Voir infra, p
Préface 15
Thérése, elle, se retrouve brutalement abandonnée dans le « pays sans chemins! », auquel Mauriac condamne ses inadaptés a la vie affective normale. Paris ne délivre pas du pays sans chemins, bien que la lande en soit le répondant géographique, avec son labyrinthe de sables et de marécages. En 1966, pressé de définir Thérése d’une formule, Mauriac reprend a Cocteau son titre le plus existentiel : « Elle incarne la difficulté d’étre*. » Sur cette terre maudite le premier manuscrit avait assigné un compagnon a Thérése : Jean Azévédo. Devant la chair il ressentait, a l’échelle masculine, la méme panique, dont le narrateur désignait trop clairement la clef: « Ces grands désirs de pureté ne sont qu’une fuite éperdue [...] devant telle loi de [I’] étre qui terrifie » la créature qui la pressent’. Une loi qui terrifie... Voila qui fait peser sur l’étre une sorte de fatalité qui risque d’éloigner infiniment le livre de l image qu’on se plait a donner de lui : un pamphlet contre la famille, une charte du féminisme. Telle référence indirecte 4 Phédre, le souvenir racinien de Locuste achéventils de pousser le roman vers le tragique ?
Mauriac s’en défendait, qui prétendait avoir laissé une issue capable d’arracher Thérése a son tourment. Lorsque le cinéaste Franju, dont Mauriac déplorait le dessein « antireligieux* », bouche cette issue ou qu’il la traite en
1. Mauriac insiste beaucoup sur cette localisation dans une interview donnée 4 Henry Magnan pour Le Figaro littéraire du 5 mai 1962 et reprise par Keith Goesch dans Les Paroles restent, p. 231. On notera aussi le choix de l’épigraphe retenue pour le manuscrit : « “Certains étres s’égarent nécessairement parce qu’il n’y a pas pour eux de vrais chemins.” Thomas Mann. »