Michel Raimond, op. cit., p
2. La formule est de Michel Raimond. Voir « Mauriac et le discours psychologique », in Cahiers Frangois Mauriac 4, Paris, Grasset, 1975, pp. 187-197.
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d’étre systématiquement décrits. Sur Thérése, infiniment moins « typée » ici que dans les nouvelles ou dans La Fin de la nuit, nous avons déja glané l’essentiel. Le portrait de Bernard se construit par petites touches. Mauriac en est 4 peine moins chiche. On connait surtout de lui sa corpulence ainsi que des travers, des tics, des habitudes vestimentaires. Le pére Larroque apparait plus généreusement servi, pour peu qu’on rassemble les traits physiques épars dans le premier chapitre. L’expérience mérite d’étre tentée. C’est un « petit homme aux courtes jambes arquées » (p. 25), a la voix de «fausset» (p. 25). Lorsqu’il penche enfin vers sa fille « ce visage sali de bile, ces joues hérissées de durs poils d’un blanc jaune » (p. 27), la valeur péjorative des premiéres notations se voit confirmée : mesquinerie, duplicité, envie, insensibilité, voila ce qu’on veut suggérer au lecteur. La solitude de Thérése en sort dramatiquement renforcée. Lorsque le portrait est donné d’emblée, il s’apparente 4 une exécution sommaire. II] suffit de se heurter « au “bonheur d’Anne”, au fils Deguilhem, a ce crane, a ces moustaches de gendarme, a ces épaules tombantes, a cette jaquette, 4 ces petites cuisses grasses sous un pantalon rayé gris et noir » (p. 134), pour comprendre que |’apparition de ce mari standard sert a étayer la thése féministe du livre.
Le discours rapporté va exactement dans le méme sens. Mauriac ne sténographie pas, a l’exemple de Simone de Beauvoir ou de Jean-Paul Sartre, de longs discours « balbutiants ». I coupe, il monte, sélectionne des propos dans une intention surtout satirique ou polémique. Peu de personnages échappent aux stéréotypes, mais tout le monde se classe en deux camps selon le niveau de langue auquel on s’abreuve. Le langage « a la
Approches de l'cuvre 161
voie » (p. 81) impose des stéréotypes communs, familiers, plus rarement populaires. Jean Azévédo, au contraire, s’engage sur la voie des fausses élégances littéraires qui seules méritent le terme technique de clichés. Eclairons brigvement cette démarche opposée, bien qu’elle aboutisse aux deux pdles d’une égale convention.
Sens du devoir, de |’autorité, culte des grands principes et aptitude 4 composer avec eux, foi en une police familiale : Mme de la Trave et Bernard communient aux mémes valeurs. Leurs mots et expressions plongent dans un niveau de langue accusant le méme degré de « relachement ». Mme de la Trave regrette que Thérése « fume comme un sapeur » (p. 46) mais son pére « a le bras long » (p. 46). Le fonds de Bernard apparait inépuisable. I] lui arrive de donner dans le populaire comme lorsqu’il reproche a Thérése de le « faire grimper » (p. 59). Son grand ordinaire est — telle mére, tel fils — le niveau familier. Furieux contre les Balion, il va « leur laver la téte » (p. 136). Excédé de voir Thérése « ruer dans les brancards », il n’a de cesse qu'elle « débarrasse le plancher » et « qu’elle aille se faire pendre ailleurs » (p. 138). On étendrait utilement |’examen 4 tout le discours rapporté. On y reconnaitrait ce que Vhéroine de La Fin de la nuit appelle « les maitres mots de la tribu’ ».
Ceux qui, comme Jean Azévédo, évitent le Charybde de la phraséologie, tombent dans le Scylla des clichés. Comme pour régler son compte a son « adversaire fraternel », comme pour démasquer |’ imposture de son hédonisme, Mauriac préte 4 Jean des mots, des hanti-
1. Guvres romanesques et thédtrales completes, Paris, Gallimard, Bibliotheque de la Pléiade, t, III, 1981, p, 106,
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ses, des tours dignes d’ André Gide : la peur de se fixer (p. 79), le goat des courants et des pentes (p. 82). On se contentera de citer ce verset qu’on croirait extrapolé des Nourritures terrestres, qu'une réédition ramenait alors a l’actualité : « S’embarquer, prendre la mer, fuir comme la mort ceux qui se persuadent d’ avoir trouvé, s’immobilisent, batissent des abris pour y dormir ; longtemps je les ai méprisés » (p. 80). Méme |’ anacoluthe garantit ]’original. Avant de vomir « ce ragoifit » (p. 80), Thérése se laisse contaminer par le séducteur. Ne l’accuse-t-elle pas « de porter le trouble et la division dans un intérieur honorable » (p. 78) ? Plus finement elle glisse du cliché mimétique au cliché parodique!, se comparant a « un vase sacré » au moment de sa grossesse (p. 92), ajoutant, pour se moquer des La Trave, a la figure biblique une formule usée de la priére : « Je n’étais que le sarment ; aux yeux de la famille, le fruit attaché 4 mes entrailles comptait seul » (ibid.). Ainsi se confirme la valeur ironique du discours prété aux personnages.
Cette introduction a l’analyse des formes d’écriture romanesque se doit d’aborder enfin deux particularités propres 4 Mauriac. La premiére concerne le découpage du récit. Nous avons évoqué les chapitres qui tour a tour dilatent ou contractent le temps. I] semble inutile de faire observer que le nombre de pages fort variable, alloué a chacun d’eux, est sans relation avec ces opérations. II existe un autre principe de segmentation a |’intérieur du
chapitre, la section, que signale un blanc. Les remar-
1. Selon la terminologie d’ Anne-Marie Perrin-Naffakh (Le Cliché de style en frangais moderne. Nature linguistique et rhétorique. Fonction littéraire, thése pour le doctorat d’Etat, Paris-Sorbonne, 1981, exemplaire dactylographié en trois volumes, p. 425 et p. 457.
