ABSTINENCE PROLONGEE D*ALIMENTS ET DE BOISSONS
Nous ne pouvons pas aborder, plus à propos qu'à cette place, une question curieuse, laquelle, bien qu'ayant pénétré dans la science, est rejetée encore par un grand nombre de médecins ; c'est celle de la possibilité où sont les cataleptiques, les femmes hystériques, certains dormeurs, etc., de rester très longtemps sans prendre de nourriture. Si nous effleurons cette épineuse et obscure question, c'est que, par la spécialité de nolie travail,. nous croyons pouvoir y jeter de la lumière et amener la confirmaticn d'une vérité non encore parfaitement établie.
Les annales de la science renferment un grand nombre d'observations de jeûnes prolongés, plus ou moins authentiques ; nous ne croyons devoir en choisir que quelquesunes des plus incontestables, elles suffiront, et au delà^ pour ce que nous avons à en dire. Afin de n'éloigner personne, nous les prendrons surtout dans deux ouvrages couronnés par l'Académie : le mémoire de Puel sur la Catalepsie et le livre de Padioleau sur la Médecine morale. Le travail, si accrédité de Brière de Boismont, sur les Hallucinations y nous fournira aussi deux faits intéressants et qu'il est difficile de mettre en doute. Enfin, pour ne
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pas étrelrop incomplet, nous signalerons la maladie, dite du sommeil, maladie accompagnée d'abstinence et dont rentrée dans les cadres scientifiques ne parait pas trop effaroucher les puritains du corps médical.
Dans son mémoire sur la catalepsie, Puel écrit, page 77 : il est certain que quelques malades ont vécu pendant plusieurs jours et même pendant plusieurs semaines, presque sans manger. Christine Walery (obs. 85) est, à ce point de vue, l'exemple le plus remarquable que je connaisse, et il n'y a aucune raison de suspecter la bonne .foi ou de croire à la trop grande crédulité des auteurs du rapport dans lequel ce fait se trouve consigné. « Elle est restée une fois plus de trente jours dans un état d'immobilité parfaite, sans prendre aucune espèce d'aliment solide ou liquide. » Le postillon de Lunel (obs. 80) ne prit que deux fois du bouillon et une potion cordiale, depuis le 28 mars jusqu'au 20 avril 1764. Puel ne rend compte des fonctions des glandes que chez ce second malade. « Claude Chaudesson (c'est le même que le postillon de Lunel) ne fit aucune fonction naturelle pendant vingt-cinq jours ; il est curieux de remarquer que ce malade, étant revenu à lui-même le 20 avril, resta encore trois jours sans avoir aucune sorte d'excrétion. Il semblerait résulter de là que, pendant l'accès, il y avait nonseulement absence d'excrétions, mais encore suspension de sécrétions intérieures. »
Padioleau ^ cite une hystérique qui, très longtemps, ne prit qu'un peu d'eau et un petit morceau de chocolat la nuit. « Quoique cet état durât déjà depuis plusieurs mois, elle conservait néanmoins un teint frais et l'amaigrissement n'était pas sensible. Le pouls était petit, à cent pulsations, la langue naturelle, les selles supprimées ou
* Médecine morale, p. 205.
à peu près, et elle ne dormait que très peu. La menstruation était interrompue depuis le commencement de son abstinence. Cette malade avait tantôt des attaques de catalepsie, tantôt d'hystérie ou du coma léthargique. » Padioleau ' raconte aussi que ponami, le D'RIchelot, adonné des soins à une jeune névropathique qui, « depuis deux ans, lie vit que de quelques fruits ; elle ne mange ni viandes, ni légumes, et cependant elle est fraîche, gaie et ne manque pas d'une certaine force dans les muscles locomoteurs. « Le môme auteur dit encore ^ qu'une femme put rester, pendant quarante jours, dans son lit avec des accès hystériformes des plus bizarres, sans prendre la moindre nourriture.
