INDICATIONS GÉNÉRALES DÉS RÉGIMES DANS LES NÉPHRITES
Le rein malade ne pouvant plus suffire à sa tâche physiologique, qui est l’élimination des produits toxiques ou nuisibles introduits ou formés dans l’organisme, l’idée générale qui a présidé à l’institution du régime des brightiques fut de soumettre ces malades à une alimentation susceptible de réduire au minimum les déchets alimentaires toxiques. Le meilleur moyen d’obtenir ce résultat était tout d’abord de supprimer ou de diminuer les principes dont dérivent ces déchets toxi(iues et en môme temps de favoriser leur élimination grâce aux propriétés diurétiques de quelques-uns des éléments du régime.
On s’était encore efforcé de faire diminuer par le régime l’albuminurie, comme on obtient par l’alimentation des diabétiques la diminution de leur glycosurie; à l’époque où l’albumine urinaire .semblait être un miroir exact de l’importance des lésions rénales, l’objet dominant de la thérapeutique était d’en modifier le taux dans l’urine. C’est de celte épo(|ue (jne date la vogue du régime lacté, (]ui est assurément le moyen le plus efficace de faire baisser l’albuminui ie. Déjà utilisé par llippoci ate et plus lard |)ar Gui Patin, le régime lacté intégral a été codifié par Clu-eslicn et Pescholier. Le lait était resté, de|)uis Semmola, l’aliment nécc.ssaire de l’albuminurique et réjxuulait aux indications essentielles de son état. C’est tout au plus si le régime laclo-végélarien était toléré comnu! un pis aller, lor.s- (|u’il devenait d’une nécessité urgente de remonter les forces des
NÉPHRITES. — RÉGIME ALIMENTAIRE.
malades ou lorsque ceu.\-ci, condamnés aveuglément à la diète lactée intégrale, en arrivaient à l’intolérance absolue. 11 avait fallu tous les ellorts de Senator, Lecorché et Talamon, etc., pour faire du régime mi.xte lacto-végétarien le régime des périodes de compensation et des malades menant une vie encore active.
Souvent cependant la diminution du volume des urines, l’apparition d’œdèmes semblaient imposer à nouveau la nécessité du lait, malgré ses autres dangers ; et il a fallu, pour que les régimes mitigés prissent la place qui leur revient dans l’alimentation desbrightiques, que l’un de nous eût mis en relief, avec Lœper (1) et Laubry, l’importance pathologique de la rétention des chlorures et que Widal et Lcmierre (2) eussent, en montrant les effets cliniques de la déchloruration, débarrassé ces régimes du chlorure de sodium qui en était l’élément mal toléré.
La pratique de la déchloruration a profondément transformé le régime diététique des insuffisances rénales ; on est arrivé, grâce à la restriction du chlorure de sodium, à faire supporter aux malades un régime ordinaire comportant du pain, des légumes, de la viande, c’est-à-dire presque toutes les ressources alimentaires dont usent les sujets bien portants. Cependant cette déchloruration supprimet-elle tous les inconvénients de l’alimentation carnée ? On en peut douter, parce que la rétention des chlorures n’est pas l’unique facteur des troubles morbides dont l’ensemble constitue le mal de Bright: il y a également rétention des matériaux azotés, ainsi que le montre la diminution de l’excrétion de l’urée; il n’est pas douteux non plus que les déchets auxquels donne naissance l’alimentation carnée n’e.xercent une influence fâcheuse sur la fonction éliminatrice des reins.
Aussi paraît-il logique de compléter la diète de chlorure par la diète d'azole et de diminuer la rétention de l’urée grâce à un régime hypoazoté, comme on diminue par le régime hypochloruré la rétention du sel.
Le régime des brightiques comporte donc actuellement le régime lacté et le régime déchloruré, (jui peut être, suivant les cas, carné ou hypoazolc. Kn ce (|ui concerne le régime mixte, laclo-végélaricn, il doit rentrer dans le cadre du régime de déchloruration ; il ne semble plus possible actuellement d’alimenter un albuminuri(]ue sans tenir compte de la (|uantité des chlorures (ju’il ingère.
. (1) Ch. Achaiid et I.CEi'Kti, Siir lu rétention de» chlorures duns l'orgnniBnic nu cours de certains états morbides (Soc. de hioL, 28 mars 1901).
(2) WiDAi. et Lkmieiiiik, l’nthogénio do certains œdèmes brightiques, action du chlorure de sodium ingéré (Sos. méd. des hop., 3 juillet 1903).
Seule, la suppression ou la réglemeiilation du sel difFérencie les régimes acluellement usités; leurs autres indications n’ont pas change : la resti-iction des chlorures qui en étaient surtout l’élément nuisible a pour avantage principal de faire tolérer au contraire une alimentation bien plus variée.
Il faut donc étudier successivement les propriétés, les indications, la constitution et le mode d’administration du régime lacté et du régime de déchlorurationdans Iqs'néphrites.