‹ Thérèse: opéra comique en deux actesChapitre 28 sur 53 · CLAP.A · texte numérisé non relu

CLAP.A

Oui, un seul ami cpii m'a laissée en Angleterre, et dont }r. n'ai aucune nouvelle.

PATEHSON.

Et il y a lonf;-temps de cela?

CLARA

Quinze mois jiassés.

PATERSON

Quinze mois! c'est tout juste l'époque de mon bienheureux mariafje. Allons , prenez patience ; ma femme se félicite chaque jour d'avoir trouvé en vous une aimable dame de compagnie, et tant qu'il vous plaira vous aurez en ces lieux asile et protection.

CLARA

On dit que ce château fut toujours hospitalier.

PATERSON

Assurément... et il est aujourd'hui plus illustre que jamais. Nous avons eu l'honneur d'y recevoir milord Protecteur, le grand Cromwel !... quand il vint visiter cette province. Ma femme courut à sa rencontre, le força de descendre chez elle, d'y établir son quartier-général... Et que de soins pour lui plaire! que d'attentions! que de flatteries! Il repartit enchanté de ma rusée compagne; et, depuis ce temps, c'est elle qui tait ma place de shérif : Cromwel lui écrit de sa main , et ils s'entendent ensemble pour la sûreté et la politique du comté. Oh! elle est d'une adresse, d'une habileté!...

CLARA

Elle avait donc bien envie de plaire à ce nouveau maître de l'Angleterre?

PATEHSON.

Comment, envie?... mais , depuis notre mariage, c'est une fureur, une passion!... elle n'en dormait plus. Je l'entendais la nuit soujjirer pour Cromwel, et répéter sans cesse: « Ah ! que faire , qu'imaginer pour séduire cet homme et parvenir à mon but?... »

CLARA

Elle était déjà très bien dans son esprit; mais le dernier service qu'elle vient de hù rendre va la faire jouir d'une grande faveur.

p. AT ER SON.

Je le crois bien... Quel heureux hasard ! et comme ma femme sut en profiter! Je me souviendrai toujours du grand coup de poing qu'elle me donna pour m'éveiller dans mon fauteuil , en s'écriant comme une folle : " Je le liens ! je le tiens! Olivier Cromwel! est à moi ! Sa plus jeune fille qu'il adore est venue dans nos campagnes par ordonnance des médecins; elle s'est arrêtée dans un mauvais village:

l'air pur de mon château me donne beaucoup d"e-:poir... Je veu.< la gue'rir, cette chère enfant. Vite, Rol>in , mes chevaux, mon carrosse !...» Et le soir même elle m'apporta ici la petite tille pour lasoignerjour etnuit, en écrire à son père, et la lui ramener bientôt api es à Londres, leste comme une biche, fraîche comme une rose, et joufflue comme un chérubin !... Aussi, au retour de ma femme, ^e m'attends à toutes les f[races. Où ma fortune s'arrêterat-elle ? je n'en sais rien : c'est embarrassant.

CLARA

En effet, rien ne manque à votre bonheur.

PATERSON

Rien, absolument rien. Je suis riche et noble seigneur; je goûte les plaisirs tranquilles d'un châtelain : je dîne bien , je soupe de même , et je vais aller me coucher avec des idées riantes quand j'aurai savouré le dernier verre de mon flacon du soir. Faites, je vous prie, fermer les portes du château ; que tout le monde se retire, et qu'on se garde bien de troubler mon sommeil !... Au retour de ma femme, nous aurons assez de bruit dans la maison : reposons-nous en attendant.

CLAliA.

A demain, monsieur.

PATEr.sO.

Bonne nuit.

CLARA, bas, en sortant par la droite. Que le ciel soutienne mon courage !

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