Dans son Traité des hallucinations ^, Brière deBoismont parle d'une extatique qui eut plus de cent accès en quarante jours et qui s'abstint de nourriture et de boisson pendant quatorze jours. A propos du sujet de son observation 106 ^, Brière de Boismont ajoute : « Cette malade a offert une particularité que nous avons constatée plusieurs fois chez les femmes hystériques à phénomènes extatiques, cataleptiques, etc., je veux parler de l'abstinence plus ou moins prolongée. A diverses reprises, elle a refusé les aliments, et quelque temps avant son entrée à la maison de santé, elle a été trois semaines sans manger, prenant à peine quelques cuillerées de potage, et dans les dix derniers jours se contentant de cuillerées d'eau. Malgré la prolongation de ce jeûne, sa figure et sa constitution ne nous ont pas paru sensiblement altérées. »
En dehors de ces faits, véritablement classiques, on en cite encore de sommeil prolongé ayant eu une durée
* Médecine morale^ p. 209.
3 Traité des hallucinatiom, 3*éditioD, p. 307.
* rd,, p. 349.
remarquable. C'est ainsi que Blandet rapporte avoir vu le repos se continuer sur des individus, pendant quarante, cinquante et cent jours de suite, et que, Cousins, plus vraisemblable dans ses assertions, affirme dans le Médical Times^ avoir vu un homme rester, à plusieurs reprises dans le sommeil depuis onze jusqu'à cent trente huit heures de suite. Ces derniers auteurs et ceux qui ont observé la maladie du sommeil, assurent que, pendant ces longues périodes de repos et par conséquent d'abstinence, il existe chez les sujets qui en sont affectés, une torpeur profonde, une insensibilité complète, une respiration presque insensible et une suspension des évacuations. Nous nous arrêtons ici dans les citations.
L'abstinence prolongée dans la catalepsie, l'hystérie, et autres affections du même genre, ne doit pas surprendre, du moment que Ton sait, avec nous, que ces états maladifs présentent de l'analogie avec le sommeil. S'il est prouvé, pour le lecteur, que, pendant le sommeil physiologique, l'être qui s'y abandonne ne fait presque aucune déperdition de forces ; et que, surtout, pendant cet état, s'il est prolongé longtemps. Ton peut se passer de nourriture et de boissons, il nV a plus rien que de très naturel que Ton jouisse, à plus forte raison, d'une même propriété dans les étals morbides analogues au sommeil ; les données de la physiologie viennent ainsi appuyer les faits pathologiques et leur donner la sanction de la vérité.
Il est maintenant acquis à la science que, lors du repos ordinaire de la nuit, outre la plus ou moins grande suspension des fonctions des organes des sens et de la locomotion, les mouvements respiratoires sont moins fréquents, les combustions sanguines sont moins actives, la chaleur du corps diminue, les mouvements du cœur se ralentissent en moyenne de dix pulsations par minute ; seules la digestion, la nutrition et les sécrétions semblent absorber
toutes les forces de Têtre ; et encore, ces fonctions réparatrices se font-elles avec une certaine lenteur, ce que décèle Tactivité moins prononcée qu'on leur reconnaît. Cette lenteur, dans les opérations intimes qui entrelirnnent la vie, a alors pour conséquence, puisque l'organisme ne perd presque rien, par les fonctions de relation, d'amener peu le besoin de réparer les forces ; aussi Tappétit, véritable mesure indiquant les dépense?, se fait-il moins sentir pour un même nombre d'heures de repos que d'heures d^action, et il arrive même qu'il est moins développé lorsque l'on s'éveille que lorsque l'on s'est endormi.
