‹ Thérèse, drame en deux actesChapitre 5 sur 21 · UN OFFICIER · texte numérisé non relu

UN OFFICIER

Nous serons à Paris demain ! Avant Versailles, le château de Clerval valait bien un coup d'œil!

DEUXIÈME OFFICIER

D'autant plus que beaucoup d'entre les camarades, prends-en bien ton parti, ne le reverront pas.

PREMIER OFFICIER

Qui sait? On part gaiement en soldat volontaire, et si le sort le veut on revient général.

DEUXIÈME OFFICIER

Et s'il reste là-bas, tombant à la frontière, tel qui ne revient pas, du moins fait son devoir !

PREMIER OFFICIER

Allons, la halte cesse ! Il faut partir !... En route !

DEUXIÈME OFFICIER

Mais notre hôte vaut bien qu'on lui dise merci.

PREMIER OFFICIER

Notre hôte ! et notre hôtesse ! Lui, fils de la Gironde. Elle, la girondine et châtelaine ici.

DEUXIÈME OFFICIER

Châtelaine ?

PREMIER OFFICIER

Thorel a, sur enchères, acquis parc et château... le mar quis ayant fui.

DEUXIÈME OFFICIER

Le marquis de Clerval, émigré !

PREMIER OFFICIER

Disparu.

DEUXIÈME OFFICIER, ironique.

Et nos nouveaux seigneurs remplacent nos marquis.

(André Thorel a paru sur le perron à gauche. Il est accompagné de Thérèse. Elle et lui regardent un moment les soldats qui refont leurs sacs, vont et viennent). 0 ■

THÉRÈSE

Pauvres gens ! Braves gens !

THOREL

Ils vont à la frontière.

THÉRÈSE

Mourir...

THOREL

Pour le pays. C'est la plus belle mort... Mais, chère

âme, il est doux de savourer la vie, même dans le péril,

quand on a ton amour.

(Les soldats aperçoivent Thorel et Thérèse. Ils s'avancent. L'un d'eux crie : Vive Thorel !... Les autres répètent le cri.)

PREMIER OFFICIER

Merci pour ces enfants qui, gardant la mémoire de cette halte heureuse, à leur représentant enverront de là-bas leur dernière pensée avec tous leurs respects, citoyenne Thérèse.

(Roulement de tambour. Sur un signe du commandant, le détachement se met en ligne. Avant le départ il présente les armes.)

THQREL, grave.

A chacun son devoir, soldats de la patrie ! Protégez nos

foyers et la terre natale. Nous veillerons ici sur vos sœurs

et vos mères.

(Le détachement disparaît à travers les arbres, le soleil couchant rougissant la pointe des baïonnettes.)

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