CHAPITRE PREMIER
Dans le système de la vie de relation, si Tattenlion, en se portant sur les sens et le cerveau, est cause d'impressions, puis de perceptions ; si elle est cause de la formation des idées-images, de la remémoralion, du raisonnement, et enfin delà pensée consciente ; si cette même force, dans le système de la vie végétative, est cause de Tapport au cerveau des perceptions venant des impressions des filets sensitifs du grand sympathique et, consécutivement, de pensées inscientes ; si du cerveau part, sur les deux systèmes essentiels à la vie,' comme d'un réservoir commun et par une double chaîne, l'action des deux formes de la pensée, afin de mettre, d'un côté, l'homme en rapport avec le monde extérieur, et d'entretenir de l'autre la vitalité et l'exercice de ses organes * ; il faut le dire, la pensée
1 D'après Ferez (voy. Abeille médicale, année 1865, p. 249), le cer- Telet est le centre des sensations et des volitions instinctives.il préside, dit-il, aux instincts viscéraux : tels que ceux de l'alimentation, de la respiratioD, de la circulation, etc. Gela équivaut à dire que, pour ce physiologiste, le cervelet est nécessairement le siège de la pensée inscieote qui veille à la respiration, à la circulation, à la nutrllloa^^lc.
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couscienle, ce principal pradoit iie rallention agissant au
sommet de l'être, a^iHe nction en retour sur cette môme
cause qui a servi  la former, 1 attention.
Non-seulertveïïf\éne l'appelle en abondance ou la fait
diminué^ dalis'ies fonctions de la vie animale ; mais, par
ell€L-.&Ile exerce encore la même influence sur les fonc-
***** tfQÙs.^^'ganiques, ce qui arrive surtout pendant le som-
"^•mfcî'i ou les étals analogues. Alors, cette pensée incons- 'ciente qui, à notre insu, tient continuellement allumé le feu de la vie ; qui veille quand nous dormons et rejaillit sur le corps en merveilles de structure, d'harmonie et de mouvements, devient l'humble servante de sa congénère, la pensée consciente. Par l'attention que cette dernière concentre sur tout ou partie des organes soumis aux nerfs ganglionnaires; ou par celle qu'elle en soustrait, cette pensée excite ou calme les fonctions, et, dans Tun de ces sens, elle se fait même traduire à la lettre, sur les parties les plus circonscrites de la peau où le désir en est exprimé, et cela en caractères exacts et parfaitement marqués, ainsi qu'il arrive dans la stigmatisation. Toute pensée concernant l'organisme (grâce à la force nerveuse qui, sous son impulsion, abonde vers les tissus ou en disparaît par suite «l'une vive remémoration) est exprimée presque à la fois au cerveau et à l'extrémité des nerfs sensibles des deux appareils du système nerveux, de même que la sensation remémorée, dans la production d'une hallucination, est présente presque en môme temps au cerveau et à l'extrémité des filets nerveux sensitifs.
Les généralités qui précèdent découlent des études que nous avons déjà faites dans le volume précédent ^ ; elles découlent surtout de celles auxquelles nous allons continuer de nous livrer. Il n'entre pas, dans notre sujet,
i Le sommeil provoqué ci les états analogues, 0. Doîd, 1889.
de faire un exposé éliologique complet des maladies amenées par la réaction de la pensée sur Torganisme ; nous voulons seulement, avant d'entrer plus avant en matière, Caire comprendre comment certaines maladies naissent moralement et quel est leur mécanisme dynamique de formation et d'entretien. Psychologiste avant tout, nous laisserons donc de côté les détails pathologiques qui ne sont que secondaires dans la question qui nous occupe.
Les maladies, par l'action de la pensée, affectent toutes les parties du corps : là où il y à de la substance nerveuse distribuée, là la pensée y réagit par répercussion sans en excepter les centres nerveux et les nerfs eux-mêmes. Déjà, en exposant de quelle manière, pendant le sommeil, et les étals analogues, le moral influe sur le physique, nous avons touché indirectement au mode de formation des maladies par causes psychiques. Dans Tétat de sommeil, Tattention est dédoublée ; la plus grande partie, accumulée, se met en arrêt sur une idée ou plusieurs idées fixes ; Tautre partie, diminuée, reste encore libre dans le cerveau, la moelle et les nerfs sensibles *. Ce dédoublement antagoniste de la force nerveuse, en temps qu'il est agent de la pensée et des sensations, se retrouve surtout dans les maladies du sommeil dont la folie est le type.
