G THÉRAPEUTIQUE SUGGESTIVE
l'on découvre d'éléments affectifs bien marqués dans leur cause morale doivent être rares. On en rencontre plutôt qui sont la conséquence d'une afQrmation d'idées non cmolives et dont on s'est pénétré tout doucement et sans s'en apercevoir, par simple remémoration. Nous avons la certitude que de l'insensibilité \ des douleurs névral- •giques, de la paralysie, de l'aphonie, des hallucinations, des maladies à accès périodiques, quelques hypocondries des mouvements nerveux, sont les fruits de suggestions de ces choses que Ton s'est faite ainsi à son insu. Le tremblement des écrivains, par exemple, marqué par une agitation des doigts n'arrivant jamais que lorsqu'on se met à écrire, n'est-il pas l'effet inconscient de l'idée que ce phénomène doit se produire, et celle idée ne réagit-elle pas au moment même où l'on veut commencer à tracer des oaractères sur le papier? Ce qui démontre indirectement notre assertion, c'est que lorsqu'ils n'écrivent pas, des hommes atteints de cette affection peuvent tailler leur plume, la tenir longtemps entre les doigts comme pour écrire, se laver, se raser, toucher du piano, sans être pris (lu tremblement ; chez eux, l'idée de trembler ne vient par association insciente qu'avec celle de tracer des lettres ^.
Une fois qu'un malade a été pris au piège d'un symplùmepar affirmation insciente, il y croit, et par ce qu'il
* Uoe de mes clientes, lypémaniaque et par conséquenl. en état passif, ni vil plus clair tout d'un coup pour manger. Elle s'en était misinslanl.inément Tidée dans la tète. Pendant plusieurs semaines, on fut obligé (le lui porter les aliments à la bouche, mais tandis qu'on l'aidait ainsi, elle savait fort bien distinguer à travers la lenôtre les passants de la Tic. Elle était comme les sumnaiiibules qui ne paraissent voir que les ol^jets dont ils ont idée. Sa singulière cécité s'en alla comme elle était venue.
- Voy. Le sommeil provoqué, 2* partie, cliap. i, note où il est parlé djs associations inconscientes d'idées.
éprouve réellement, il se confirme toujours de plus en plus dans ridée qu'il souffre, qu'il est parai3^sé, etc. ; ce qu'il avait créé d'abord et qui n'aurait dû être qu'un effet passager de quelques heures, dès qu'il s'en occupe, devient le résultat permanent d'une idée fixe persistante. Cette idée fixe alimente ou prive alors continuellement les organes déjà souffrants, soit d'un surcroît, soit d'une diminution d'attention.
Si des affections naissent dans des états analogues au sommeil, à plus forte raison peuvent-elles éclore pendant le sommeil lui-même. C'est h une affirmation qu'elle se sont faites à leur insu, lorsqu'elles dormaient, que des personnes, à leur réveil, doivent d'éprouver souvent des symptômes nerveux disparaissant d'eux-mêmes quelques jDurs après. Nous en avons rencontré souvent qui, s'éveil» lïinl, ressentaient les douleurs auxquelles elles avaient pensé : ou elles les avaient créées de toutes pièces en y songeant ; ou elles avaient seulement exagéré une sensation pénible.
• Il arrive encore que l'attention, après avoir été volontairement et trop vivement tendue sur un travail intellectuel, devient la cause de froid, d'insensibilité vers la périphérie du corps, de congestion nerveuse et de chaleur à la tête ; cet accident est léger. Mais il n'en est plus de même lorsque l'appel de l'attention vers le cerveau est permanent ; lorscjue surtout les individus qui s'appliquent ont pour partage une impressionnabilité délicate des sens et en même temps une réaction puissante de la pensée ; lorsqu'enfin ila ont ces qualités greffées sur un état de charme habituel. Il arrive, par la persistance que Ion met à s'appliquer sur un objet de Tinlelligence, que l'organe cérébral se fatiguant et l'attention s'accumulanl davantage en un point : que cette force se divise vers deux pôles, l'un où elle se masse et s'immobilise sur une ou quelques
idées; et l'autre, où elle se meut librement sur des séries d'idées. Par suite de ce mouvement de dédoublement, l'attention, ce propulseur, ayant perdu de son ressort, il n*est plus possible, faute d'elle, de mettre la pensée en action sur des occupations intellectuelles autres et plus raisonnées que celles qui obsèdent l'esprit ; celte force, une fois désunie et faute d'une initiative possible, continue donc à rester, soit captive sur une ou plusieurs idées, soit libre sur un ordre d'idées incohérentes selon le pôle où elle domine. Gomment ensuite l'esprit affaibli du sujet peut-il se maintenir dans le domaine du bon sens, dès qu'il n'y a plus possibilité pour lui d'appeler à son aide ou les organes sensibles ou les matériaux de la mémoire? Toute folie, ainsi consécutive à une pensée non émotive qui dissocie la force nerveuse, comme dans le somnambulisme, est le privilège des hommes appliqués trop longtemps et trop exclusivement à des travaux intellectuels '.