Approches de |’ceuvre 163
ques, que nous ferons a propos du chapitre peuvent étre reconduites a |’échelle de la section. Elles intéressent l’incipit et son contraire, que dans un souci de simplification on appellera clausule. L’incipit type est une ouverture. Le premier chapitre est, a cet égard, exemplaire : « L’avocat ouvrit une porte » (p. 23). On comparera avec : « Bernard, sur le seuil... » (p. 83). La phrase-seuil fait toujours entrer ou arriver quelque part : l’église des noces (p. 49), une gare (p. 103), une piéce (p. 114).-On peut revenir, en outre, 4 une maison, a un lieu familier (pp. 39, 91, 119). Mauriac se plait, au contraire, a arréter ses unités narratives, petites ou grandes, sur un geste, sur une découverte, sur un mouvement lourds de conséquences ou d’enseignements. On notera par exemple, en fin de section, le rejet du cadavre nuptial sur la plage (p. 52) et, en fin de chapitre, l’émergence du matador divin (p. 118). Le chef-d’ceuvre du genre, c’est la clausule qui préte a Thérése « l’engourdissement [d’un] reptile dans son sein » (p. 48). Fermant |’ épisode consacré aux fiancailles, la métaphore en contredit venimeusement la quiétude, car elle porte le germe du geste criminel.
Il existe chez Mauriac un type de figure redoublée dont la vocation est multiple. En s’ouvrant et en se refermant elle dessine les contours d’un fragment de roman. C’est pourquoi nous l’avons qualifiée de démarcative’. Elle excelle a faire passer d’un plan a un autre. Notant les changements de lieu ou de temps, elle fait naitre l’événement. Aucun roman de Mauriac n’en est plus
1. Qu’il nous soit permis de renvoyer le lecteur a notre ouvrage : La Planéte Mauriac, Paris, Klincksieck, « Bibliothéque du xx° siécle », 1985, pp. 149 et suivantes.
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riche que Thérése Desqueyroux. Deux démarcations occupent le centre du roman. La premiére exploite une scéne landaise : le retour du troupeau. I] suscite, avant le mariage, une discréte métaphore: «Des brebis s’épandaient sous les chénes » (p. 45). Aprés la déception conjugale elles sont prises dans une comparaison avilissante : « Un troupeau coulait comme du lait sale » (p. 81). Un second couple de figures vise 4 répercuter la méme catastrophe a |’échelle de la famille. Le jour des noces, |’entrée dans le clan Desqueyroux arrache a Thérése l’image fantasmatique de |’ incendie de forét (p. 49). Lorsqu’on va présenter a la séquestrée le prétendant au second mariage, celui d’Anne, la femme-torche a eu le temps de sévir. Elle se retrouve alors devant la famille comme « dans une lande incendiée par elle » (p. 130). Un autre cas de symétrie enveloppante marque pour Thérése une double étape dans sa marche vers la liberté. Le non-lieu la précipite sous un «arc» de pins, de autre cété d’ « une muraille sombre de forét » (p 26). Elle n’en sortira qu’au moment de gagner Paris. « II lui semblait que les pins s’écartaient, ouvraient leurs rangs, lui faisaient signe de prendre le large » (p. 137). Mais a peine ce signe d’élargissement est-il prodigué que le dernier chapitre le contredit. A l’incipit « le flot humain » vient battre la terrasse du café pour que Thérése s’y jette (p. 142). Plus loin, d’ «invisibles écluses » s’étant ouvertes, elle contemple « le fleuve humain » capable de ‘Tentrainer (p. 146). Sur ce motif métaphorique il nous faudra revenir, car le narratif et le descriptif affirment 1a toute leur solidarité avec |’étude thématique et rhétorique. Le sens de la figure démarcative, qui prend dans le roman valeur obsessionnelle, se dégage bien désormais :
Approches de l’euvre 165
au coeur d’un dispositif qui ne s’ouvre que pour se refermer, git une douloureuse solitude.
Etude thématique et rhétorique
Dans un souci d’efficacité nous associons ici deux perspectives, sinon deux disciplines, complémentaires. La rhétorique a pour elle |’ancienneté, la rigueur et la précision de sa terminologie. Au contraire, on observe un certain flottement dans l’usage qu’on fait des deux notions essentielles 4 toute étude thématique, celles de théme et de motif. Elles sont subordonnées. Le motif est au theme ce qu’un objet concret est a une représentation abstraite. Ainsi, pour rester au roman de Mauriac, la captivité est-elle un théme dont les motifs se multiplient : « barreaux mouvants » de la pluie (p. 92), « barreaux vivants » de la famille (p. 21), laquelle inspire aussi la métaphore (doublée d’une synecdoque) de la cage « tapissée d’oreilles et d’yeux » (p. 60). Souvent ces motifs sont le foyer de figures d’analogie, d’ot I’ utilité d’unir dans le roman les deux perspectives.
La titrologie joue dans leur relation un rdle fondamental. Avant de se contenter du prénom et du nom de son héroine, Mauriac a essayé trois titres qu’enregistre le manuscrit!. Le dernier: « Sainte Locuste », subsiste dans l’avis au lecteur comme un ex-voto liminaire. Méme s’il a renoncé a canoniser le monstre — Locuste, nom propre de la célébre criminelle de la Rome impériale, devenant, par/antonomase, nom commun, synonyme d’empoisonneuse — Mauriac laisse un vestige de son entreprise dans les derniéres lignes du roman en pré-
1. Voir les Cuvres romanesques et théatrales completes, tome II, p. 929, pour toutes les citations du présent paragraphe.
166 Approches de l’ceuvre
tant un rire de «bienheureuse » a Thérése libérée. Deuxiéme titre pressenti, « L’Esprit de famille », dont Bernard apparait le porte-parole, est inséparable d’une métaphore qui, selon Mauriac, est « le titre secret » de histoire : « le plat de cendre ». Un verbe pourrait en constituer le dénominateur commun : recouvrir. Entre le manége des chats qui « recouvrent leurs ordures » et la volonté des familles de « tout recouvrir, tout cacher », la figure de rhétorique fondamentale du roman: la syllepse, dont nous avons déja parlé, est a |’ ceuvre.
