‹ Thérèse DunoyerChapitre 56 sur 71 · L" EXT REVUE · texte numérisé non relu

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gens simples et honnêtes ; je parle de leurs mères , de leurs sœurs , de leurs femmes, qui vous accusoraien(, qui m'accuseraient, parce qu'elles en auraient le droit, parce qu'aucune femme , si ce n'est la mienne, ne doit habiter avec moi la maison oii mon père et ma mère sont morts.

— Bon et généreux cœur !

— Ainsi, quand je vous offre ma main, je... Mais non , — reprit-il en s'interrompant , — non , je ne puis pas dire cela.

— Je vous en conjure, parlez sans réticence ; ces toucliantes preuves de bonté me font du bien ! Oh ! parlez , parlez.

— Vous avez raison. Eh bien ! quand je vous supplie d'accepter ma main, c'est pour que vous puissiez être ma sœur... sans qu'on en médise... Comprenez - vous ! Soyez tranquille, si vous avez votre fierté, j'ai ma délicatesse ; si vous êtes de ces femmes qui n'ont qu'un seul amour, je suis de ces hommes qui n'ont aussi qu'un seul amour, et qui pour rien au monde ne le voudraient profaner... En restant pour vous un frère , je pourrai continuer de vous aimer sans honte, vous pourrez accepter mon offre sans rougir.

— Mais, mon Dieu, qui peut vous inspirer un pareil dévouement ?

— Je vous dirai cela plus tard... quand vous aurez accepté. D'ailleurs vos malheurs ne suffisent-ils pas pour attendrir le cœur le plus dur? et cet enfant qui tout à l'heure a failli mourir à vos côtés...

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— Oh ! ne dites pas cela, ne dites pas cela.

— Si, madame, je le dirai ; si, madame, je vous répéterai que refuser mon offre c'est agir en mauvaise mère... oui, madame, en mauvaise mère. Eh! de quel droit priver ce malheureux enfant de l'appui que je vous offre pour lui? Et si vous mourez demain, madame... et si je meurs, que deviendra votre fille?

— Par pitié, ne parlez pas ainsi.

— C'est au nom de la pitié que je parle, madame ; c'est au nom de la pitié que vous devez avoir pour votre fdie que je vous dis qu'il serait mal à vous de la priver de l'avenir que la destinée lui offre. Soyez d'abord ma femme , laissez-moi reconnaître votre fille , lui donner un nom honorable , assurer son sort... Après cela vous pourrez pleurer sans remords votre amour méconnu , maudire la fatalité qui a jeté sur votre route le fou stupide et féroce auquel vous avez en vain prodigué les trésors de votre cœur. Je pleurerai avec vous cette fatalité, car beaucoup de douleurs nous sont communes. Mais, avant de savourer à loisir l'amère voluplé d'un désespoir incurable, vous devez soustraire votre enfant au sort affreux qui a été le vôtre.

— Non, non, c'est impossible... il y aurait à moi de la lâcheté, de l'égoisme, de l'ingratitude, oui, de l'ingratitude, à accepter ce que vous m'offrez.

— Et si vous refusez, que ferez-vous alors? Vous travaillerez, n'est-ce pas? ^lais avec l'âge les besoins de votre enfant augmenteront, et sa vie pen-

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dant bien loiifjtemps encore dépendra de la vôtre. Et ensuite, lorsqu'il faudra la marier, à qui la donncrez-vous? Klle sera pauvre et sans nom... ; quelle garantie de bonheur pourrez-vous exiger pour elle?

— 0 mon Dieu ! mon Dieu ! ji — dit Thérèse en levant les yeux au ciel , car elle était frappée de la triste vérité du raisonnement d'Evven.

Celui-ci s'applaudit de l'effet salutaire (|u'il avait produit.

tt Vous le voyez bien, — dit-il, — vous êtes forcée de vous rendre à l'évidence. »

Mais Thérèse n'était pas encore vaincue dans cette lutte de la plus sublime générosité contre une délicatesse obstinée ; elle reprit en essuyant ses larmes :

tt Dieu ne m'abandonnera pas, il aura pitié de moi ; il me donnera de longues années, de la force, et j'élèverai mon enfant.

— ^Malheureuse femme! de la force... Mais vous êtes brisée par la souffrance , mais votre existence ne lient qu'à un souffle... Et je vous dis cela sans crainte, parce que je sais bien que la vie vous est odieuse, et que sans votre fille...

— Oh! il y a longtemps... » — dit Thérèse en jetant un regard sinistre à Evven : elle l'avait compris.

a Vous le voyez donc bien : il y aurait de la folie, de rinhumanité de votre part à faire dépendre la vie, l'avenir de votre enfant d'une existence aussi précaire que la vôtre. V ous êtes jeune et belle, je le sais ; l'offre que je vous fais, d'autres vous la feront, mais à quelles conditions! H vous faudra lutter entre

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raversion que vous causera un second mariage et l'intérêt de votre enfant. Comme vous serez aussi vaillante mère que vous aurez été femme courageuse, tôt ou tard vous vous résignerez ; mais celui que vous me préférerez n'aura pas les mêmes raisons que moi d'aimer votre enfant et de vous laisser à vos regrets éternels. Quant à la sincérité de ma résolution, vous aurez deux garanties, votre délicatesse... et la parole d'un homme qui, je le dis sans humilité comme sans orgueil , se conduit comme je me conduis. «

A ce moment , Pierre frappa légèrement à la porte , et parut ployant sous le faix de matelas , de rideaux, et suivi de plusieurs commissionnaires également chargés.

tt Ma pauvre sœur, — dit tout haut Ewen, — j'avais prié ce brave homme d'aller chez le premier tapissier venu chercher ce qui pourrait rendre supportable pour deux ou trois jours ce misérable réduit. \euillez descendre un moment avec moi chez vos bons voisins , pendant qu'on mettra un peu d'ordre ici. j

Thérèse regarda Euen d'un air triste , comme pour lui reprocher son mensonge ; elle prit son enfant endormi dans ses bras, et descendit avec M. de Iver-Ellio chez Pierre Feraud.

In repas apporté de chez un traiteur voisin était fort proprement servi dans la première pièce, que le ferblantier n'occupait pas ; un bon feu flambait dans l'àtre.

LE RLcrr. loi

Hélas ! faut-il le dire , à la vue de ces mets simples et salubres, Thérèse tressaillit et serra joyeusement son enfant contre son sein... La malheureuse mère avait faim...

Depuis la veille... elle n'avait rien mangé. ^

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