2° Maladies par un exercice brusque de l'attention sur des idées émotives.
Elles sont l'effet d'une action involontaire de l'esprit. A l'instant de la production de ces maladies, le réveil d'un sentiment, d'une passion, renforce énormément le mouve-
^ L'aD dernier, nous avons soigné un jeune homme studieux et calme de caractère, lequel après s'ôire exercé pendant six semaines et 20 à 30 minutes tous les jours à regarder fixement le bout de son nez, ainsi que le pratiquent certains faquirs, et cela aQn de se rendre compte des phénomènes qu'il en éprouverait, ne put finalement s'empêcher d'être obsédé par cette préoccupation visuelle. Il en perdit le sommeil et resta incapable de se livrer à ses travaux intellectuels ordinaires. Craignant que cet élat d'esprit qui durait déjà depuis deux ans et demi, ne s'aggravât eDcore,il vint, surins conseils du P** Delbœuf, se faire soigner chez moi. Il me fallut sept mois pour le débarasser de cette singulière folie partielle, en employant la suggestion tous les jours dans les états de second et troisième degré du sommeil provoqué. Quand il me quitta son obsession disparue ne faisait plus sur lui que l'effet d'un songe dont on se souvient.
ment perturbateur de rattention et ne contribue que plus à mettre cette force en arrêt sur une idée, principalement si l'émotion est réveillée d'une manière imprévue et subite.
L'émotion apportant un renfort de force nerveuse à l'attention qui s'accumule sous l'influence de Tidée remémorée, il advient, par suite de ce surcroît, une répercussion consécutive sur certains organes, soit par excès, soit par soustraction de force nerveuse, selon Tintention que ridée exprime. Quel est le médecin qui, dans un accouchement, n'a vu les contractions utérines discontinuer par l'effet d'une forte émotion ? Il est presque inutile de rappeler de nouveau ces malades qui, consécutivement à une vive impression, ressentent, involontairement et par imitation ', le mal des personnes qu'elles voient ou dont elles entendent les plaintes, mal ne s'efî'açant qu'avec le temps, lorsque leur pensée fixe a cessé peu à peu de le nourrir. On peut aussi avancer sans crainte que, dans les cas de l'arrêt direct de l'attention sur des idées émotives remémorées, il naît des afî'ections morbides, véritables hallucinations où, sous l'influence de fti pensée devenue fixe, la sensation ressentie au cerveau est en même temps éprouvée à l'extrémité des filets nerveux du tact, de l'ouïe et des autres sens où on la rapporte. Il n'est pas rare de trouver des personnes devenues paralysées, sourdes, aveugles, muettes et même folles consécutivement à une affirmation qu'elles se sont faites de ces symptômes avec le concours d'un sentiment afl*ectif. Une de nos malades entre autres, après avoir rêvé que le tonnerre tombait près d'elle, en resta sourde plus de deux mois. Les remèdes n'y firent rien : mais à mesure que son idée fixe se dissipa, son ouïe revint.
* Voy. Le %omme%l provoqué^ 2* parlie, chap. i, note.