En outre, nos expériences nous ont prouvé que, quand la partie de Tattenlion accumulée se porte sur des idées concernant Torganisme, cette force a une très grande puissance d'action, soit directement sur les tissus où elle afflue, soit indirectement sur ceux qu'elle abandonne en même temps ^. Nous avons aussi remarqué que lorsque la pensée est flottante, comme dans certains états de la
* Voy. Le sommeil provoqué, 1" parlîp, chap. iv, g 1. s Id. V parUe, chap iv, g 1, 3, 8, 9, 10.
veille où Tesprit est peu tendu, Tattenlion s'accumule à notre insu et se met à la remorque d'idées vers lesquelles nous nous laissons conduire en automates, idées qui, si elles concernent l'organisme, rejaillissent vigoureusement sur lui'. Nous avons encore constaté que, dans d'autres états ressemblant au sommeil, lorsque nous arrêtons notre attention sur des phénomènes extérieurs, il reste parfois une partie d'elle-même qui, involontairement et insciemment, va à lu remorque d'une idée préconçue et produit une modification sur les tissus dans le sens de cette idée*. Nous avons observé enfin que, si un sentiment d'émotion accompagne la pensée réfléchie, l'action de cette dernière est plus intense ^.
Eh bien I ces éléments du mécanisme de la pensée, attention et idées qui réagissent sur le corps pendant le sommeil et ses analogues, nous les retrouvons dans la formation des maladies par causes morales dont nous allons nous occuper ; mais comme nous reconnaissons trois modes principaux de développement de ces maladies; ou, 1° par un exercice plus ou moins prolongé de l'attention sur des idées pures ou des idées-images non émotives ; ou, 2° par un exercice brusque ; ou, 3° par un exercice lent de l'attention sur des idées émotives ; pour plus de clarté, nous nous baserons d'après cette division, dans ce que nous aurons à dire sur la manière dont ces aff'ections se produisent.
1° Maladies par un exercice plus ou moins prolongé de l'attention sur des idées pures ou des idées-images sans accompagnement d'émotion appréciable.
Elles sont refl*et d'une tension volontaire ou involontaire de l'esprit.
i Du Sommeil provoqué^ 2« partie, chap. i.
2 Ici. 2* partie, chap. m.
3 l'i. V partie, chap. iv, § 8 et 2' partie, chap. ii.
Elles arrivent involontairement, lorsqu'on se trouve dans cet état de Tinertie de Tattenlion prédisposant k Tiraitalion, état où tombent plus spécialement certains individus à constitution éminemment impressionnable. Nous savons déjà combien Ton est sympathique pour les maux d*au- Irui ; on n'a pitié du mal des autises que parce que Ton s'en crée une représentation mentale plus ou moins vive. Ce mouvement d'imitation dépourvu d'écho émotif bien marqué est commun comme fait, mais il est rare comme oause de maladie. Nous avons pu saisir, en endormant des somnambules, comment il arrive que, sans en avoir le désir, l'on peut devenir souffrant à la suite d'une affirmation que l'on se fait involontairement. Une preuve que la chose est possible, c'est que des personnes présentes à nos expériences et voyant les membres d'un dormeur insensibles ou en raideur cataleptique, éprouvaient au même instant par imitation et dans les mêmes membres, de semblables phénomènes physiologiques ; et, il fallait que nous intervinssions pour dissiper en elles ces phénomènes consécutifs à une idée fixe et expression de la diminution ou de l'afflux de la force nerveuse dans les parties afifectées. De môme que de l'insensibilité et de la catalepsie que nous avons ainsi observées chez des sujets éveillés et très impressionnables ; de même d'autres symptômes morbides par une même autosuggestion pouvaient nécessairement, dans des circonstances analogues, naître en eux, pendant la veille, et s'y prolonger d'une manière indéfinie. Si encore des somnambules de profession ont gardé après réveil, par suite d'une affirmation involontaire qu'elles se sont faites, des douleurs pareilles à celles des malades qui étaient venus les consulter ; pourquoi, même éveillées, des personnes sensibles n'éprouveraientelles pas des sympathies de même nature ?
Les maladies pouvant avoir lieu par imitation sans que