MISE EN LIBERTÉ DES DÉPUTÉS DÉTENUS
décret d'accusation à quelques misérables conspirant au gein même de l'Assemblée (*). A peine avait-il fini de parler que le maire, sentant combien il était urgent, pour l'effet moral, de posséder Maximilien à la Commune, proposa au conseil de renvoyer chercher par une députation spécialement chargée de lui faire observer qu'il se devait tout entier à la patrie et au peuple (^). Fleuriot-Lescot connaissait le profond respect de Robespierre pour la Convention, son attachement à la légalité, et il n'avait pas tort, on va le voir, en s'attendant à une vive résistance de sa part.
Transféré vers sept heures à la prison du Luxembourg, sous la garde du citoyen Chanlaire, de l'huissier Filleul et du gendarme Lemoine ('), Maximilien avait été refusé par le concierge, en vertu d'une injonction des administrateurs de police de ne recevoir aucun détenu sans leur ordre. Il insista vivement pour être incarcéré. Esclave du devoir, il voulait obéir quand même au décret qui le frappait, a Je saurai bien me défendre devant le tribunal 0, dit-il. En effet, il pouvait être assuré d'avance d'un triomphe éclatant, et il ne voulait l'emporter sur ses ennemis qu'avec les armes de la légalité. Billaud-Yarenne ne se trompait pas en écrivant ces lignes : « Si, dans la journée du 9 thermidor, Robespierre, au lieu de se faire enlever pour se rendre à la Commune et y arborer l'éten-
(1) Procès-verbal de la séance de la Commune {Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 52). A l'appui de cette partie du procès-verbal, voyez la déclaration de Robespierre jeune au comité civil de la section de la Maison-Contmune, lorsqu'il y fut transporté à la suite de sa chute. « A répondu... que quand il a été dans le sein de la Commune, il a parlé pour la Convention en disant qu'elle était disposée à sauver la patrie, mais qu'elle avait été trompée par quelques conspirateurs; qu'il fallait veiller à sa conservation. » (Pièce XXXVin à la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, p. 205.)
(2) Procès-verbal de la séance de la Commune, ubi suprà.
(3) Pièce XIX à la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, p. 113.
dard de la révolte, eût obéi aux décréta de la Convention nationale, qui peut calculer ce que terreur, moins affaiblie par cette soumission, eût pu procurer de chances favorables à son ascendant (^) ? » La volonté de Maximilien échoua devant la résistance d'un guichetier.
Du Luxembourg, Robespierre avait été conduit à Fadministration de police^ située à côté de la mairie, sur le quai des Orfèvres, dans les bâtiments aujourd'hui démolis qu'occupait la préfecture de police. Il y fut reçu avec les transports du plus vif enthousiasme, aux cris de Vive Robespierre (') I II pouvait être alors huit heures et demie. Peu après, se présenta la députation chargée de ramener au sein du conseil général. Tout d'abord Maximilien se refusa absolument à se rendre à cette invitation. (( Non, dit-il encore, laissez-moi paraître devant mes juges. » La députation se retira déconcertée. Mais le conseil général, jugeant indispensable la présence de Robespierre à FHôtel de Ville, dépécha auprès de lui une nouvelle députation aux vives insistances de laquelle Robespierre céda enfin. 11 la suivit à la Commune, où raccueillirent encore les plus chaleureuses acclamations (^). Mais que d'heures perdues déjà !
En même temps que lui parurent ses chers et fidèles amis, Saint-Just et Le Bas, qu'on venait d'arracher l'un et l'autre aux prisons où les avait fait transférer le comité de Sûreté générale. Au moment où Le Bas sortait de la Conciergerie, un fiacre s'arrêtait au guichet de la prison, et deux jeunes femmes en descendaient tout éplorées. L'une était Elisabeth Duplay, l'épouse du proscrit volontaire, qui, souff'rante encore, venait apportera son mari
(^) Mémoires de Billaud-Varenne, p. 46 du manuscrit. '(A rcAives,ttii stiprà.)
(■^) Déclaration de Louise Picard, pièce XXXII, à la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, p. 194.
(3) Renseignements donnés par les employés au secrétariat sur ce qui s'est passé à la Commune. (Pièce de la collection Beuchot.)