On voit même des maladies qui n'ont aucun rapport direct avec la pensée cause d'émotion brusque ; elles sont le produit d'une idée secondaire se reliant à cette pensée émotive par une association insciente ^ Nous connaissons une domestique saignant du nez à chaque légère frayeur qu'elle éprouve. Elle est convaincue que ce phénomène ne manquera jamais d'avoir lieu dès qu'elle aura la moindre contrariété. Aussi, chaque fois qu'elle est impressionnée, même pour une assiette qu'elle casse, une partie de l'attention reflue sur Vidée d'hémorragie et l'écoulement de sang se renouvelle. Quelques personnes, et j'en ai rencontré, voient au contraire se terminer leur épistaxis sous le poids d'une émotion subite, et cela par une idée inverse de la précédente qu'elles s'affirment.
On rencontre encore des femmes menstruées qui, à la suite d'une émotion, par exemple, sont prises tout d'un coup, ou d'une métrorrhagie, ou d'une suppression des règles, selon l'idée qu'elles ont de ce qui leur doit arriver ainsi chaque fois. Dans les premiers de ces faits, sous l'influence de la pensée en arrêt, la force nerveuse abandonne les vaisseaux capillaires : ils se relâchent ; dans les autres, cette force surcharge ces mêmes vaisseaux: ils se contractent.
Pour quiconque connaît la puissance de la pensée dans une des formes do Tétat passif, qu'elle soit insciente ou non, ces résultats, si contradictoires sur des muqueuses et consécutifs à une émotion, ne peuvent guère s'attribuer qu'au contre-coup de réactions morales dont le sens est parfaitement déterminé. Dans la nature, les corps tombent selon la même loi ; le sang parcourt toujours le même cercle ; et la cause physique qui amène une fois la perte de ce liquide la produira chaque fois que
* Voy. l'" partie, cliap. iv, de cevolume.
cette cause agira. Pourquoi, tout au contraire en apparence, une épouvante esl-elle suivie, tantôt d'un arrêt dans Técoulement du sang au dehors, et tantôt d'une hémorragie? C'est qu'elle dépend d'une influence psychique ; c'est que ensuite dans les deux cas, elle. est accompagnée d'une pensée spéciale différente, laquelle est cause, ici : d'accumulation, et là : de soustraction de force nerveuse à l'endroit déterminé par la pensée. Il nous est impossible dexpliqucr autrement une telle contradiction dans des eflct succédant à un point de départ paraissant identiquement le même : Télat émotif.
Sans compter encore un grand nombre d'aliénations mentales dues au relâchement consécutif de l'attention; c'est principalement à la suite d'une concentration de cette faculté sur des idée émotives, que des accès d'épilepsie, d'hystérie, de convulsions, de syncopes, etc., prennent naissance. Ce n'est plus par une affîrmatioa consciente ou inconsciente, dii'ccle ou indirecte, que l'on tombe dans ces dernières affections, c'est par le contrecoup de rentraincmenl de l'attention sur des idées-images. Consécutivement au retrait excessif de cette force sur le centre mémoriel, il s'ensuit un arrêt de la pensée consciente aux dépens de la pensée insciente ; et celle-ci, ne portant plus son excitation avec assez d'énergie vers d'autres points de l'organisme sur lesquels elle affluait, il en résulte une perturbation nerveuse traduite par des accès avec mouvements réflexes désordonnés, ou par des stases sanguines, etc.
On a vu une violente émotion déterminer la mort. C'est qu'alors la révulsion nerveuse au cerveau est tellement grande, que des organes nécessaires à la vie ne sont plus animés et leurs fonctions cessent. Ainsi, l'on peut expliquer comment un sentiment de dépit tua Fourcroy et Chaussier ; comment un mouvement de colère fit expirer
Tempereur Valenlinien I" devant des envoyés bulgares; comment un condamné k mort périt au moment où le bourreau venait de le frapper à la nuque avec un linge mouillé : il crut tellement que c'était le coup mortel que ce le fut en effet.
