Ibid., p
Préface 13
d’empoisonnement. Dans Ia confession qu’elle adressait a un prétre — notons la différence avec le roman: elle est de taille — l’héroine de |’esquisse va méme jusqu’a donner un sens rédempteur au crime contre le mari, puisqu’elle déclare avoir cédé « tour a tour a la tentation de l’anéantir et au désir de le sauver! ».
Des griefs, des formules, des images véhémentes passent de l’esquisse au roman. Mais, en devenant agnostique, I’héroine est frappée d’une demi-cécité d’un bien meilleur rendement romanesque. Celle-ci dure jusqu’au dernier chapitre : sur le pavé de Paris ot elle est lachée, Thérése s’avére encore incapable de répondre autrement que par une boutade ou par de fausses raisons 4 la question que lui pose enfin Bernard. Dans sa nuit permanente, dans la nuit du retour, elle cherche en gémissant la vérité sur elle-méme : c’est une torture a laquelle elle s’est soumise, dira-t-elle dans ce dernier chapitre, « pour voir clair’ ». La pieuse fiction de la confession préparée pour Bernard, dont elle est la dupe, |’illusion de la restauration conjugale obscurcissent sa vision. Elles sont faites pour cela. Le romancier choisit un point de vue et une technique narrative qui vont dans le méme sens. II feint d’éprouver les perplexités de Thérése. On ne sait pas toujours trés bien d’ot viennent les admonestations que lance le narrateur 4 la deuxiéme personne. Le va-etvient du présent au passé achéve de troubler, de bouleverser les perspectives. II faut donc consulter les deux manuscrits successifs pour dissiper un peu le brouillage savamment entretenu par le narrateur omniscient.