Dés que Thérése, blanchie par la justice, est lachée dans le récit, la plupart des détails qui la concernent glissent du sens propre au sens figuré. Son pére et l’avocat en cheminant la repoussent « du coude » comme pour la supprimer. « La boue jaillie » au passage des véhicules (p. 24) renvoie subtilement au scandale qui obligeait Thérése « a se tapir » chez son pére durant |’ instruction. A peine Larroque a-t-il répété a |’avocat : « Le silence, l’étouffement, je ne connais que ¢a », ajoutant : « pour la famille, il faut recouvrir tout ¢a », que se déclenche en Thérése un réflexe respiratoire, prolongé d’une comparaison avec « un étre menacé d’étouffement » (p. 26). La menace réveille brutalement le souvenir d’une aieule scandaleuse, « effacée, anéantie » par la conjuration familiale. Autour de ces termes, de leurs dérivés', de leurs synonymes, se concentre, dés les premiéres pages, une vague menagante. Elle investit les lieux: « salle
1. L’ étouffement constitue le « mot theme » du roman. La série lexicale comporte douze emplois (6 étouffer, 3 étouffant(-e), 3 étouffement). Bien que Mauriac joue constamment sur la polysémie, on peut rattacher a |’ étouffement physique cing emplois. Trois se référent a 1’ étouffement de l’affaire et quatre 4 celui de Thérése, au figuré.
Approches de l’euvre 167
étouffante d’assises » (p. 21), le temps : « jour étouffant des noces » (p. 49). Mais elle ne lamine pas seulement les réfractaires. Comme toute Landaise promise a l’« effacement », Anne de la Trave, matée, n’aspirera qu’a « s’anéantir » (p. 135). La destruction de la personnalité, tel est le sort réservé a la femme fidéle a « l’esprit de famille » (p. 88), comme 4 la rebelle. Méme le décor entre dans la conjuration familiale. Aprés le non-lieu Thérése est condamnée a un « étouffement lent » (p. 110), dont les pins sont les témoins moraux et les agents physiques.
Dans cet univers de figures répressives que domine la syllepse, la réciprocité est « une loi inexorable » (p. 114). Anne « étouffait» (p. 44) les alouettes, elle sera « biche » étouffée dans l’enclos familial (p. 64). Le « sentiment maternel » n’étouffe pas Thérése (p. 95): quand la séparation |’éveillera en elle, sa belle-mére et son mari le brimeront en cette femme, détruite pour n’avoir pas « détruit cette famille » (p. 114). Dans le plaisir Bernard se comporte en « fou » (p. 52), en étrangleur, il sera empoisonné par une sorte de « fou furieux » (p. 110). A «l’attentat de Thérése » (ibid.), il eit da répondre en écartant « cette femme terrible — comme on va jeter a l’eau un engin qui, d’une seconde 4 |’autre, peut éclater » (p. 133).
La séquestration, solution qui finalement prévaut contre la criminelle, précéde largement le crime, car c’est Thérése elle-méme qui la choisit en s’incrustant, sous la panique, « dans un bloc familial », en se casant (p. 47). De la case on glisse vite a la cage: le relevé de toutes les occurrences de ce motif métaphorique sera facile a établir. L’église des noces y concourt autant que le foyer conjugal (pp. 49, 60). Thérése s’acharne a batir sa propre
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prison de méme qu’elle invitait son fiancé a « détruire » les idées qui faisaient son originalité (p. 48). Le mouvement qu’impose le voyage de noces lui fait regretter le « cachot » (p. 53) définitif, « I’fle » d’une fixité qu’ elle croit éternelle. Le lieu clos guette I’ héroine, de la victoria de son pére a la carriole de Balion, pour qu’ elle y reconstruise une histoire ot le motif de l’isolement revient a chaque page. L’ agent séparateur tombe du ciel, associant les éléments antagonistes: pluie aux «millions de barreaux » (p. 92), feu du ciel qui « assiége les hommes barricadés » (p. 43). Il viole la plus secréte intimité : Thérése voit Bernard renifler « de bonheur » comme un porc (p. 51), de ’autre cété de « la grille » du plaisir. Thérése est libre comme le taureau dans |’aréne (p. 118) : espace du sacrifice. Comme le chien étranglé par « le collier de force» (p. 130): espace du dressage. « Emmurée vivante », Thérése rappelle l’image de « la Séquestrée de Poitiers» (p. 133), le souvenir de Daguerre, |’ « assassin traqué » de la lande (p. 115). Le livre met en ceuvre une série de mécanismes qui vont de la suppression des choses vécues a 1’élimination des étres vivants. L’ellipse narrative, par exemple, s’exerce durant la lune de miel et recourt a4 l’un des motifs du lisse. Un rideau de pluie escamote la volupté, si bien que Thérése a besoin d’une comparaison laborieuse pour imaginer sous le soleil le « paysage enseveli » (p. 51). L’euphémisme, qui se met au service du tabou, élimine le mot choquant, faute de pouvoir supprimer la chose ou la personne. Dans une touchante réciprocité conjugale, Thérése veut écarter Bernard (p. 60) et nous savons que Bernard aurait di écarter Thérése (p. 133). L’allusion affecte l’emploi de « ¢a» a un spectacle scandaleux (p. 51) ou a « l’af-
Approches de l’euvre — 169
faire » (p. 24), que peut désigner aussi un « vous savez quoi » (p. 130). Le crime suscite le mécanisme de suppression le plus radical, c’est le blanc de la réticence qui correspond au mot étranglé dans la gorge de la victime (p. 141) ou du bourreau (p. 109). Il sert au suicide (p. 117) et 2 on ne sait quoi de terrible dont « la grandmére Bellade » s’est rendue coupable contre « |’esprit de famille » (p. 46).