Pendant qu'on se livre au sommeil, la nutrition continue donc son cours et répare déjà ainsi les pertes de l'organisme ; mais au-dessus d'elle, il est un médiateur qui coordonne les forces nerveuses, les dirige là où il en est besoin ; ce médiateur toujours bien interprété, c'est la pensée. De même, qu'en faisant réagir cette puissance révulsive dans l'état de somnambulisme, on enlève une douleur quelconque ; de même, par la pensée prise en s'endormant de ne plus éprouver de sentiment de fatigue au réveil, il arrive qu'au sortir du sommeil on ne ressent plus de lassitude ; le désir exprimé de ne plus être fatigué, quand en se livrant au repos on se sentait harassé, est toujours satisfait lorsqu'on dort paisiblement. Si la pensée ne crée pas de forces pendant le sommeil, au moins doit-on avouer que, par son retentissement et son interprétation exacte dans l'organisme, elle les équilibre, les met dans une harmonie parfaite.
Ainsi, dans le sommeil ordinaire, il y a peu de dépense; la création de nouvelles forces et la répartition de ces forces, grâce à la pensée, se font avec mesure dans l'économie animale. Ces effets réparateurs sont encore plus marqués dans le somnambulisme. Dans ce dernier état principalement, outre la sensibilité qui est étQlule^\&^
fonctions nutritives, quand elles ne sont pas suraotivées à dessein par la suggestion, subissent un ralentissement remarquable. C'est bien autre chose, lorsque par affirmation on aide à Tarrôt du travail de réparation et de déperdition organique.
Une des autres propriétés importantes du sommeil profond, et qui, sans doute, appartient aussi au sommeil léger, c'est celle qu'on a de pouvoir le faire durer indéfiniment. Â la suite d'une suggestion que nous lui avions faite de dormir une heure, nous avons vu une de nos malades rester au lit dans une somnolence dont elle ne put sortir qu'avec effort, deux jours après. Chardel * a gardé plus de deux mois deux jeunes filles en somnambulisme. Le comte de B a raconté au précédent auteur,
qu'en 1793 il endormit sa femme pour passer l'Océan, et qu'il la maintint dans le sommeil profond tout le temps de la traversée vers le continent américain. Puisque cet état prend naissance par une action de la pensée, il peut se prolonger par la même action ; aussi, suffit-il de suggérer à un somnambule ridée fixe de ne pas s'éveiller pour qu'il ne s'éveille pas.
Cette faculté que l'on a, par la suggestion, de prolonger la période du repos des dormeurs et que ceux-ci ont nécessairement par eux-mêmes ; celle que ces mêmes dormeurs ont, aussi, de pouvoir ralentir le travail de l'assimilation et de la désassimilalion, en détournant la force nerveuse des organes affectés à ces fonctions, nous donne la clef de la manière dont les animaux, dits hivernants, passent une partie de l'année dans un engourdissement léthargique -. L'induction nous porte encore à penser
* Pdycholof/ie physiologique, p. 243.
2 Les plus connus de ces animaux s«»nl : la chauve-souris, le hérisson, Tours, le lenrec, la marmotte, le humsler, le loir, le lâuscardin, la gerboise, le port-épic, etc.
que ces animaux s'endorment avec l'idée de ne s'éveiller qu'au moment où ils sentiront des impressions dues à la température, impressions qui seront pour eux le signal de rentrer dans la vie active. L'engourdissement où ils arrivent présente les signes du sommeil le plus profond observé chez l'homme. Insensibilité absolue, immobilité complète, ralentissement des fonctions respiratoires, à tel point qu'ils ne consomment plus qu'une très faible quantité d'oxygène et qu'ils peuvent rester plusieurs heures dans de l'acide carbonique sans périr, diminution aux neuf dixièmes de la rapidité de la circulation, absence d'évacuation, tout révèle en eux qu'il y a eu un arrét^ pour ainsi dire complet, dans les fonctions animales et végétatives et que la vie est, non pas éteinte, mais comme suspendue dans son mouvement.
