‹ Thérèse DunoyerChapitre 49 sur 71 · VENGEANCE · texte numérisé non relu

VENGEANCE

cRito nialliPiiiTusp fillo ; oWo n'avaiJ plus nu monf]o ([110 M. (le Montai.

— Jo l'entends bien ainsi, — dit le banquier. — Vous allez sortir de cbcz moi sur-le-champ ; je ne vous aurais pas permis d'y passer la nuit. On vous enverra demain vos effets. Où cela ? chez monsieur, sans doute ?

— Oui, monsieur, chez moi , — dit M. de Montai aussi effrayé du renversement de ses espérances que de la cruauté du banquier.

— Soit , — dit M. Achille , — on adressera les effets de mademoiselle chez vous ; ça commencera votre petit ménage, mon jeune marié. »

Le comte était si cupide , si lùche, si égoïste, qu'il ne put même à ce moment dissimuler son odieux désappointement.

Sur son front livide et abattu, M. Dunoyer lut cette pensée :

a Me voici aussi pauvre qu'auparavant , avec une femme sur les bras. »

M. AchUle lisait vrai.

Rien d'étonnant à cela ; ces deux hommes devaient se comprendre et se deviner.

Heureusement Thérèse, encore sous le coup de la révélation que venait de lui faire le banquier, n'eut pas le moindre soupçon de ce qui se passait dans le cœur de M. de Montai.

M. Dunoyer s'alarma de la quiétude de Thérèse ; sa vengeance n'était pas complète ; il lui fallait jeter nu ropur do sa victime un soupçon atroce.

120 THERKSE DIXOYEK.

Il dif au comte :

tt Vous voilà tout désorienté. Ali dame ! que voulez-vous ? espérer et tenir sont deux ; mais voilà toujours ce qui arrive. On remarque des facilités pour séduire la fdle, ou plutôt celle qu'on croit la fille d'un riche banquier ; on se dit : Bast ! une fois séduite, le premier courroux passé , il faudra bien que les parents me la donnent. Elles sont deux sœurs, la fortune du père est de trois ou quatre millions, c'est donc un jour quatre-vingt ou cent mille livres de rente qui me reviendront ; en attendant on ne pourra pas me donner moins de deux ou trois cent mille francs , avec la niche et la pâtée. C'est gentil , quand on est au moment de mourir de faim.

— ^lonsieur, monsieur, — s'écria M. de ^lontal furieux d'être si bien deviné, — je suis ici chez moi. Vous n'êtes pas le père de Thérèse ; je ne souffrirai pas un moment de plus vos impertinences.

D'abord , pour me parler sur ce ton-là , mon cher monsieur, il faudrait commencer par me rendre les deux cents louis que je vous ai prêtés, i

M. de Montai baissa la tête.

t Et puis ensuite , — reprit M. Dunoyer, — je ne vous dis pas d'impertinences. Je dis que des gens intéressés auraient fait ce calcul-là ; mais cela ne s'adresse pas à vous, au contraire, puisque mademoiselle n'a que ses beaux yeux pour tout potage, et que, ruiné comme vous l'êtes, elle va vous être horriblement à charge, au lieu de vous être une ressource, comme vous pouviez l'espérer.

VEXGRANCE. 121

— V'enrz , Kdoiiard , venez, — dil Tlu-rèsp on souriant de dédain ; — ne pensez pas qu'nn seul de ces mots puisse vous atteindre et nie faii'e un instant douter de votre cœur. Dieu merci ! ma foi en vous fait ma force, mon courage et mon espoir. C'est mon

seul bien maintenant: et ce bien, on vous l'envie

Venez, Edouard... Le bonheur qui nous attend, malgré notre pauvreté, est donc certain , puisque les méchants tâchent de l'empoisonner par la méfiance.

— Monsieur, sortez d'ici , — s'écria AI. de Alontal en montrant la porte à M. Achille d'un air menaçant , — Thérèse n'est pas votre fille , vous n'avez aucun droit sur elle ; si vous m'exaspérez , je vous mettrai hors de chez moi.

— Tout beau, monsieur le comte ; je ne prétends pas violer votre domicile. Un dernier mot, je vous prie. »

M. de Montai sortit de la chambre où était Thérèse, et accompagna le banquier dans l'antichambre.

Après avoir gardé un moment le silence, M. Achille dit au comte :

ft Je veux vous prouver que je n'ai pas de rancune contre vous... en vous donnant un bon conseil. Avez-vous des nouvelles de M. de Beauregard, depuis deux ou trois jours?

— Xon, monsieur; mais à quoi bon?

— Eh bien ! moi, j'ai reçu ce matin une lettre de M. de Sainte -Luce, dont je suis le banquier, et qui est de la partie de chasse de la foret de Breteuil.

— Rh ! mon Dieu ! monsieur, que me fait cela?

122 THERKSE DUXOYER.

— Attendez donc, étourdi... Avant-hier soir, le marquis a été tué à la chasse par accident... Il venait d'hériter de son beau-père d'une fortune énorme. La marquise de Beauregard devient ainsi un parti superbe, quoique un peu véreux... \'ous ne connaissez guère la honte , vous êtes fin et roué ; ma fol, moi, à votre place..., je ne me presserais pas du tout d'épouser Thérèse. i>

Et :\I. Achille Dunoyer sortit.

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