Dernier stade de |’élimination en douceur : la suppression du nom, qui dépasse le cas de Thérése, bien que, pour « le cocher de M. Larroque », elle soit « la fille de son maitre » (p. 34). Dieu, lui-méme, se cache sous un préte-nom théiste: «l’Etre infini » (p. 75), le prétre n’apparait que comme un « homme déguisé » (p. 118), l’eucharistie se laicise en « morceau de pain » (p. 94). Pour désigner |’ ostensoir de la Féte-Dieu, « cette chose » suffit (p. 117). L’aire du sacrifice, a l’église, correspond a un « espace vide » (p. 118) méme si la « condamnée par les hommes » vient y chercher secours.
Lorsque l’espace s’ouvre a Thérése, l’expérience se révéle un leurre. C’ est sous |’ influence de Jean Azévédo, de son discours libérateur, que l’imagerie du lieu fixe et clos fait mouvement vers un monde ouvert et fluide. Pour échapper a1’ « immense et uniforme surface de gel ou toutes les Ames [d’Argelouse] sont prises » (p. 84), il propose a Thérése de suivre « des courants » (p. 82). A quiconque refuse la sécurité des orniéres, des brancards (p. 138) et des carrioles « a la voie » (p. 146), le ciel offre 1’exemple lorsqu’il se fraie « un lit encombré de branches » (p. 26). Le motif de l’eau courante apaise la soif au pays de la mort lente, ot « rien n’est vivant » (p. 106), sinon ce qui passe, ce qui coule. Anne, croyant revenir a son libérateur, se laisse guider par une « coulée
170 Approches de |’ ceuvre
de ciel clair » (p.88). Paris, vitrine de toutes les libertés dont réve Thérése, est lié au motif de |’eau bien avant le dernier chapitre. Anne casée, Bernard décide d’immerger la recluse « au plus profond de Paris » (p. 137). C’est exactement ce qu’elle souhaitait, d’un verbe plus brutal : « se noyer au plus profond d’une ville populeuse » (p. 120). Au carrefour du café de la Paix Thérése devrait se sentir pleinement libérée. La figure de rhétorique maudite |’y attend. Quand les métaphores aquatiques passent et repassent devant elle, c’est toujours pour charrier de menacgantes syllepses. « Le flot humain » (p. 140) qui bat la terrasse tourne vite en « fleuve de boue et de corps pressés » (p. 142), en « fleuve humain » qui va « rouler » Thérése (p. 146). Comme elle sent « autour de sa chair [...] un remous » de convoitise (p. 148), autant dire que Thérése va « rouler » au sens scandaleux du terme. De méme qu’ un « germe » empoisonné (p. 33) a poussé dans la future Locuste, que la séquestration |’a saisie, 4 peine élargie, et que |’étouffement l’a punie de n’ avoir su étouffer son mari, Paris menace de |’enliser avant qu’elle n’ait pu voguer vers le bonheur. Cette frénésie de la chair, que prévoit et condamne |’allusion a la boue, explique que Mauriac n’ait pu ramener 4a la paix cette femme déchirée. Entre la fixité et le mouvement, les deux pdles de la thématique, Thérése avait cru choisir. Elle a fini par recevoir le prix de son choix: la noyade, aprés lasphyxie !
Approches de l’euvre 171
Repéres biographiques (1885-1970)
— I] octobre. — Bordeaux. Naissance de Fran- ¢ois Mauriac, fils de Jean-Paul Mauriac et de Claire Coiffard, frére de Germaine (1878-1972), épouse d’un gynécologue, de Raymond (1880- 1960), avoué et romancier, de Pierre (1883- 1963), médecin, doyen de la faculté de Bordeaux, et enfin de Jean (1884-1946), prétre du diocése de Bordeaux. Le pére gére ses biens. La famille habite rue du Pas-Saint-Georges.
— 1] juin. — Jean-Paul Mauriac meurt d’un abcés au cerveau. Son frére, Louis, magistrat, devient le tuteur des enfants. La famille s’ installe true Duffour-Dubergier, dans la maison de la grand-mére Coiffard.
— Mort d’Irma Mauriac, née Lapeyre, la grandmére landaise.
— Frangois a la paupiére déchirée en jouant avec l’un de ses fréres.
1890. — Mort de Jacques Mauriac, le grand-pére, qui vit
a Langon, dans la maison du futur Genitrix.
Francois entre au jardin d’enfants de la rue du Mirail:
— Eléve a I’Institution Sainte-Marie, dirigée par les Marianites.
— Premiére communion.
—Frangois offre «a la famille Mauriac » un recueil de morceaux choisis divisés en deux parties : Fables anciennes et modernes.
— Entrée en cinquiéme au collége de Grand- Lebrun, dirigé par les Marianites.
Approches de I’ cuvre
— Composition probable de Va-t’en!, « grand roman inédit », dédié a sa sceur Germaine.
— Eléve en rhétorique de l’abbé Péquignot, qui apprécie son style. Se lie avec André Lacaze, futur prétre, attiré par le modernisme.
— Premiére partie du baccalauréat.
Mort de la grand-mére Coiffard. Vente de la propriété de Chateau-Lange, au sud de Bordeaux, ot les Mauriac passaient leurs vacances quand ils ne séjournaient pas a Saint-Symphorien.
— Premier prix de philosophie, Frangois échoue au baccalauréat. I] redouble au lycée. Pleurésie. — Bachelier, entreprend une licence de lettres. Son frére Jean |’ attire au Sillon de Marc Sangnier. — 10 avril. — Une conférence de Sangnier a Langon le marque profondément.
— Avril. — Mauriac est réformé. Mai. — Assiste au procés d’une empoisonneuse, Mme Canaby.
~ Novembre. — Licencié és lettres, entreprend une
thése sur «les origines du franciscanisme en France », sous la direction d’ Albert Duffourcq. — Mai. — Décide de préparer l’examen d’admission a l’école des Chartes.
Eté. — Vacances A Zermatt, puis A Malagar.
Abandonne le Sillon mais reste attaché au « christianisme progressiste ».
15 septembre. — Quitte Bordeaux et sa mére pour continuer ses études a Paris. S’installe chez les Maristes du 104, rue de Vaugirard.
Fin octobre. —Echec A l’oral d’admission a l’Ecole des Chartes.