Les mammifères qui dorment du sommeil léthargique s'y plongent avec une rare prévoyance. Ils y entrent^ certes, avec la pensée de dépenser peu et de ralentir les fonctions vitales ; la preuve en est qu'ils se mettent dan» les conditions d'enrayerle mouvement de l'action nerveuse. Ils choisissent un trou, une caverne ; ils s'y blottissent souvent en grand nombre et, toujours, ils se placent assez profondément dans leur retraite pour ne pas être exposés: ou à un froidnuisible,ouàunechaleurtropintense. Il faut, à ces mammifères, une température assez basse, température qui les mette dans les conditions si favorables aux reptiles, dont la chaleur animale n'est guère supérieure à celle des milieux où ils vivent et chez lesquels, nécessairement, le besoin de prendre de la nourriture ne se renouvelle pas souvent, parce que, dans les conditions d'équilibre où ils sont placés, la respiration, la circulation, la digestion, la nutrition, etc., ne s'exécutent en eux qu'avec une extrême lenteur.
Nous sommes loin, on le voit, par notre manière de
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comprendre la cause du sommeil léthargique, de ropinion des savants qui ont attribué cet état àTinfluence du froid. Ils ont prélendu qu'il y a, chez les animaux présentant cet -engourdissement, un défaut d*énergie vitale, un ralentissement des actions nerveuses qui correspond à l'hiver lequel est amené par l'abaissement de la température. Ils n*ont pas pris garde que le froid enlevant beaucoup de calorique au corps, il est alors nécessaire, aûn d'entretenir la chaleur animalo, d^une plus abondante quantité d'aliments. Le froid n'est-il pas cause de plus d'activité dans les fonctions nutritives et éliminatoires, ce que trahit la faimplos impérieuse pendant l'hiver que pendant l'été ? Les faits observés de sommeil léthargique sont loin, au demeurant, de paraître même donner raison à la théorie que nous -combattons. Le loir, le muscardîn s'engourdissent fréquemment en été ; et ce dernier prolonge même son sommeil léthargique dans une chambre chaude. Le tenrec de Madagascar choisit, pour prendre son repos, la saison la plus chaude de Tannée. Un habitant de cette île serait bien venu, s'il nous disait que la chaleur est la cause de ce phénomène.
Des auteurs ont attribué l'engourdissement léthargique des mammifères à la privation de nourriture ; ce qui équivaut à soutenir que, s'ils ne trouvent plus à manger, et par conséquent, s'ils sont déjà épuisés, anciaigris, ils dorment. Cette seconde théorie n'est pas plus soutenable que la première. Ces animaux s'endorment lorsqu'ils rencontrent encore de quoi subsister, qu'ils sont vigoureux et couverts de graisse; ils prévoient une saison ingrate pendant laquelle il ne leur serait pas aisé de se procurer de la nourriture.
Rien, jusqu'alors, nenousparaît détruire notre manière d'expliquer le repos léthargique prolongé, comme nous ^vons expliqué le sommeil, puisqu'il n'est réellement pour
nous qu'une exlension normale du repos ordinaire. Aussi, somnnes-nousconvaincu qu'il serait possible de garder longtemps quelqu'un dans le sommeil profond, sans qu'il ne mangeât nine bût.ll suffirait, après l'avoir bien enveloppé et mis dans ce sommeil, de le placer dans un appartement maintenu à -}- i2 degrés, de lui suggérer un repos équilibrateur et le ralentissement des fonctions assimilatrices et désassimilalrices.
