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I. — Le lait

Propriétés du lait. — Le lait est un aliment que ses qualités de premier ordre ont lait considérer comme l’aliment de choi.x de tous les malades atteints d’insuffisance rénale. C’est tout d’abord, théoriquement il est vrai, un aliment complet, milieu aqueux tenant en dissolution des sels, un sucre, la lactose, des albuminoïdes à l’état de demi-solution, des corps gras émulsionnés. 11 est donc susceptible de constituer pour l’adulte, temporairement tout au moins, une alimentation exclusive. En outre, il a l’avantage d’être peu toxique, parce qu’il n’entre que peu ou pas de substances toxiques dans sa constitution et parce que les albumines qu’il renferme, étant des plus a.ssimilables, ne donnent pas lieu à des fermentations dont les produits pourraient être nuisibles.

C’est, en etfel, quanta la digestibilité, un alimentidéal : le travail sécrétoire que ses albuminoïdes, ses graisses, sa lactose exigent en ferments gastriques et pancréatiques pour leur assimilation est plus faible [)our le lait que pour tout autre aliment (Pawlow), parce qu’il est le j)lus parfaitement adapté aux fonctions digestives des mammifères. Ses propriétés, sous ce rapport, sont encore d’autant plus remarquables qu’il produit localement une excitation chimi(|ue de la muqueuse gastrique et qu’il est, |)ar suite, un des rares aliments capables de provoquer le travail sécrétoire de l’estomac sans([ue l’inlluence psychique de l’appétit ait à intervenir; en outre, l’action inhibitrice e.xercée |)ar la graisse empêche les glandes gastri(|ucs et pancréatiques de sécréter en excès et proportionne leur activité à la facile digestibilité de l’aliment.

On lui reconnaît encore d’autres propriétés capables d’intervenir d’une fa(;on plus directe pour améliorer le fonctionnement du tube digestif : l’acide (|ui résulte de la fermentation lacdbiuc de son sucre |»eut moditiei-, dans certaines conditions, la llore intestinale, exeiTCM- une action des plus heunmses sur les fermentations et eu faire, sinon le meilleui' antiputride, toutau moins un aliment rela-

NÉPHRITES. — RÉGIME LACTÉ.

tivement antiputride, très résistant, en tout cas, aux processus de putréfaction.

11 doit, en outre, à sa consistance aqueuse, à sa lactose, une action diurétique et hypotensive très appréciable chez les artérioscléreux hypertendus.

On peut ajouter que la clinique en montre des résultats parfois si remarquables que les qualités chimiques et physiologiques ne semblent pas suffire à expliquer le secret de cette action bienfaisante. 11 en est ainsi de son effet, qu’on peut dire électif, sur l’albuminurie, effet dont on a cherché l’explication dans sa teneur en calcium.

Les avantages uniques, les résultats remarquables qu’on a obtenus du régime lacté e.xpliquent suffisamment l’usage qu’on en a fait, sa vogue, mais aussi les abus qui en sont résultés, surtout en France, où, pour en avoir fait une panacée, un régime exclusif aveuglément employé, on n’a pas tardé à lui reprocher toute une série d’inconvénients et même d’accidents sur lesquels on s’est fondé pour faire le procès du régime lacté intégral.

Inconvénients du régime lacté. — Ce sont d’abord les cliniciens qui ont attiré l’attention sur un certain nombre de ces inconvénients; ils sont de deux sortes principales.

Dans certains cas, bien que le lait paraisse parfaitement toléré par le tube digestif, on voit survenir des troubles morbides qui décèlent les vices du régime ; ne laissant que très peu de résidus digestifs, le lait est naturellementconstipant; en raison de la dilution de ses parties constituantes, il n’offre la ration alimentaire que sous un volume considérable, et l’ingestion d’une masse de liquide aussi importante n’est pas sans contribuer à l’augmentation de la tension artérielle et des œdèmes; aussi peut-elle provoquer la dilatation cardiaque.

•Mais l’attention a surtout été attirée, de|)uis Slakowski et llollmann, sur l’atteinte prolonde de l’état général que peut entraîner l’alimentation lactée prolongée : il est fréquent de voir les malades soumis à ce régime s’achominei', au bout d’un certain temps, vers un état de langueur progressive, do pai'esse, puis de débilité intellectuelle ; les forces déclinent, la faiblesse devient extrême, la peau et les muqueuses pâlissent, et ces sujets tombent souvent dans un état d’anémie profonde, dont la pauvreté du lait en fer est peut-être en partie responsable, (,ette (hicbéance générale peut ne pas s’accom|)agner dune perte notable du poids, mais l’amaigrissement est parfois considérable. L airndioration (|ui se pi'oduit rapidement dès (|u’on substitue à ce régime unealimentation plus substantielle montre bien

l’influence indiscutable du lait. 11 y a lieu de remarquer que ces accidents s’observent presque toujours chez les sujets qui travaillent, |)rennent un exercice modéré, en un mot l'ont preuve d’une activité physique hors de proportion avec la valeur nutritive de leur alimentation ; mais ils n’apparaissent que dans certaines conditions chez les sujets au repos.

Dans une autre catégorie de cas, en effet, les accidents qui peuvent survenir ont pour point de départ les troubles gastrointestinaux qui caractérisent la dyspepsie lactée : on voit, chez des sujets soumis déjà depuis un certain temps à une alimentation purement lactée, l’appétit diminuer peu à peu et finir par se perdre complètement, la langue devenir saburrale, les repas s’accompagner d’aigreurs, de flatulences, de météorisme, en même temps que de la diarrhée graisseuse s’installe en permanence. D’autres fois, les troubles n’ont pas cette marche régulière et progressive ; ils procèdent par indigestions répétées et de plus en plus intenses et rapprochées. Le résultat en tout cas est le môme ; il s’ensuit un dégoût absolu du lait, justifié par un état de véritable intolérance pour cet aliment, qui rappelle de très près les accidents analogues si communs chez les nourrissons.

Dans ces conditions, l’alimenlation n’est pas seulement entravée, mais les produits des fermentations putrides qui sont la conséquence de ces troubles digestifs peuvent provoquer des phénomènes d’intoxication, qui se traduisent parfois par des éruptions urticariennes accompagnant chaque poussée de troubles intestinaux.

On comprend que les avantages du lait disparaissent alors devant ses inconvénients; le résultat obtenu est tout le contraire d’une désintoxication. Aussi le lait est-il tout à fait contre-indiqué dès que le tube digestif est infecté ou présente des troubles fonctionnels : le lait entre alors, en effet, en putréfaction, donne lieu à la formation de gaz, de produits toxiques, sources d’accidents fâcheux.

Les elfets de dépuration urinaire, de désinloxication intestinale, de repos digestif, la valeur alimentaire du lait j)araissaient si bien en ra[)port avec la constitution chimique de cet aliment dit complet que les cliniciens en étaient réduits, pour rendre compte de ces cas, où le régime lacté se montrait si manife.stement au-dessous de sa tâche, à inv()(|uer des explications vagues et mystérieuses, en disant (|ue la ration aliimsiitairc! n'est pas équivalente, prise sous forme de laiton d’aliments caillés et végétaux; qu’un adulte n’est pas fait pour vivre exclusivement de lait, bien (|ue l’aliment soit théoriquement suffisant; que, si « l’équilibre cbimi(|ue est satisfait, l’éipiilibre vital ne l’est pas » (Lecorché et ralamon).

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