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I. — TRAITEMENT DES NÉPHRITES AIGUËS

Les néphrites aiguës sont déterminées habituellement par des proce.ssus infectieux ou toxiques dont l’action est intense, brutale et rapide. Aussi n’est-ce que tout à fait rarement qu’on se trouve en mesure d’agir sur la cause même de ces néphrites avant que des lésions rénales profondes ne se soient produites. Cependant l’élimination provoquée, la neutralisation d’un poison dans certains cas, la suppression d’un foyer infectieux localisé, l’atténuation des toxines microbiennes par la sérothérapie peuvent être considérées comme un véritable traitement prophylactique des néphrites aiguës.

En pratique, ces conditions favorables sont rarement réalisées ; l’intervention thérapeutique est le plus souvent tardive, souvent encore on manque d’une thérapeutique vraiment efficace. Aussi, dans les circonstances étiologiques habituelles des néphrites aiguës, doit-on se contenter de préserver les reins dans la mesure du possible, en s’elforçant tout d’abord d’atténuer la violence de la cause morbide, de mettre l’organe au repos, de le ménager, de stimuler sa fonction tant qu’il est sous l’influence de l’action toxique ou infectieuse. Plus tard, on se proposera pour but de favoriser la cicatri.satioii des lésions dans la mesure des moyens dont nous disposons.

Le traitement des néphrites aiguës doit donc être envisagé pendant la période initiale de la néphrite et pendant la convalescence. Prophylaxie mise à part, le traitement proprement dit, purement

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symptomatique, est le même, quelle que soit la cause de la iiéplirite; aussi envisagecons-nous surtout les néphrites infectieuses, les néphrites par intoxication, plus graves parce que les altérations rénales, plus profondes et plus rapides, n’olTrent que bien peu de ressources, aussitôt passée la brève période de répit où l'on aurait pu obtenir quelque résultat, en évacuantou en neutralisant le poison.

Traitement prophylactique. — Les maladies infectieuses s’accompagnent assez souvent de lésions du rein pour que le fonctionnement de cet organe soit un facteur essentiel de leur pronostic. .\ussi tous les moyens capables de diminuer l’action des substances nocives sur le rein, en favorisant leur élimination, en aidant au fonctionnement de l’organe, doivent-ils être mis en jeu.

C’est pourquoi le régime lacté absolu est le régime de toutes les infections intenses et prolongées; il est même préférable, s’il y a inlolérance pour le lait, de recourirmomentanémentà la diète hydrique dans les cas graves, plutôt qu’à tout autre régime alimentaire.

On évitera en même temps les refroidissements; on facilitera encore la diurèse par les boissons abondantes. L’emploi des lavages d’intestin, des purgatifs, a pour but d’établir par le tube digestif une sorte de dérivation supplémentaire.

La balnéation tiède ou froide n’est pas seulement hypothermisante, elle a sur la diurèse une action qui n’est pas une des moindres indications de son emploi.

Les toniques cardiaques agissent à la fois sur la circulation générale et sur la circulation rénale, mais on ne les prescrit que lorsqu’il existe des indications précises fournies par l’état du cœur.

L’action diurétique du sérum physiologique est assez contestable; on l’injectera surtout pour remonter l’état général. L’usage excessif qu’on en a fait au début a fait connaître ses inconvénients, et on doit le manier à des doses modérées, 100 à 200 centimètres cubes au plus par jour.

On ne doit jamais oublier qu’un certain nombre de médicaments ont sur le rein une action des plus fâcheuses : il en est ainsi des vésicatoires cantharidés, des halsamiques, des hypnoticiues (sulfonal, trional, etc.), de l’antipyrine. Mais, s’il est facile de se passer de ces agents, qui seront absolument à rejeter du traitement des grandes pyrexies, on ne saurait renoncer aussi facilement à l’emploi de certains médicaments spécifiques, tels que l’acide salicylique et le salicylate de soude, par exemple dans une crise de rhumatisme articulaire aigu; du moins ne faudra-t-il les utiliser chez un brigthique qu’à la condition de surveiller attentivement l’albuminurie, la diurèse et les éliminations urinaires.

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Ces précautions doivent être prises au cours de toutes les infections graves, qui constituent toujours une menace pour les reins.

Traitement de la période aîfçuë. — Dans les néphrites secondaires, les accidents peuvent survenir à une période très variable de la maladie causale: dès le début, pendant la période d’état, au moment delà convalescence. Dans les néphrites aiguës, dites primitives ou encore a frigore, la localisation rénale est d’emblée prédominante ou exclusive.

