‹ ThermidorChapitre 2 sur 17 · VI -PREFACE · texte numérisé non relu

VI -PREFACE

ajustée sur la corde de l'arc; le porteur d'eau fraîche tendait son outre sous la fontaine qui ne coulait plus, et le cuisinier versait ses épices dans une marmite qui paraissait vouloir bduillir.

Puis, longtemps après, vint un génie plus puissant que le premier. Il prononça, sur la cité, les paroles de l'anneau de Salomon; et la ville retrouva brusquement la vie. La phrase commencée s'acheva, le geste se termina, le mouvement reprit, au point même où il était quand la léthargie était venue.

J'ai toujours aimé à' trouver dans cette légende le symbole du roman historique. L'en* chanteur, plus fort que la mort, c'est le romancier qui prend le temps passé exactement au point où l'histoire le lui livre, immobile, muet, mais prêt à revivre.

Ainsi jugé, préparé et élaboré, c'est-à-dire, à la condition absolue d'être la résurrection fidèle du passé, le roman historique doit être la conquête intellectuelle du dix-neuvième siècle et son grand titre de gloire dans nos annales littéraires. C'est, d'ailleurs, dans une société démo-

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PRIÉFACB. VU

cratîque comme celle qui se développe sous nos yeux, le plus charmant et aussi le plus noble et le plus puissant instrument de la vérité et de l'éducation.

Maïs, je le répète, il doit être un instrument précis; donnant une reproduction exacte, produisant une véritable résurrection.

C'est seulement après avoir acquis l'érudition complète, après avoir conquis, si je puis dire, l'âme du passé, après être, parvenu à vivre aiséinent sous les vêtements, dans les meubles, à côté dés faits, surtout au milieu des pensées journalières et familières de Tépôque qu'il veut peindre, c'est alors seulement que l'écrivain a le droit de s'abandonner à l'imagination romanesque.

Ces idées demanderaient, je le sais, d'amples développements. J'ai hâte d'entrer dans le Paris de Tan II. C'est là que je désire transporter le lecteur, et c'est l'époqae que je voudrais ressusciter.

Mais comme j'ignore les mots qui étaient gravés sur le sceau de Salomon, je veux dire cette

vin PREFACE.

parole desgénîes, ce verbe qui donne la vie, j'ai essayé de remplacer cette puissance divine par rhumble puissance de Thomme, qui est le travail. J'ai toujours eue présente à l'esprit cette idée que je racontais mon drame à un homme intelligent de la fin du dix-huitième siècle. Je ne me suis tenu pour satisfait qu'en le voyant satisfait lui-même, et en ayant la certitude qu'il reconnaissait sa ville, sa rue, ses voisins, ses habits, ses préjugés. Je cercle de ses idées, les émotions de son entourage, les mille nuane^es des événements de son* époque. Alors seulement je me àuis imaginé que la ville morte, il y a près dé cent ans, pouvait sortir aujourd'hui de la léthargie pour l'agrément de mes contemppraîjis^ Si donc l'on veut bien, à ma suite, mettre la pied, dans la rue des Aveugles-Saint-Sulpîce, à sept heures du matin, le 25 juillet 1794, le pis qui puisse arriver c'est qu'on apprendra un peu de vraie histoire de France, et je ferai. tous mesefforts pour qu'on ne dorme pas en chemin.

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