‹ Thérèse, drame en deux actesChapitre 15 sur 21 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, MOREL Morelest le portier du logis, il apparaît en costume de sectionnaire.)

THÉRÈSE

Ah! vous?...

Quoi donc, Morel?

THÉRÈSE

Morel, mon vieil ami?

MOREL

Voilà ! C'est effrayant. Là-bas, aux Tuileries, la foule est grande, ardente, et je crains bien quelque orage, quelque journée terrible pçmr vous, les Girondins.

THÉRÈSE

Grand Dieu!...

morel. t

La vérité, c'est que ça sent la poudre.

THOREL

C'est bien. Je vais au poste où mon devoir m'appelle; tu m'accompagneras, Morel. Va, je descends!

(Morel sort*)

SGÈNE III

THOREL, THÉRÈSE, puis ARMAND

THÉRÈSE

Ah! c'est la mort, peut-être?

THOREL

La mort, pourquoi la mort? Cent fois, je l'ai bravée. Soit! une fois de plus elle reculera.

Tu pars.'5

THOREL

Et maintenant, à lui ! (Il va à la porte et appelle. Armand ! (Armand entre, portant des vêtements différents de ceux du ieracte.)

THOREL

Le danger s'accroît, l'heure presse... et, qui sait... pour vous protéger, demain n'aurai-je plus peut-être le pouvoir ! Fuyez le danger.

ARMAND

Quitter ce toit?....

Quitter la France.

THERESE

THOREL

Il faut toujours se séparer. La vie est un départ dont le départ suprême s'appelle de ce nom : la Mort ! (Il s'approche, ému, d'Armand et de Thérèse. — A Armand.) Je VOUS aimais comme je l'aime. Amour, amitié, vos deux cœurs battront pour moi, si l'heure sonne où je ne dois plus vous revoir.

THÉRÈSE et ARMAND, à part.

Adieu, maintenant, ô mon rêve ! Espoir, ô songes devenir! Tout finit! Le jour qui s'achève n'est plus déjà qu'un souvenir!

THOREL

Armand, si vous voulez, voici. Vous êtes libre.

ARMAND

Libre?

THOREL lui tend un sauf-conduit pris dans son portefeuille. Ce sauf-conduit vous permet de partir!

ARMAND

Partir!

THÉRÈSE

Etre sauvé !...

THOREL

La carte de civisme permet de circuler.

ARMAND

Sous quel nom?

THOREL

Eh! qu'importe! Votre salut d'abord. Partez; si je reviens, je serai votre guide jusqu'au faubourg, et puis à la grâce de Dieu!

THÉRÈSE, à Armand.

Oui, oui, vous partirez...

armand. regardant la carte.

La liberté, la vie...

— 26 ~ THOREL

A ce soir! Je m'en vais où mes amis m'appellent.

THÉRÈSE

Là-bas... Forage gronde...

Eh bien ! va pour Forage ! La foudre frappe nuit et

jour, mais, péril, échafaud et rage, je brave tout, et je

garde tout mon courage tant que je garde ton amour.

/Armand fait un mouvement de douleur. — Thorei s'approche de Thérèse et lui donne un baiser sur le front.)

THOREL

Cher être !

Mon ami !

THÉRÈSE, défaillante.

THOREL, tendant la main à Armand.

A ce soir!... (à Armand qui a semblé hésiter à prendre sa main.)

Confiance!... (regardant la statuette de la Liberté sur son bureau.)

C^est pour toi que je vais combattre, ô Liberté !

(Il envoie un dernier baiser à Thérèse et disparaît par la porte de

droite.)

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