On doit s’efforcer, dans ces cas, de stimuler les fonctions rénales qui tendent à faiblir, d’établir des .suppléances, par e.xemple en faisant intervenir d’autres émonctoires tels que le tube digestif.

11 est indispensable que les malades gardent le repos absolu au lit et se soumettent au régime lacté intégral ; dans les cas d intolérance, on peut recourir aux succédanés du lait, en particulier au kéfir, ou même, pendant quelques jours, à la diète hydrique.

On sait que les phénomènes de congestion rénale jouent un rôle important dans les accidents aigus des néphrites. La notion des anastomoses qui existent entre la circulation rénale et cutanée, mise en lumière parle professeur Renaut, a permis, grâce aux saignées locales périphériques, de modilier utilement l’état de la circulation rénale. L’application de ventouses sèches, de sangsues ou mieux de ventouses scarifiées sur la région lombaire au triangle de ,1.-L. Petit est toujours indi([uée, au cours d’une néphrite aiguë, surtout s’il y a des hématuries, des douleurs violentes, ou une oligurie trop marquée.

11 peut suffire de combattre l’oligurie par les moy^ens les plus simples et les plus anodins : tisanes diurétiques, boissons lactosées, en stimulant en même temps les fonctions de la peau à l’aide des frictions sèches, des bains tièdes. Bartels a cherché à vulgariser l’emploi des bains chauds, des bains de vapeur ou d’air chaud, auxquels on peut préférer les envelojipements très chauds, moins dangereux pour le cœur.

On provoquera de temps à autre par des purgatifs légers des évacuations intestinales.

Lecorché et Talamon ont encore conseillé, à cette période des néphrites, le bicarbonate de soude aux doses de 2 à 0 grammes par jour.

Mais ces moyens peuvent échouer, la diurèse ne se relève pas ou ne se relève qu’incomplètement, les œdèmes apparaissent. 11 faut alors recourir aux diurétiques plus actifs, toujours avec prudence, de crainte d’irritei’ le parenchyme rénal et aussi parce qu on en obtient, dans ces formes, les résultats les moins brillants.

La toxicité des sels de potasse paraît avoir été fort exagéré ; on

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peut essayer du nitrate de potasse, sous l'orme de chiendent nitré; on en viendra ensuite à la théobromine.

Il est souvent nécessaire de remonter le cœur défaillant : on s’adressera au stropliantus, plus souvent à la digitale, parfois aux injections de caféine, quand il importe surtout d’obtenir une action rapide et de remonter en même temps l’état général.

Les effets diurétiques des injections de sérum physiologique ne sont pas en rapport avec l’abus qu’on en a fait ; elles relèvent bien la diurèse dans certains cas, mais elles peuvent aussi se borner à faire de l’œdème, œdème parfois local si le liquide injecté n’est pas résorbé ou ne l’est que lentement, parfois œdème généralisé ou même pulmonaire, ce qui est plus grave.

A doses modérées (100 à 200 centimètres cubes au plus), les injections de sérum pourront produire des effets favorables, plus peutêtre comme stimulants généraux que comme diurétiques.

On n’hésitera pas, dans certains cas graves avec oligurie persistante et tendance à la cyanose, à recourir à la saignée générale.

Traitement de la convaleseence. — La facilité avec laquelle les lésions rénales peuvent passer à l’état chronique oblige à surveiller étroitement la convalescence des néphrites aiguës. Lei'égime doit être maintenu tant que les éliminations urinaires ne sont pas entièrement revenues à la normale et encore quelque temps après ; on le maintiendra faiblement chloruré, et on conseillera comme boissons les eaux de faible minéralisation, alcalines et diurétiques (Vittel, Contrexéville, Martigny, etc.). 11 peut même être utile de compléter la guérison par une cure hydrominérale (Évian, Vittel, etc.).

II est surtout important de ne rendre les malades à leur régime habituel qu’ajirès s’être bien assui'é que l’albuminurie a disparu, qu’elle ne se dissimule pas sous une forme orthostatique, intermittente ou alimentaire, et que tes éliminations ])résentent les conditions requises par Lecorché et Talamon pour affirmer la guérison : disparition de la polyurie critique, pro|>ortions normales de l’eau et des substances extractives, état nonnal du cœur et de la tension artérielle.

