MISE EN LIBERTÉ DES DÉPUTÉS DÉTENUS
divers effets, un matelas, une couverture; Tautre, Henriette Le Bas, celle qui avait dû épouser Saint-Just. En voyant son mari libre, et comme emmené en triomphe par une foule ardente, M"*® Le Bas éprouva tout d'abord un inexprimable sentiment de joie, courut vers lui, se jeta dans ses bras, et se dirigea avec lui du côté de THôtel de Ville. Mais de noirs pressentiments assiégeaient Tâme de Philippe. Sa femme nourrissait, il voulut lui épargner de trop fortes émotions, et il l'engagea vivement à retourner chez elle, en lui adressant mille recommandations au sujet de leur fils, a Ne lui fais pas haïr les assassins de son père dit-il ; inspire-lui Tamour de la patrie ; dislui bien que son père est mort pour elle... Adieu, mon Elisabeth, adieu (*) ! » Ce furent ses dernières paroles, et ce fut un irrévocable adieu. Quelques instants après cette
. (*) Manuscrit de M"^« Le Bas. D'après ce manuscrit, ce serait à la Force que Lebas aurait été conduit ; mais M«»« Le Bas a dû confondre cette prison avec la Conciergerie. Comme tous les membres de sa malheureuse famille, M°»« Le Bas fut jetée en prison avec son enfant à la mamelle par les héros de Thermidor, qui la laissèrent végéter durant quelques mois, d'abord à la prison Talarue, puis à Saint-Lazare, dont le nom seul était pour elle un objet d'épouvante. Toutefois elle se résigna. « Je souffrais pour mon bien-aimé mari, cette pensée me soutenait. » On lui avait offert la liberté, une pension même, si elle voulait changer de nom ; elle s'y refusa avec indignation. « Je n'aurais jamais quitté ce nom si cher à mon cœur, et que je me fais gloire de porter. » Femme héroïque de l'héroïque martyr qui ne voulut point partager l'opprobre de la victoire thermidorienne, elle se montra, jusqu'à son dernier jour, fière de la mort de son mari : « Il a su mourir pour sa patrie, il ne devait mourir qu'avec les martyrs de la liberté. Il m'a laissée veuve et mère à vingt et un ans et demi ; je bénis le Ciel de me l'avoir ôté ce jour-là, il ne m'en est que plus cher. On m'a traînée de prison en prison avec mon jeune fils de cinq semaines ; il n'est de souffrances que ne m'aient fait endurer ces monstres, croyant m'intimider. Je leur ai fait voir le contraire ; plus ils m'en faisaient, plus j'étais heureuse de souffrir pour eux. Comme eux, j'aime la liberté ; le sang qui coule dans mes veines à soixante-dix-neuf ans est le sang de républicains. » (Manuscrit de M°»« Le Bas.) Et en parlant de ces morts si regrettés elle ne manque pas d'ajouter « Comme vous eussiez été heureux de connaître ces hommes vertueux sous tous les rapports » I
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8C(>ne, la barrière de Fétemité s'élevait entre le mari etU femme.
La présence de Robespierre à la Commune sembla redoubler l'ardeur patriotique et l'énergie du conseil général ; on y voyait le gage assuré d*une victoire prochaine, car on ne doutait pas que Timmense majorité de la population parisienne ne se ralliÀt à ce nom si grand et si respecté.
Le conseil général se composait de quatre-vingt-seize notables et de quarante-huit officiers municipaux formast le corps municipal, en tout cent quarante-quatre citoyens élus par les quarante-huit sections de la ville de I^* Dans la nuit du 9 au 10 thermidor, quatre-vingt-onze membres signèrent la liste de présence, c'est-à-dire leur arrêt de mort pour la plupart. D'autres vinrent-ils ? c'est probable ; mais ils ne signèrent pas, et évitèrent ainsi la proscription sanglante qui frappa leurs malheureux collègues.
Parmi les membres du conseil général figuraient un certain nombre de citoyens appartenant au haut commerce de la ville, comme Arthur, Grenard, Avril ; beaucoup de petits marchands, un notaire comme Delacour ; quelques hommes de loi, des employés, des artistes, comme Lubin, Fleuriot-Lescot, Beauvallet, Cietty, Louvet, Jault ; deux ou trois hommes de lettres, des médecins, des rentiers et plusieurs professeurs. C'étaient presque tous des patriotes d'ancienne date, dévoués aux grandes idées démocratiques représentées par Robespierre. L'extrait suivant d'une lettre d'un officier municipal de la section du Finistère^ nommé Mercier, directeur de la fabrication des assignats, lettre adressée à l'agent national Payan, peut servir à nous renseigner sur les sentiments dont la plupart étaient animés : « La faction désorganisatrice, sous le voile d'un