Approches de |’@uvre 173
20 novembre. — Conférence sur Le Blé qui léve de René Bazin, faite devant les étudiants du 104.
1908. — Hiver assez triste. Séjour solitaire en mars sur la Céte d’ Azur.
Octobre. — Quitte le 104, 4 cause des étudiants d’Action frangaise, mais continue de fréquenter la maison et de collaborer a la Revue Montalembert. S’installe a I’ hétel.
Novembre. — Admission a l’Ecole des Chartes.
1909. — Janvier. — Mort de Raymond Laurens, son cousin, compagnon de ses vacances 4 Saint-Symphorien. Mauriac emménage au 45, rue Vaneau.
Février. — Fait la connaissance de Robert Vallery-Radot qui le présente 4 ses amis: Francois Le Grix, André Lafon, les fréres Bremond d’ Ars. Printemps. — Bien qu'il ait passé ses examens semestriels, Mauriac démissionne de l’Ecole des Chartes. Annonce en juin sa volonté d’étre homme de lettres. Charles-Francis Caillard fait de lui le critique poétique de sa Revue du temps présent avant d’éditer ses poémes a compte d’ auteur. Un autre ami, Jean de La Ville de Mirmont, trouve le titre.
Novembre. — Parution des Mains jointes. Succés d’estime. Mauriac est élu président de la Réunion des étudiants du 104.
1910. — Février. — Lettre admirative de Barrés, qui mentionne élogieusement son nom dans L’Echo de Paris du 21. Mauriac se présente 4 lui le 23, apres une conférence des Annales.
21 mars. Grand article de Barrés, dans L’Echo de Paris. Glorieux remous jusqu’a Bordeaux. Les
LOLI:
Approches de I’ ceuvre
salons s’ouvrent au poéte. Chez Mme Alphonse Daudet, il a fait la connaissance de Jean Cocteau. Fin mai. — Récital poétique a la Sorbonne. Julia Bartet lit des poémes des Mains jointes.
Septembre-novembre. — Voyage en Italie avec Le Grix.
— Janvier. — Rencontre de Marianne Chausson.
Le projet de fiangailles échouera en juin.
Juin. — L’Adieu a l’adolescence.
Eté. — Accompagne A. Lafon a Orthez, chez Jammes, et a Lassagne, chez Dumesnil.
Octobre. — Voyage en Espagne avec Le Grix.
— Avril. — Débuts des Cahiers de l’Amitié de France, « administrateur-gérant : Francois Mau- Tiac ».
6 juillet. — A la Tresne, chez Jeanne Alleman, rencontre de Jeanne Lafon, née le 12 octobre 1893, a Oran. Mauriac demande sa main a son pére, fonctionnaire des finances, le 5 aoat. Refus, qui s’adoucit durant l’automne.
— Mai. — L’Enfant chargé de chaines.
3 juin. — Mariage a Talence.
18 juin-10 juillet. — Voyage de noces : lacs italiens, Saint-Moritz.
9 novembre. — Emménagement au 89, rue de la Pompe.
— Mars. — Aprés Claudel et Vallery-Radot, Mauriac, sous le pseudonyme de Francois Sturel, donne douze articles au Journal de Clichy, feuille paroissiale de l’abbé Daniel Fontaine. Combat l’anticléricalisme des radicaux.
25 avril. — Naissance de Claude Mauriac.
Juin. — La Robe prétexte.
Approches de l’ceuvre 175
Aout. — La guerre surprend 4 Malagar Mauriac, qui travaille 4 trois livres, dont deux resteront inachevés : Les Beaux Esprits de ce temps et Lacordaire. Le 13, il s’enréle dans les brancardiers du Grand Séminaire de Bordeaux.
Décembre. — Le conseil de révision confirme la décision de réforme. Jean de La Ville meurt au combat.
— 5 mai. — Mort d’André Lafon 4 I’hdépital de Bordeaux.
27 juillet. — « Convoyeur de la Croix-Rouge » pour quelques mois, Mauriac gagne Ch4lons-sur- Marne.
— 5 mars. — Reprise.d’un service d’ambulancier a Toul, puis 4 Loxéville (avril) et a Rampont, prés de Verdun (de juin a octobre).
Novembre. — Séjourne dans le Midi.
1* décembre. — Volontaire pour Salonique, s’embarque a Toulon sur le Bretagne. A son arrivée, est affecté a |’hdpital de la Croix-Rouge.
— 23 mars. — Rapatriement d’un Francois Mauriac « épuisé par la fiévre ».
Juillet. — Séjour chez J.-E. Blanche, 4 Offranville.
5 aout. — Naissance de Claire Mauriac, sa premiére fille.
— Février. —Rencontre Proust chez Mme Alphonse Daudet.
Intense activité littéraire dont rien ne sort dans Vimmeédiat.
— 23 mars. —Début de la collaboration au Gaulois.
17 avril. — Naissance de Luce Mauriac.
Approches de l’ceuvre
Juin-aoiit. — Souffrant de pleurite, se repose a Argelés. Ecrit la premiére version du Fleuve de feu.
— Eté. — Petits Essais de psychologie religieuse. Automne. — La Chair et le Sang.
— Janvier-février. — Cherche une maison de vacances dans le Midi.
Juin. — Préséances : « Je n’aurai jamais ma statue a Bordeaux. »
— Février. — Le Baiser au lépreux, bien lancé par Grasset. Succés immédiat.
Mars-avril. — Séjour familial 4 Beaulieu-sur- Mer. Tient la chronique dramatique 4 La Revue hebdomadaire, dont Le Grix est devenu le directeur.
— Le Fleuve de feu en mai, Genitrix en décembre confirment le romancier.
— Avril. — La Vie et la Mort d’un poéte: in memoriam A. Lafon.
15 aout. — Naissance de Jean Mauriac.
1925. — 6 mars. — Le Désert de l’amour, grand prix du
roman de |’ Académie frangaise.
Mai. — Mort de |’oncle Louis Mauriac.
27 aouit-3 septembre. — Participe a la Décade de Pontigny avec Du Bos, Maurois, R. Martin du Gard.