On ne doit pas oublier (|ue la néphrite aiguë lai.sse le plus souvent après elle un certain degré de » débilité rénale » (Gastaigne), qui peut être toujours une menace s’il survient, même au bout do plusieui’s années, une nouvelle maladie infectieuse.

telle est la conduite à tenir au coiii’s des néphrites aiguës; mais il en est deux variétés à propos des(|uelles il y a lieu de présenter quelques considérations particulières.

i. — Néphrite scarlatineuse.

Les complications rénales ne sont peut-être pas aussi IVéquenles qu’on l’a cru au cours de la scarlatine, tout au moins sous la forme d’albuminurie fébrile, plus justement appelée néphrite aiguë passagère ; l’albuminurie y est en elfet relativement peu commune, bien moins constante en tout cas qu’au cours de certaines infections telles que la fièvre typhoïde et la pneumonie, par exemple. Mais ce qui justifie l’importance attribuée à la néphrite scarlatineuse, c’est tout d’abord sa gravité immédiate, ce sont ensuite ses conséquences ultérieures, la tare que laisse sur les reins une scarlatine ancienne, la tendance de cette lésion à évoluer à plus ou moins longue échéance vers la néphrite subaiguë, ou chronique atrophique lente.

Le traitement de la néphrite aiguë ne diffère pas pour la scarlatine de ce qu’il est pour les autres néphrites infectieuses et ne présente d’indications particulières que celles qui sont tirées de ses symptômes dominants : l’anurie, les œdèmes et l’urémie précoce. Mais le traitement prophylactique présente cependant une importance assez spéciale.

Les néphrites les plus fréquentes, celles de la convalescence, ont en général deux grandes causes provocatrices, le refroidissement et les écarts de régime. 11 est très fréquent, en effet, d’attribuer à une hygiène alimentaire défectueuse les cas si communs où l’on voit survenir, quelques semaines ou même quelques mois après la scarlatine, les symptômes d’une néphrite à évolution subaiguë ou chronique. Aussi l’éventualité de cette complication exige-t-elle des précautions particulières.

C’est pourquoi il est d’usage de maintenir au lait non seulement pendant la période fébrile, mais pendantles quarante jours que dure la convalescence, les scarlatineux qui ont eu de ralbuminurie pendant la période aiguë de la maladie (Ziegler, .laccoud, Dieulafoy). Certains médecins alimentaient très rapidement les malades dont les reins n’avaient j)as été touchés; d’autres ])lus prudents, après a\oir reconnu les inconvénients de cette pratique, n’hésitaient pas à instituer le régime laclé prolongé et mettaient par exemple des scarlul ineux à la diète lactée intégiale pendant les vingt premiers jours et au régime lacto-végétaiâén pendant les vingt jours suivants.

.Mais, si cette manière de faii’e |)résenle les plus grandes garanties à l’égai’d du rein, ce régime n’en était pas moins ]ténible, dillicile à faire accepter à <les sujets bien porlanls et avides de nourriture comme le .sont les convalescents ; il n’étail pas non |)lus lait pour

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hâter ceüe convalescence, que l’insuffisance de l’alimentation rendait longue et traînante.

Aussi paraît-il séduisant de faire bénéficier cette catégorie de malades des avantages du régime déchloruré, comme l’a proposé Dufour. Les statistiques de Dopter, les études comparatives de Pater sur le régime lacté et le régime déchloruré paraissent très favorables à cette manière de faire : l’ascension rapide et continue de la courbe du poids, la reprise des forces montrent l’heureuse influence de cette pratique sur l’état général et la supériorité qu’elle présente sur l’alimentation débilitante qu’est le régime lacté. Les statistiques de ces auteurs font en même temps ressortir l’absence de toute influence fâcheuse de ce régime sur les reins pour lesquels le sel seul serait nuisible (Dopter) .

On pourra donc, quelques jours après la fin de la période fébrile, mettre les scarlatineux au régime déchloruré pendant leur convalescence et passer assez vite à un régime hypochloruré (2 à 3 grammes desel), en introduisant progressivement dans ce régime les aliments qu’on permet aux albuminuriques.

Le régime achloruré strict n’est nécessaire que s’il persiste des troubles fonctionnels des reins. Il semble donc qu’on ait dans le régime déchloruré un excellent moyen d’accorder aux malades l’alimentation réparatrice que réclame leur situation de convalescents, tout en tenant compte de l’état encore précaire de leur filtre rénal.

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