‹ Thérése DesqueyrouxChapitre 2 sur 13 · Voir infra, p · texte numérisé non relu

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quelle garantie d’authenticité il décerne 4 sa créature : « Non certes moi-méme, sinon au sens ot Flaubert disait : “Mme Bovary, c’est moi” —a mes antipodes sur plus d’un point, mais faite pourtant de tout ce qu’en moi-méme j'ai dQ surmonter, ou contourner, ou ignorer!. » Sans donner dans le biographisme — cette attitude naive qui consiste a expliquer par la vie de |’auteur le tout de l’ceuvre — il faut rendre 4 Thérése Desqueyroux sa place au sein d’une crise personnelle. Le coeur des années 20, c’est pour Mauriac la traversée d’un désert. Le roman que coiffe ce stéréotype : Le Désert de l’amour, en est la premiére butte témoin. Peu importe 4 Mauriac qu’il lui apporte, avec un grand prix de I’Académie, un surcroit de gloire en lui entrouvrant la porte de |’ Institut de France. Ou plutét, s’il apprécie la distinction, il en ressent immédiatement la vacuité. Vanitas vanitatum : un mirage dans son désert. Environné des siens, dont sa mére, toujours vivante, Fran- ¢ois est la proie d’un « amour aride et décevant? », sur lequel le reste de |’ ceuvre est moins pudique que les écrits autobiographiques. On se contentera de faire un sort a l'image obsédante du moment: « Telle inclination, enfouie dans notre chair avant qu’elle fit née, a grandi comme nous, s’est combinée avec la pureté de notre adolescence et, lorsque nous avons atteint |’a4ge d’homme, a fleuri brusquement sa monstrueuse fleur’. » Cette décou-

1. Préface de 1950 a l’édition dite des Guvres completes, Paris, « Bibliothé¢que Bernard Grasset », chez Arthéme Fayard, t. II, p. V.

2. La formule est de Daniel Guérin, qui fut le confident de cet amour. Voir Masques, n° 24, hiver 1984-1985, p. 42.

3. Le Désert de l’amour, in Mauriac, @uvres romanesques et théatrales complétes, 1, Paris, Gallimard, Bibliothéque de la Pléiade, 1978, p. 846. La méme analogie revient avec des variantes dans Le Jeune Homme, op. cit., 11, 1979, p. 704.

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verte effarée, Mauriac peut-étre |’a-t-il faite. Il semblerait alors ignorer qu’il n’existe pas, au témoignage des théologiens de son Eglise, de tentation déshonorante. En revanche il sait, et il en administre la preuve aux laxistes de la fin de notre siécle, que I’honneur consiste 4 surmonter une tentation barricadée d’interdits. dont en son ame et conscience on a reconnu le bien-fondé. C’est peut-étre pour ne s’étre pas laissé griser du parfum de cette monstrueuse fleur-la que Thérése, par le poison, devient une apparence de monstre. Le roman qui lui doit son nom s’intercale entre deux essais dont il faut écrire le dénominateur commun: le mot de concupiscence. Il se cache dans le premier: Le Jeune Homme’ et s’affiche dans le titre du second : Supplément au traité de la concupiscence de Bossuet.

Mais quel rapport avec Thérése, prise en cet étau ? L’histoire du texte a travers l’esquisse, puis les deux manuscrits du roman, c’est celle d’un camouflage qui sert la mise en place d’une efficace machinerie romanesque. Dans le premier jet Mauriac désignait trop visiblement la cause du projet criminel: un mouvement de panique inspiré par une pudeur mal comprise. L’héroine de Conscience, instinct divin réduisait «le deélire amoureux? » qu’elle éveillait chez son époux légitime a un cas de concupiscence aussi haissable que les autres. Mieux : elle traitait d’assassin la « béte cruelle qui avait besoin des ténébres® » pour s’assouvir. Un cas de légitime défense, voila donc ce que devenait, pour qui poussait son raisonnement jusqu’a |’extréme, la tentative

1. « Qui ne les a connus, ces jeunes rois de la concupiscence ? » (op. cit., I, p. 704).

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