes débarrassée de son tremblement ; mais, l'ayant perdue de vue, nous ne savons si ce mieux fut durable.
Enfin, n'y a-l-il pas quelques cas de cette mialadie dont on a tant parlé dans ces derniers temps, l'aphasie, surtout ceux où il est impossible de prononcer ce que Ton peut écrire (que ces cas soient compliqués de lésions cérébrales ou non) ; n'y en a-t-il pas qui sont la conséquence d'une affirmation que l'on s'est faite? Et, de même que l'on rencontre certains désordres cérébraux coïncidant avec certains délires, ne se présente-t-il pas, dans l'aphasie, «ne lésion coïncidant avec l'idée Vixe de ne pouvoir prononcer les mots ?
Nous ne nous étendrons pas davantage sur cette sorle de folie partielle, nous l'avons seulement signalée pour que l'on songe à diriger ses investigations là où on la suppose exister ; mais surtout, afin que Ton s'occupe de la faire disparaître par la méthode seule couvenable, la suggestion pendant les états de sommeil provoqué.