‹ Thérése DesqueyrouxChapitre 6 sur 13 · Les Paroles restent, p · texte numérisé non relu

Les Paroles restent, p

16 Préface

trompe I’ ceil, peu s’en faut que le romancier ne crie a la trahison : « Thérése Desqueyroux n’est sans doute pas un roman chrétien, mais c’est un roman de chrétien, que seul un chrétien pouvait écrire. J’en ai été frappé en le relisant. Thérése meurt de soif au bord de la fontaine, je le marque en traits nets, et le curé de Saint-Clair n’est 14, si peu qu’il paraisse, que pour le faire entendre!. » Il y a, dans ce commentaire tardif, un souci qui confirme les conclusions que pourrait tirer quiconque aurait étudié la genése du roman. Si prompt a se cabrer sous la double accusation de romancier noir et d’artiste coupable de connivence avec le mal, Mauriac semble avoir préparé sa défense. La source du livre est trouble et méme boueuse, mais, au cours de son travail sur le texte, Mauriac a suivi les suggestions de Jacques Maritain: il a purifié la source. Il a, en outre, éclairé son tableau, ébauchant dans le pays sans chemins une sorte de ligne de fuite. Pourtant la premiére Thérése garde sa liberté, et méme la liberté de se perdre. La réside peut-étre la derniére part de son mystére. C’est par 1a qu’elle échappe heureusement au narrateur dont Il’ omniscience, en fin de compte, échoue autant que le prosélytisme.

Le point final mis 4 l’ histoire — un point provisoire, on le sait — Mauriac se dédouane en ces écrits liminaires dont le lecteur d’aujourd’ hui n’est plus familier. On aurait tort de plonger la téte la premiére dans le récit. Qu’on médite d’ abord les termes de I’ épigraphe, cette oraison jaculatoire arrachée au Baudelaire de « Mademoiselle Bistouri », qui réhabilite le monstre en le renvoyant a son Créateur. L’ avis au lecteur va plus loin, qui le canonise : sainte Locuste. Mais c’est surtout un écrit programma-

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