Nous n'avons pas rencontré de sujet qui pût tenter semblable expérience ; nos somnambules étaient dans la nécessité de vaquera leurs occupations ; puis, se seraientils prêtés à notre désir ? Seul, notre sourd-muet Loué aurait eu le temps de dormir; mais, ayant su qu'il s'agissait de rester plusieurs jours dans le sommeil et de ne plus. manger il nous fut impossible de le déterminer à pareille chose. Seulement, un jour qu'ayant faim, il était parvenu é. se mettre en charme pour dissiper ce besoin, nous le déridâmes à en faire autant, chaque fois que le désir de prendre de la nourriture et de boire se représenterait. Il resta une journée entière à la diète absolue ; mais il rompit le jeûne à la vue d'une soupe aux fèves qu'il aimait beaucoup et que sa mère, alarmée de sa folie, lui avait préparée pour le tenter. Loué ne fit que tromper sa faim. Comment aurait-il pu réussir dans sa tentative, dès lors qu*il dépensait autant de force que d'habitude en allant, venant, travaillant. Le besoin de prendre de la nourriture devait, sans trop tarder, revenir impérieux pour le prévenir de combler les perles nerveuses.
L'abstinence prolongée que l'homme, aussi bien que d'autres mammifères, pourrait présenter dans l'état de sommeil physiologique, on la rencontre dans la catalepsie, rhystérie, la maladie du sommeil, etc. Trois des maladesdont nous avons parlé ont été, non-seulement privéslongtemps de substances alimentaires, solides eVV\ç\v\\^^'5i\\s\^w
encore on a reconnu en eux une absence presque complète d'évacuations, comme chez les animaux hivernants et comme dans les cas rapportés par Blandetet Cousins. Cette dernière particularité a été même remarquée dans des accrs extatiques compliquant l'hystérie. Brière de Boismont ^ relate qu'une hystérique, qu'il a observée et qui était sujette à des extases de vingt-quatre à trentesix heures, n'urinaitni n'allait à la selle pendant ce tempslà; même à la fin des accès, la vessie était vide. Comme Textase est la forme la plus profonde des états analogues au sommeil, il suit, de ce fait, que c'est réellement à cause des propriétés qu'ils tiennent du sommeil, que des malades peuvent s'abstenir longtemps de nourriture et de boisson. La cessation des mouvements musculaires, l'amortissement des organes des sens, le manque d'excitation par les substances absorbées sur les extrémités et les surfaces nerveuses, la diminution fonctionnelle delà vie organique, et enfin la torpeur générale, ont marché de pair, chez G. Chaudesson et autres, etrendent compte de leurs jeûnes ; mais ces raisons ne suffisent pas, pour expliquer l'abstinence de l'hystérique dont parle Padioieau, etde lanévropathique dont parle Richelot, lesquelles ont mené une existence assez active, tout en étant privées d'une nourriture suffisante. Cependant ces dernières, sauf la perte que peut amener Teff^ort de penser et de se mouvoir, n'ont réellement pas été sous le coup d'autres causes d'épuisement. Il est probable que leur sensibilité externe et interne était fort amortie. De plus, ces malades ne faisaient presque aucune perte pour digérer, absorber et sécréter ; leurs dépenses nerveuses, de ces côtés, étant nécessairement faibles, il n'est pas étonnant que leurs forces n'aient diminué avec lenteur.
' Traité des hallucinations, p ^0^.
Dans les maladies où Ton a observé des jeûnes prolongés, c'est au ralentissement et à Timmobilisation de raltention au cerveau qu'est due la diminution des fonctions de la vie animale et de la vie organique. Dans ces cas, il suffit que cette force se mette en arrêt en grande quantité sur une idée quelconque.
11 n'en est pas tout à fait ainsi dans l'engourdissement léthargique des animaux. Du moment que l'attention du dormeur, à Taide de l'idée fixe, règne en maîtresse absolue sur les nerfs de la vie de relation et sur le grand sympathique, pour peu qu'elle soit accumulée ; cette attention, si puissante pour augmenter le mouvement fonctionnel d'un seul ou de quelques organes lorsqu'elle se concentre sur eux, peut de môme, à l'inverse, ralentir ce mouvement dans les mêmes proportions qu'elle l'accélère. Pourquoi cette force qui, en s'accumulant quelques instants sur une idée dans le sommeil profond, excite la sensibilité ou l'éteint, suractive la circulation ou la ralentit, stimule les fonctions digestives ou les rend paresseuses, etc. ; pourquoi n'aurait-elle pas, chez les animaux hivernants qui s'endorment avec la pensée bien arrêtée de dormir sans avoir besoin de réparer leurs forces ; pourquoi n'aurait-elle pas le pouvoir d'amoindrir, par une tension continue, l'absorption et les sécrétions ?