Septembre. — Orages prouve la survivance du poéte.
Décembre. — Déclaration d’apolitisme et d’ antiparlementarisme faite aux enquéteurs de La Revue hebdomadaire, quoique en juillet Mauriac ait approuvé la Guerre du Rif.
Approches de l’ceuvre 177
1926. — Juillet. — Décade a la Robertsau (Du Bos, Henriot, Jaloux...).
Septembre. — Décade a Pontigny.
Publie des essais comme Le Jeune Homme, des fragments de ses mémoires comme Bordeaux ou l’adolescence, deux nouvelles: Coups de couteau, Un homme de lettres. Commence en Suisse une carriére de conférencier (« Défense du roman »).
1927. — Janvier. — « Malagar esi 4 nous. »
Février. — Thérése Desqueyroux.
Décembre. Conférences dans le Midi (« La Responsabilité du romancier »). Passe les fétes a Toulon chez les Bourdet.
1928. — Février. — Destins.
Mars. — Conférences et tourisme en Tunisie.
La Vie de Jean Racine.
Mai. — La Haye, Amsterdam.
Octobre. — Souffrances du chrétien (qui reprend la majeure partie d’un essai contemporain : Supplément au traité de la concupiscence de Bossuet) donné 4a la N.R.F., « répercutait le cri d’une ame a demi asphyxiée ». Du Bos présente son ami a Pabbé Altermann.
Novembre. — « Je suis converti. »
1929. — Mars. — Dieu et Mammon.
Avril. — Bonheur du chrétien, a la N.R.F.
Mai-juin. — Voyage en Espagne avec Ramon Fernandez. Ne s’arréte auprés de sa mére qu’a Paller. Elle meurt le 24 juin.
Aoiit. —Décade a Pontigny. Découvre un Malraux « presque génial ».
Approches de |’ euvre
— Mai. —Assiste au «procés de Thérése Desqueyroux », organisé par |’Ordre des avocats de Paris.
Création de Vigile avec Du Bos et l’abbé Altermann, pour « faire contrepoids » a l’esprit de la N.R.F.
Juin. — Ce qui était perdu, roman catholique, mal accueilli par la critique catholique.
— Octobre. — Blaise Pascal et sa seeur Jacqueline.
Décembre. — Le Jeudi saint.
— Triomphal succés du Neud de vipéres.
Mars. — Président de la Société des Gens de Lettres. Grave intervention chirurgicale: ablation d’une corde vocale.
2 juillet. — Retour au journalisme a L’Echo de Paris. Collaboration épisodique aux Annales, aux Nouvelles littéraires.
— Février. — Le Mystere Frontenac.
1° juin. — «Election de maréchal » a I’ Académie francaise.
16 novembre. — Réception a |’Académie. Ses parrains : Henry Bordeaux et Paul Valéry.
— Hiver. — Journal recueille les chroniques de 32 et 33, tandis que le chroniqueur se politise, se rapprochant des Ligues.
10 mars. Collabore a Sept, hebdomadaire catholique démocrate. Collaboration d’ abord fort épisodique.
Juin. — Quitte L’Echo de Paris pour Le Figaro — de Pierre Brisson.
Approches de l’ceuvre 179
Aout. — A Salzbourg, pour la premiére fois. Don Juan ranime son ambition théatrale. Découverte du probléme autrichien.
— Janvier. —Couvre, pour Le Journal, les accords Mussolini-Laval. Réceptions. Audience du Pape.
La Fin de la nuit. Thérése, qu’il avait suivie en 1932 « chez le docteur » et « a |’hGtel » en 1933, disparait de sa vie apparente mais s’attache a sa gloire.
Mars. — Douloureux échec de la candidature Claudel a 1’ Académie.
Juin. — Au Portugal, avec Jéré6me Tharaud et les Duhamel.
24 septembre. — Contre «un dessin de Sennep », insultant pour les Ethiopiens envahis.
1936. — Janvier. — Les Anges noirs.
Février. — La Vie de Jésus.
Eté. — Séjour a Vichy avec sa fille Claire. Croi- . siére familiale en Gréce. Retour par Venise.
Automne. — Achéve Asmodée.
1937. — Juin. — Ecoute une délégation de Basques et
prend parti contre Franco.
5 novembre. — Premier billet dans Temps présent, qui a succédé a Sept.
22 novembre. — Générale d’Asmodée. Succés mitigé 4 la matinée (Weygand, Blum, Blanche, Morand, Valéry...), triomphe a la soirée (Achard, Bernstein, Cocteau, Salacrou...).
1938. — Mars. — Plongées, recueil de nouvelles.
30 juin. — Défend dans Le Figaro Maritain attaqué par un ministre de Franco.
Approches de |’ ceuvre
Automne. — Achéve péniblement Les Chemins de la mer. Compte sur le théatre (et sur les futurs Mal-Aimés) pour se renouveler.
1939. — Février. — «M. Mauriac et la liberté », de
Jean-Paul Sartre dans la N.R.F.
Séjour 4 Londres. Asmodée en anglais.
Juillet. — Francois et Claude Mauriac accueillent Gide 4 Malagar. « Séjour trés réussi. »
1940. — Janvier. — Sur le front d’ Alsace.
Mai. —Le chef-d’ceuvre poétique, Le Sang d’Atys, passe totalement inapergu. Mauriac se réfugie 4 Malagar et entreprend des mémoires. Juillet. — Mauriac est déja la cible de la presse collaborationniste.
17 aoiit. — De Radio-Londres, appel personnel de Maurice Schumann.
— Hiver. —Bref séjour 4 Paris pour obtenir l’autorisation de publier La Pharisienne en juin. Juin. — Nouveau séjour a Paris. S’abstient d’assister le 7, aux Ambassadeurs, 4 la conférence de Fernand Demeure: « Un agent de désagrégation : Francois Mauriac. » Ses amis la perturbent.
Eté. —Ebauche de la « Lettre A un désespéré pour qu’il espére », d’ot sortira Le Cahier noir. Hiver. — Ecrit Sainte Marguerite de Cortone.
