SCÈNE II
Les Mêmes, MOREL Morelest le portier du logis, il apparaît en costume de sectionnaire.)
THÉRÈSE
Ah! vous?...
Quoi donc, Morel?
THÉRÈSE
Morel, mon vieil ami?
MOREL
Voilà ! C'est effrayant. Là-bas, aux Tuileries, la foule est grande, ardente, et je crains bien quelque orage, quelque journée terrible pçmr vous, les Girondins.
THÉRÈSE
Grand Dieu!...
morel. t
La vérité, c'est que ça sent la poudre.
THOREL
C'est bien. Je vais au poste où mon devoir m'appelle; tu m'accompagneras, Morel. Va, je descends!
(Morel sort*)
SGÈNE III
THOREL, THÉRÈSE, puis ARMAND
THÉRÈSE
Ah! c'est la mort, peut-être?
THOREL
La mort, pourquoi la mort? Cent fois, je l'ai bravée. Soit! une fois de plus elle reculera.
Tu pars.'5
THOREL
Et maintenant, à lui ! (Il va à la porte et appelle. Armand ! (Armand entre, portant des vêtements différents de ceux du ieracte.)
THOREL
Le danger s'accroît, l'heure presse... et, qui sait... pour vous protéger, demain n'aurai-je plus peut-être le pouvoir ! Fuyez le danger.
ARMAND
Quitter ce toit?....
Quitter la France.
THERESE
THOREL
Il faut toujours se séparer. La vie est un départ dont le départ suprême s'appelle de ce nom : la Mort ! (Il s'approche, ému, d'Armand et de Thérèse. — A Armand.) Je VOUS aimais comme je l'aime. Amour, amitié, vos deux cœurs battront pour moi, si l'heure sonne où je ne dois plus vous revoir.
THÉRÈSE et ARMAND, à part.
Adieu, maintenant, ô mon rêve ! Espoir, ô songes devenir! Tout finit! Le jour qui s'achève n'est plus déjà qu'un souvenir!
THOREL
Armand, si vous voulez, voici. Vous êtes libre.
ARMAND
Libre?
THOREL lui tend un sauf-conduit pris dans son portefeuille. Ce sauf-conduit vous permet de partir!
ARMAND
Partir!
THÉRÈSE
Etre sauvé !...
THOREL
La carte de civisme permet de circuler.
ARMAND
Sous quel nom?
THOREL
Eh! qu'importe! Votre salut d'abord. Partez; si je reviens, je serai votre guide jusqu'au faubourg, et puis à la grâce de Dieu!
THÉRÈSE, à Armand.
Oui, oui, vous partirez...
armand. regardant la carte.
La liberté, la vie...
— 26 ~ THOREL
A ce soir! Je m'en vais où mes amis m'appellent.
THÉRÈSE
Là-bas... Forage gronde...
Eh bien ! va pour Forage ! La foudre frappe nuit et
jour, mais, péril, échafaud et rage, je brave tout, et je
garde tout mon courage tant que je garde ton amour.
/Armand fait un mouvement de douleur. — Thorei s'approche de Thérèse et lui donne un baiser sur le front.)
THOREL
Cher être !
Mon ami !
THÉRÈSE, défaillante.
THOREL, tendant la main à Armand.
A ce soir!... (à Armand qui a semblé hésiter à prendre sa main.)
Confiance!... (regardant la statuette de la Liberté sur son bureau.)
C^est pour toi que je vais combattre, ô Liberté !
(Il envoie un dernier baiser à Thérèse et disparaît par la porte de
droite.)