Celte puissance, nous la lui reconnaissons. Et voyez comme alors tout est économique dans son action : tandis qu'elle diminue le travail vital dans un sens par son arrêt sur l'idée de le ralentir, les autres fonctions intellectuelles, sensitives, musculaires, digestives, etc., où elle ne préside presque pas non plus, ne faisant plus guère par là de pertes, ne demandent plus, par conséquent aussi, que très peu de réparation nerveuse. Il y a ainsi bénéfice de tous les côtés, bénéfice partout.
D'après les données physiologiques que nous a procurées
la science et nos études sur le somnneil, ne nous étonno» donc plus de la réalité des faits d'abstinence prolongée dont on entend les récits de toutes parts; ces faits onlleur raison d'être. Hé quoi I Ton admet, chez des mammifères, un sommeil qui se prolonge plusieurs mois sans qu'ils prennent de nourriture, et Ton ne voudrait pas croire qu'il se produise accidentellement des états semblables chez r homme dont le sommeil et les états analogues présentent tant de rapports communs avec l'engourdissement léthargique des animaux ? Comment L parce que Ton n'a pas vu de tels faits et qu*on ne peut se les expliquer, on les nie? Cela nous rappelle ce vieux paysan d'ua village non loin du nôtre, lequel mourut sans admettre l'existence des chemins de fer par la raison qu^il ne comprenait pas des voitures roulant sans qu'elles fussent traînées par des animaux. C'était pour lui une chose contraire aux lois de la nature, le renversement de Tordre établi, une absurdité, et ceux qui lui en parlaient, des crédules ou des imposteurs. Jamais ce raisonneur, même lorsqu'il fut créé une de ces nouvelles voies de transporta quelques lieues de chez lui, ne voulut s'en assurer de ses yeux, de peur d'être alors l'objet d'une mystification ou ridiculisé. C'est là l'histoire de certains savants à l'égard de l'abstinence prolongée chez l'homme et à l'égard des autres phénomènes que présentent les formes de l'état passif.
Ce sont les femmes qui, d'ordinaire, sont demeurées le plus longtemps sans prendre de nourriture. C'est facile à comprendre. Comme le dit avec sens le physiologiste Burdach, l'existence de ce sexe ayant pour but principal le développement et la conservation de l'espèce, la vie doit y présenter une résistance plus grande que che^ l'homme, surtout à l'âge où les fonctions génératrices sont réveillées. Il n'y a donc pas à être surpris si la
femme est capable de supporter une longue privatioik d'aliments, quand elle est atteinte, avant la ménopause^ de ces maladies qui empruntent leurs caractères principaux à Tétat passif et en ont, conséquemment, les propriétés.
Nous ne nous arrêtons pas davantage sur l'intéressant sujet, base de cet article. Notre but a été plutôt, ici, de conduire à l'examen de faits semblables à ceux que nous avons relatés, qu'à convertir ceux qui les nient ou qui en doutent. Nous savons trop, par expérience, combien il est difficile d'arriver à un tel résultat, quand nous avons^ échoué même pour faire comprendre à des médecins quele sommeil artificiel n'est pas une jonglerie. Aussi, sommes-nous modeste dans nos prétentions. Si l'on se doutait que l'on est plus souvent la dupe de ses idées préconçues et de sa suffisance que des impostures d'aulrui, peut-être qu'au lieu de se borner, quant à ce qui nous occupe, à une critique basée sur ses connaissances acquises, connaissances toujours limitées, se porterait-on davantage aux investigations scientifiques, à l'expérimentation directe, les seuls et véritables moyens de connaîtretout à fait la vérité.