— Printemps. — Donne son accord a Paulhan pour entrer a la N.R.F, dans un «conseil de direction » élargi. Drieu fera échouer le projet. Poésie 42 publie Fragment d’Endymion.
Septembre. — Signe le manifeste du Front national des écrivains.
Approches de |’ euvre 181
1943. — Avril. — A |’ Académie soutient Duhamel, secrétaire provisoire, dans sa résistance.
Aout. — Le Cahier noir, de Forez, sous le manteau va gagner Londres.
Octobre. — Menacé, Mauriac se réfugie chez les Blanzat. Le 30, y entend de Gaulle le citer depuis Radio-Alger.
1] novembre. — Installation 4 Vémars.
1944. — 30 aoiit. — Libération de Vémars.
1°’ septembre. — Déjeuner avec de Gaulle.
Intense activité du journaliste débaillonné.
. 27 octobre. — Comédie-Frangaise. Présidé par de Gaulle, grand récital des poétes de la Résistance. Texte de présentation de Mauriac. Débuts de l’Epuration. Le leader du Figaro préche la clémence, seul contre tous et contre le Camus de
Combat.
1945. — Janvier. — Sauve la téte d’ Henri Béraud. Février. —Echec de son intercession pour Brasillach.
28 février. — Générale des Mal-Aimés. Grand succés.
Mai. — En Allemagne, avec |’armée de Lattre.
Automne. — Les journaux communistes dont
Action, ow brille Pierre Hervé, intensifient leurs attaques contre Mauriac.
1946. — Hiver. — Reprend en Suisse ses activités de conférencier.
6 juin. — Grand officier de la Légion d’ honneur. 1947. — Du cété de chez Proust.
13 mars. — Réception de Claudel a |’ Académie francaise.
Approches de l’euvre
16 mai. — Spectateur critique du grand meeting gaulliste de Bordeaux.
3 juin. — Docteur honoris causa de 1 Université d’ Oxford.
9 décembre. — Passage du malin, en présence du président de la République. « Presse effroyable. » 1948. — Fondation de la revue La Table Ronde. Sexagénaire, Mauriac publie son Journal d’un homme de trente ans.
1949. — Pour la premiére fois intervient, en mai, a la
Semaine des Intellectuels catholiques et assiste, en juillet, au festival d’ Aix-en-Provence.
La préparation de |’édition des Euvres completes se préte a un bilan littéraire.
1950. — Janvier. — Polémique avec Claude Bourdet sur
l’ Indochine.
Mai-juin. —Séjour a Florence (session de l? UNESCO) et 4 Rome.
12 octobre. — Premiére 4 Lyon du Feu sur la terre.
1951. — Janvier. — Le Sagouin, une grande rentrée romanesque.
Février. — Mort de Gide. Les commentaires de Mauriac sur « sa derniére parole » lui attirent de vifs reproches.
Décembre. — Scandale de Bacchus. Polémique avec Jean Cocteau.
1952. — Galigai confirme le regain de s¢ve romanes-
que.
Juin. — Entretiens radiophoniques avec Jean Amrouche.
6 novembre. — Prix Nobel de littérature.
Approches de Il’ euvre 183
Décembre. — Apparition du « Bloc-Notes » dans La Table ronde.
10 décembre. — Remise du prix a Stockholm.
14 décembre. — Résolution prise a la chapelle des Dominicains : « Que j’échappe enfin 4 la futilité du journalisme brillant. »
1953. — Janvier. — Avec Robert Barrat réclame déja « justice pour le Maroc ». Tollé des lecteurs du Figaro.
Avril. — Pélerinage de Chartres, en compagnie d’étudiants marocains.
Juin. — Mauriac, président de |’association France-Maghreb.
30 juin. — Recoit du maréchal Juin un « coup de baton étoilé » et un affront des académiciens.
14 aoiit. — Interrompt sa cure a Vittel pour intervenir, le 15, auprés du président du Conseil Laniel au sujet du Maroc. Vaine démarche : le sultan sera déposé le 20.
Novembre. — Quitte La Table ronde et confie le Bloc-Notes a L’Express.
1954. — Juin. — L’Agneau. Le 20, investiture de Pierre Mendés France.
Automne. — Défend F. Mitterrand contre les attaques du Figaro (affaire des « fuites »).
1955. — Février. — Tournage du Pain vivant, scénario original de F. Mauriac.
22 septembre. — Démission du conseil d’administration du Figaro. Mauriac reste collaborateur régulier du Figaro littéraire.
1956. — 17 mai. — Parle 4 Evreux en présence de Mendés France.
Approches de |’cuvre
— Aout. —— Festival de Lucerne. Enthousiasmé par Rubinstein et Fischer-Dieskau.
Automne. Fréquentes rencontres de P. Sollers, a qui le Bloc-Notes consacre un article enthousiaste.
— 19 mai. — Malgré «les généraux de coup d’Etat », se rallie 4 de Gaulle.
Juin. — Publication du Bloc-Notes (1952-1957), chez Flammarion.
8 novembre. — Grand-croix de la Légion d’honneur.
1959. — Mai. — Mémoires intérieurs. Accueil enthousiaste de la critique.
17 septembre. — Premiére chronique de télévision.
31 octobre. — Prend la défense de F. Mitterrand dans |’affaire de « |’attentat de |’Observatoire ».
1960. — Février. — Voyage 4 Rome (conférence, ren-
contre du pape Jean XXIII).
19 mars. —Remise de la grand-croix par de Gaulle.
17 décembre. — J.-J. Servan-Schreiber convainc Mauriac de rester a L’Express.
1961. — 13 avril. — Abandonne L’Express.
2 juin. — Découverte d’une bombe a |’entrée de Malagar.
21 octobre. — Réapparition, dans Le Figaro littéraire, du Bloc-Notes et de la chronique de télévision, baptisée « Les Hasards de la fourchette ».
1962. — Avril. — Franju tourne Thérése Desqueyroux
dans les Landes.