Feuchtersleben ^ rapporte que des sauvages, lorsqu'ils sont las de la vie, prennent la résolution de mourir, se couchent, ferment les yeux et cessent de vivre. S'il est permis de douter de ce fait, il n'est pas d'un sot d'y croire. En 1750, on fit mourir, à Copenhague, un condamné à mort auquel on annonça, après lui avoir bandé les yeux, qu'on allait le faire mourir en lui ouvrant les veines. Pendant que l'on faisait des incisions insignifiantes à la peau, on lâcha tout auprès des robinets par lesquels s'écoulait de l'eau. Ce malheureux, convaincu que c'était son sang, tomba en syncope ; il crut à la mort et il mourut. Nous n'en finirions pas si nous voulions citer des faits de ce genre. De même lorsqu'une excitation causée par un bonheur inattendu s'empare trop brusquement de l'esprit, il arrive aussi, et c'est logique autant que vrai, que l'action nerveuse désaccordée devient une cause de mort subite, tant il y a un afflux de l'attention sur l'organe cérébral aux dépens des autres organes. C'est une bonne nouvelle qui tua Sophocle, Denis le Tyran et Léon X.
3** Maladies par un exercice prolongé de Faltention sur des idées émotives.
Mais, pendant les états passifs, l'on ne développe pas seulement des maladies par l'absorption de son attention sur des idées pures ou imagées, ni par son afflux subit sur des idées émotives; on en fait naître encore, à plus
forte raison, par l'accumulation lente et graduée de cette
» Hygiène de Pâme, 2* édit., p. 119, J.-B. BalUière, 1860.
force sur des idées tristes. Ce sont sans contredit les inquiétudes, les ennuis, les chagrins sourds et prolongés qui deviennent le point de départ du plus grand nombre des affections parinûuence morale. Outre que les passions débilitantes sont le principe de névrose, elles le sont aussi de maladies avec lésions de tissus. L'esprit humain est, de ce côté, une véritable boîte de Pandore d*où s'échappent les maux de Tâme et par contre-coup les maux physiques. Dès que, par l'élément affectif de la pensée, cause de révulsion par accumulation ou soustraction de force nerveuse dans certains plexus du nerf grand sympathique; dès que par lui, l'innervation est troublée dans ses fonctions végétatives d'une manière permanente, les digestions deviennent paresseuses, la nutrition languit, des sécrétions diminuent ou s'exagèrent. Il y a des stases de liquides, des congestions, des modifications de tissus, etc.; bref, des lésions morbides qui germent dans les viscères, des dia thèses en voie de formation et, depuis la simple dyspepsie jusqu'au cancer, il surgit une foule de maladies, échos amplifiés de l'action de la pensée.
Il est bon de remarquer que si certaines émotions produisent un trouble de presque toute l'économie et amènent des lésions générales, par cumul ou par révulsion de la force nerveuse, il en est d'autres qui appellent, au contraire, Tinflux débilitant de la force nerveuse désharmonisée vers l'organe sur lequel elles ont le plus de puissance révulsive: cerveau, poumons, cœur, foie, intestins, etc. De plus, c'est une loi de la nature que des lésions, provenant d'une diathèse par cause morale, se forment dans les parties du corps les plus stimulées d'habitude, comme l'estomac chez l'homme, l'utérus et les glandes mammaires chez la femme; là où par con« séqaent, il y a eu le travail organique le plus actif; là
OÙ la pensée inconsciente et même consciente ont été le plus occupées.
Aussi, c'est surtout du côté de ces organes importants, si l'on est en proie aux chagrins, que latlention, suivant sa pente accoutumée, viendra plus tard prendre connaissance d'une sensation, puis la nourrira et, par une application involontaire de tous les instants, y appellera un travail morbide. Une fois l'esprit occupé de l'idée flxe que l'on est réellement atteint d'une afl'ection grave dans une partie quelconque du corps; une fois sous ce charme, l'organisme est localement influencé par Tattenlion dans le sens de la- pensée et, réciproquement, raflaiblissement qui en résulte ne rend à son tour cette dernière que plus débilitante dans son action ; on parcourt un circuit dont il n'est plus facile de sortir; c'est le serpent qui se mange la queue; c'est le mal qui vit du mal.
