SCENE IV
ARxMAND, THÉRÈSE
THÉRÈSE, avec inquiétude et presque en défaillant.
Je suffoquais...
Elle ferme les verroux de la porte par laquelle est sorti Thorei
ARMAND
Et moi, mon cœur se déchirait. Sous mes yeux son baiser devant moi, quel martyre ! Et sa loyale main me tendant mon salut!
THÉRÈSE
Le salut ! Oui, la fuite, Armand, et l'existence. Pars ! N'attends pas ce soir!... Quitte-moi... Quitte-nous!
ARMAND
Te quitter?... Qu'as-tu dit? Y penses -tu? La vie... la vie, elle est ici avec toi... Loin de toi... c'est la mort, et la mort la plus sûre... Ah! ce baiser! Atroce et cruelle morsure! Si je partais, c'est lui que je verrais toujours. Oui... dans ses bras, je verrais ton image, son front se pencher vers toi, sa lèvre sur ta lèvre! Thérèse, entends-tu bien, je ne partirai pas !
THÉRÈSE
Mais regarde donc cette foule, ces piques, ces poings, ces bras nus... Elle monte comme une houle, c'est un torrent humain qui coule, roulant des périls inconnus. Vat-en, puisqu'il te rend la vie. Renonce à notre cher désir, pars sans tristesse et sans envie, je garderai ton souvenir.
ARMAND
Je ne partirai pas !...
THÉRÈSE
Tu veux donc que je meure !
ARMAND
Veux-tu donc me chasser? As-tu, si je demeure, peur que l'autre, l'époux, te prenne encore à moi ?
Je n'ai peur qu€ pour toi I Mus j'ai peur pour ta vie. Si
tu restes ici, mon aimé, quelque jour La hacbe te prendra, m'arrachant mon amour.
ARMAND
Eh! bien, si c'est pour moi que tu veux que je vive, vivons, vivons tous deux.
THÉRÈSE
Que dis-tu?
ARMAND
Viens, suis-moi !
THÉRÈSE
Te suivre ?
ARMAND
On laissera passer la Girondine, et nous le trouverons, le paradis rêvé.
THÉRÈSE
Armand, y penses-tu ?
ARMAND
Je pense à ta tendresse, je pense à ce baiser que je veux retrouver. Ici, c'est le daager plus vil, le mot qui trompe^ Assez de trahison ! Fuyons ! Fuis avec moi !...
THÉRÈSE
Ah ! ton accent m'affole. Oh ! ta douce parole !
ARM \Nl>.
Ou me laisser mourir, ou partir avec moi ! Choisis !
7\L ARMAND
X T'HKRKSE.
v; Ah ! toi ! tu me perdras!... Armand, tu m'as perdue! " Eh bien ! oui, je t'adore et ne te quitte pas.
Tu veux? Tu le veux bien, tu veux bien que je vive
"V THÉRÈSE
^ Vis, vis, ô cher amour !
ARMAND
Avec toi !
THÉRÈSE, avec une exaltation croissante.
Eh bien ! oui, mon cœur étouffe, mon cœur n^a qu^un unique amour. Et puis, mourir, je ne veux pas, non, je ne veux pas que tu meures!... On laissera passer, passer la Girondine au bras du bien-aimé qui l'emporte là-bas !
Là-bas !...
ARMAND
THERESE
Au loin, là-bas !
(Elle le regarde extasiée.)
THÉRÈSE
Va, partons, viens, Paris est trop lourd à nos âmes, et nous irons chercher le rêve où tu voudras ! Il est des pays où Ton aime, des cicux plus doux, allons vers eux, partons ! O terre inconnue et lointaine où vit l'amour, c'est toi que mon espoir appelle. Je veux aimer, je n'ai, jusqu'à ce jour, rien connu de la vie que l'austère devoir et les jours sans soleil. Partons, car toute ma tendresse s'epa-
nouit. Fleur de printemps, ô ma jeunesse, ô terre inconnue et lointaine où vit Pamour, c'est toi que mon espoir appelle ! Je veux aimer ! Je veux aimer !...