CHAPITRE XXII
LA MAXSARDE.
Un an s'est écoulé depuis le jour où Thérèse a été chassée de la maison du banquier.
Xous conduh'ons le lecteur dans une petite ruelle appelée l'impasse Fournier, située près de la barrière de Vaugirard.
Le pavé fangeux, la couleur sordide des maisons délabrées , les longues perclies chargées de linge troué qui s'arc-boutent aux fenêtres , tout annonce la pauvreté des demeures qui bordent cette impasse.
On était à la fin du mois de novembre, il faisait un froid humide et pénétrant ; le temps, chargé d'un brouillard glacé, était obscur.
LA MANSARDK. l-2:i
La maison qui terminait la rurllp ('tait la plus misérable de toutes ces habitations : elle avait deux croisées de front, trois étages et des mansardes. Le premier et le second étaient occupés par un marchand de chiflons en gros auquel les chilTonniers v apportaient leur récolte de la nuit. Ces amas de guenilles entassées répandaient une odeur infecte non-seulement dans la maison, mais dans l'impasse tout entière.
In ferblantier en chambre occupait les deux pic- x ces du troisième étage.
Honnête et jeune ouvrier chargé de famille, laborieux, actif, Pierre Feraud, malgré un travail incessant et forcé, gagnait à peine de quoi empêcher ses cinq enfants et sa femme de mourir de faim.
Il était deux heures, une croisée dont la plupart des carreaux étaient remplacés par des morceaux de papier laissait à peine arriver un jour sombre dans la chambre oii Pierre Feraud façonnait le fer-blanc et la tôle à grands coups de maillet.
Un petit poêle de fonte à marmite, alors froid (on ne l'allumait que pour préparer les repas), était placé près de la cheminée, où était empilé un petit tas de bois ; au fond de la pièce, il y avait une misérable couchette garnie d'une paillasse , d'un drap ployé en deux et d'une mince couverture ; un petit lit 011 dormaient deux enfants, un berceau où en dormait un autre, étaient un peu plus loin; enfin, du coté opposé à l'établi de Pierre Feraud , on
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voyait un fourneau portatif et une commode de bois peint.
Ine femme de trente ans, vêtue pauvrement, travaillait à l'aiguille ; deux petites filles , de six ù sept ans , assises à ses pieds , se pressaient contre ses genoux en frissonnant de temps à autre.
a Vous avez froid , pauvres petites? — dit Augustine, femme de Pierre Feraud.
— Oui, maman.
— Quand Louise et Justine seroct réveillées, je vous coucherai à leur place et à votre tour, mes enfants. Le fait est qu'il fait bien froid ; j'ai les doigts tout roides, je ne puis plus tenir mon aiguille. T
Pierre , s'étourdissant lui-même de son bruyant travail, n'entendit pas cet entretien.
li Je vais marcher un peu — dit sa femme — ça me réchauffera, t
Elle s'approcha de son mari et lui mit la main sur l'épaule.
Pierre suspendit un moment son travail.
i Quel vilain froid noir, Pierre. . . , et le jour si bas ! si bas ! il va falloir bientôt allumer la chandelle... ah! c'est cher, l'hivei-.
— C'est vrai , ça n'est pas la saison des malheureux. Mais tu as les mains gelées. Fais donc un peu de feu? Augustine.
As-tu froid, Pier
— Moi, non. Dieu merci ; le maillet réchauffe.
— Eh bien! ménaqeons notre bois... Tu sais