Chose remarquable, la plupart de ces maladies, amenées par influence morale dans un des états analogues au sommeil, sont réputées héréditaires. C'est que, non-seulement avec la constitution physique, les parents transmettent à leurs enfants, leurs instincts, leurs passions, leurs aptitudes intellectuelles, etc. ; mais encore la tendance à être suggestible. C'est de cette tendance, compagne d'un tempérament spécial, que découlent les maladies en question. Naissant avec la prédisposition acquise d'être impressionnés par suggestion à leur su ou à leur insu, les membres des mômes familles, selon qu'ils sont disposés à se concentrer sans s'émouvoir, ou à être pris d'émotion subite ou lente, sont : les uns, sujets à la folie, les autres aux névroses par accès, d'autres aux afl*ections chroniques. On voit des rejetons d'un tronc commun être chacun à part affligé de névroses difi*érentes et, quelquefois parmi eux, un même individu être pris tour à tour de plusieurs d'entre elles. t]ela se comprend : ces diverses maladies
descendant d'une prédisposition commune, c'est la manière de s'affecter ou c'est le plus ou moins d'énergie que Ton met à recevoir l'impression morale qui entraîne plutôt l'une que l'autre. Déjà des médecins ont constaté que des convulsions : l'épilepsie, l'hystérie, la folie et d'autres névroses, descendent d'un élément commun et ne sont que des manifestations variées d'une seule et même cause héréditaire, parce que, dans certaines lignées, ils ont rencontré la coïncidence de ces formes morbides. Leur manière d'induire est profonde. Nous venons de signaler une inconnue de cette cause unique ; elle fait encore davantage pressentir les autres.
■ Lors même que les maladies ont un autre point de départ que l'action mentale, il est certain que la pensée vient toujours les alimenter dès que l'on s'en afflige. Les remèdes les plus énergiques, les topiques les plus doux ou les plus irritants sont môme sans effet, quand ce soutien perpétuel de la vie ne marche pas d'accord avec eux K
Il est souvent possible d'étudier alternativement sur les personnes qui tombent facilement en état suggestible, l'influence différente du moral, selon qu'il est affecté en bonne ou en mauvaise part. La pensée qui a amené du désordre dans l'économie vient après coup y mettre l'ordre. Accompagnée d'émotion, la pensée peut appeler successivement la force nerveuse en grande ou en petite quantité sur les tissus et y produire tour à tour des effets proportionnels en plus ou en moins. Gharpignon - parle d'une femme qui, croyant avoir avalé une épingle, éprouva des symptômes tels que l'on craignit pour ses jours. En lui présentant une autre épingle qu'on lui assura avoir été
* Voy. !'• partie, chap. vi de ce volume.
^ Médeeint animiquct p. 26.
rendue par elle, on parvint à la calmer. Immédiatempnt, elle alla mieux et se rétablit. La même puissance qui, mal dirigée, Ta vait rendue malade , bien conduite, lui redonna la santé.
Ce qui découle de cette observation ressort d'une manière plus générale de la plupart des cas maladifs traités par les médecins; la pensée de celui qui souffre, si funeste quand elle réagit sur son organisme en désaccord avec les lois physiologiques, est à plus forte raison une maîtresse bienfaisante lorsqu'elle y marche en harmonie avec ces lois. C'est ce que Ton ne comprend pas assez. Non-seulement la force morale soutient et relève les malades ; mais elle conserve la santé, donne de la vigueur au corps jusqu'à la fin de Texistence et elle fait de la vieillesse le soir d'un beau jour. Pourquoi les extatiques boudhistes et certains moines chrétiens d'une religion bien entendue deviennent-ils si vieux, quoique soumis à un régime débilitant ? C'est que leurs sentiments sont invariablement purs, leurs émotions tendres et leurs âmes sereines. Mais, sans aller si loin, il suffit de jeter les yeux autour de soi pour découvrir quelques bienheureux privilégiés qui, maîtres d'eux-mêmes, ne sont jamais souffrants, bien que d'une constitution peu robuste. Ce sont ordinairement de ces hommes se complaisant, ainsi que Fontenelle, dans cet égoïsme raisonné qui éloigne de l'esprit tout ce qui peut l'affecler ; leur idée Vixe est de ne s'émouvoir de rien et d'avoir longtemps une florissante santé et ce qu'ils désirent, ils se le donnent ainsi. Mais il est encore possible, en aimant ses semblables, d'arriver au même but que ces égoïstes ; il est doux de faire le bien.