Décembre. — Ce que je crois. neal a un autre
Approches de l’ceuvre 185
« procés de Thérése Desqueyroux », organisé par la conférence Berryer.
—6mai. —Arts publie linjurieuse « Lettre ouverte... » de Roger Peyrefitte. Le Bloc-Notes du 14 y répond dignement et noblement.
1965. — Septembre. — Nouveaux Mémoires intérieurs.
18 octobre. — Bordeaux féte les quatre-vingts ans de Mauriac.
15 décembre. — Préside un meeting de soutien au candidat de Gaulle, mis en ballottage.
— Janvier. — Affaire Ben Barka: aprés une visite au ministre de I’Intérieur, accepte la thése de l’immixtion des services secrets américains. Démissionne de la présidence de France- Maghreb.
— Mai. — Mémoires politiques.
1968. — Janvier. —Bibliothéque Jacques-Doucet.
Exposition des manuscrits légués par Mauriac. 30 mai. En téte du deéfilé gaulliste de la Concorde A l’Etoile.
Septembre. — Dernier séjour a Malagar.
Octobre. — Achéve son dernier roman.
— Hiver. — Santé de plus en plus défaillante : tachycardie, néphrite.
Printemps. — Un adolescent d’autrefois désarme la critique.
27 avril. — Chute et fracture de |’humérus.
Juillet. — Vémars: premiers pas de convalescent. Travaille 4 la suite de son roman: Maltaverne.
1970. — Hiver. — Nouvelle interruption du Bloc-Notes.
13 mai. — Dernier départ pour Vémars.
Approches de |’ ceuvre
1* septembre. — 1 h 40: Fin paisible a I’ h6pital de I’Institut Pasteur, ot il a été transporté le 23 aoit.
4 septembre. — Hommage national rendu devant Il’Institut par Edmond Michelet, ministre des Affaires culturelles, et Pierre Gaxotte, directeur de |’ Académie francaise.
5 septembre. — Messe a Notre-Dame en présence du chef de I’ Etat et du cardinal Marty. Inhumation au cimetiére de Vémars.
Approches de l’ceuvre 187
Bibliographie sommaire
Notre texte est sorti d’une confrontation des éditions courantes et des deux éditions, dites des Cuvres completes: Arthéme Fayard, « Bibliothéque Bernard Grasset », et Gallimard, « Bibliothéque de la Pléiade ». Thérése Desqueyroux figure dans les deux cas au deuxiéme tome.
Le guide essentiel dans la bibliographie mauriacienne est le professeur australien Keith Goesch. On lui doit deux ouvrages essentiels :
— Francois Mauriac, essai de bibliographie chronologique (1908-1960), Paris, Nizet, 1965, avec une préface de Francois Mauriac.
— Francois Mauriac (critique 1975-1984), Paris, Lettres modernes, Minard, 1987, qui fait suite aux « Carnets bibliographiques 1972-1974 », parus dans les deux premiers numéros de la série Francois Mauriac («La Revue des lettres modernes », du méme éditeur).
On se contentera de donner ici des instruments de travail essentiels, que nous avons le plus souvent utilisés dans la préface et les annexes de la présente édition.
Editions posthumes de Francois Mauriac
Lettres d’une vie (1904-1969). Correspondance recueillie et présentée par Caroline Mauriac, Paris, Grasset, 1981.
Souvenirs retrouvés. Entretiens avec Jean Amrouche, Paris, Fayard, INA, 1981.
188 Approches de Il’ euvre
Les Paroles restent. Interviews recueillies et présentées par Keith Goesch, Paris, Grasset, 1985.
Paroles perdues et retrouvées. Textes recueillis et présentés par Keith Goesch, Paris, Grasset, 1986.
Nouvelles Lettres d’une vie (1906-1970). Correspondance recueillie, présentée et annotée par Caroline Mauriac, Paris, Grasset, 1989.
Sur Phomme et l’euvre
LACOUTURE, Jean, Francois Mauriac, Paris, Seuil, 1980.
Francois Mauriac. L’ Herne n° 48, Paris, 1985.
Dans la série du Temps immobile de Claude Mauriac, dix volumes parus chez Grasset de 1974 a 1988, et au Livre de Poche, on lira plus particuliérement le tome IV :
Mauriac, Claude, La Terrasse de Malagar, Paris, Grasset, 1977, et Le Livre de Poche, n° 6416.
Sur la toponymie et accessoirement I’ onomastique mauriacienne :
TRIGEAUD, Francoise, Itinéraires Frangois Mauriac en Gironde, Les Cahiers du Bazadais, 1974.
Sur la technique romanesque
RAIMOND, Michel, Le Roman, Paris, A. Colin, -« Cursus », 1988.
Touzot, Jean, La Planéte Mauriac, Paris, Klincksieck, « Bibliothéque du xx° siécle », 1985.
Touzot, Jean, Francois Mauriac. Une configuration romanesque. Profil rhétorique et stylistique, Paris, Lettres Modernes, « Archives Francois Mauriac », 1985.
Approches de l’euvre 189
Sur Thérése Desqueyroux
MAUCUER, Maurice, « Thérése Desqueyroux » Mauriac, Paris, Hatier, « Profil d’une ceuvre », 1970.
JouBERT, André J., Francois Mauriac et « Thérése Desqueyroux », Paris, Nizet, 1982.
Revues mauriaciennes
Il en existe quatre dont il serait trop long de détailler les publications :
Les Cahiers Francois Mauriac, actuellement dirigés par André Séailles, Paris, Grasset, 16 volumes parus a ce jour.
La série Francois Mauriac, dirigée par Jacques Monférier, dans « La Revue des lettres modernes », Paris, Minard. Le quatriéme et dernier volume paru est consacré a Mauriac romancier (1984).
Les Travaux du centre d’études et de recherches sur Francois Mauriac, publiés par |’Université de Bordeaux III, 25 fascicules parus en juin 1989, sous la responsabilité de Simon Jeune, Jacques Monférier et Bernard Cocula.Les Cahiers de Malagar, enfin, paraissent depuis 1987, a raison d’un volume par an.