LE DÉCRET DE MISE HORS LA LOI
Tandis que Ténergie du conseil général se trouvait paralysée parles répugnances de Maximilien à entrer en révolte ouverte contre la Convention, celle-ci n'hésitait pas, et elle prenait des mesures décisives. Un tas d'hommes qui, selon la forte expression du poète^
Si tout n'est renversé ne sauraient subsister,
les Bourdon, les Barras, les Fréron, vinrent, pour encourager TAssemblée, lui présenter sous les couleurs les plus défavorables les dispositions des sections. Sur la proposition de Youlland, elle chargea Barras de diriger la force armée contre THôtel de Ville, et lui adjoignit Léonard Bourdon, Bourdon (de l'Oise), Fréron, Rovère, Delmas, Ferrand et Bollet, auxquels on attribua les pouvoirs dont étaient investis les représentants du peuple près les armées. A Texception des deux derniers, qui n'avaient joué qu'un rôle fort effacé, on ne pouvait choisir à Barras de plus dignes acolytes.
Mais les conjurés ne se montraient pas satisfaits encore : il fallait pouvoir se débarrasser, sans jugement, des députés proscrits dans la matinée ; or, ils trouvèrent un merveilleux prétexte dans le fait, de la part de ces derniers, de s'être, volontairement ou non, soustraits au décret d'arrestation. Ëlie Lacoste commença par demander la mise hors la loi de tous les conseillers municipaux qui avaient embrassé la cause de Robespierre et l'avaient traité en frère. Décrétée au milieu des applaudissements, cette mesure ne tarda pas à être étendue à Hanriot. Personne ne parlait des députés, comme si, au moment de frapper ces grandes victimes, on eût été arrêté par un reste de pudeur. Bientôt toutefois Voulland, s'enhardissant, fît observer que Robespierre et tous les autres s'étaient également soustraits au décret d'arrestation, et, à sa voix, l'Assemblée les mit aussi hors la loi (').
(1) Voy. le Moniteur du 42 thermidor (30 juillet 1794). Malgré le
Aussitôt des omissaires sont envoyés dans toutes les directions, dans les assemblées sectionnaires, sur la place de Grève, pour y proclamer le formidable décret dont on attendait le plus grand effet. En même temps Barras, Léonard Bourdon et leurs collègues courent se mettre à la tête delà force armée, qu*ils dirigent en deux colonBes^ Tune par les quais, Tautre par la rue Saint-Honoré, yen rilôtel de Ville. A grand^peine, ils avaient pu réunir un peu plus de deux mille hommes, mais leur troupe grossit en route, et, comme toujours, après la victoire, si victoire il y eut, elle devint innombrable. Il pouvait être en ce moment un peu plus de minuit.
Cependant le conseil général continuait de délibérer. Impossible de déployer plus d*énergie et de résolution que n*en montra le comité d*exécution. Décidé à défendre jusqu*à la mort les principes pour lesquels il était debout, il avait fait apporter des armes dans la salle de ses délibérations, voisine de celle où se tenait le conseil général(*)- De plus, il venait dMnviter de nouveau, à cette heure suprême, toutes les sections à faire sonner le tocsin, battre la générale, et à réunir leurs forces sur la place de la Maison-commune, afin de sauver la patrie (•). Mais cela
<k'cret du matin, par lequel avait été supprimé le grade de comman- «lant j:énéral de la garde nationale, la Convention avait mis à la tête <!<' rarmt'c parisienne un chef de légion nommé Esnard. Mais cet officiel" avait (''t('* arrêté à la Commune par ordre du maire et de l'agent national j^rès desquels il s'était rendu aussitôt pour leur donner communication de ses pouvoirs.
{}) « Commune de Paris. Le 9 thermidor..., le général Hanriot fera j»asser au comité d'exécution des fusils, des pistolets et des munitions I)our douze membres. Signé : Arthur, Legrand, Louvet, Grenard. Coffinhal. » (Pièce de la collection Beuchot.)
("^) « Il est ordonné aux sections, pour sauver la chose publique, de faire sonner le tocsin et de faire battre la générale dans toute la commune de Paris, et de réunir leurs forces dans la place de la Maisoncommune, où elles recevront les ordres du général Hanriot, qui vient «l'être remis en liberté, avec tous les députés patriotes, par le peuple souverain. Signé : Arthur, Legrand, Grenard, Desboisseau et Louvet. » (Pièce de la collection Beuchot.)
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l'était pas encore suffisant à ses yeux ; il lui paraissait écessaire, pour achever de produire un grand effet sur !B maases, d'avoir la sanction d'un grand nom populaire, u nom de Robespierre, qui équivalait à un drapeau et eprésentaitla Convention.
Parmi les commiasaîres faisant fonction de ministreB, eux seulement, Payan, frère a1né de l'agent national, Ommissaire de l'inslruclion publique, et Lerebours, com-
ssaire des secours publics, prirent parti pour Robesierre. Les autres, quoique tous dévoués pour la plupart ux idées de Maximilien, jugèrent prudent d'attendre le ÔBuItat des événements. Républicain enthousiaste, patriote :dent, Lerebours s'était rendu un des premiers à la ïmmune où, comme on l'a vu, il avait été nommé memre du comité d'exécution. Seul il échappa au massacre es membres de ce comité ('), C'est sur les indications Eritea, sous sa dictée, par son propre fils, que nous allons îtracer la scène qui va suivre ('), et pour la description
(') Parvenu à s'échapper dans le tumoile, Lerebours alla se réiugier ina an égout des Champs-ËIyeéES, prés du Pont-Royal, où il se tiat IChé pendant vingt-quatre heures, à cent pas de l'échafaud qui l'at- JBdait. Ayant pu, le lendemain, sortir de Paris, il se rendit d'abord a Suisse, puis en Allemagne, et rentra en France sous le Directoire, .est mari, il a'y a pas longtemps, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. •venu vieux, il essaya de décliner toute parBcipation active de sa ni & ta r^istance de la Commune. 11 disait, à qui voulait l'eiftendre,. que le 9 thermidor il s'était traawé par Imsard, sans savoir pourquoi, à l'Hûtel de Ville, où on bii avait fait signer un oi-dre à la section de» Piques. Et cet ordre est tout entier de sa njajn. (Voy. à ce sujet le JoiiTnat, pur M. Alp. Karr, numéro du 17 octobre 1848.) Mais ce raisonnement d'un vieillard craintif indignait à bon droit le propre fils de Lerebours. > Mon [H^rc u, a-t-il écrit dans une note que nous avons sous les yeui, « aurait dît se gtorilier d'avoir participé .i la r&istance de la Commune ».
{*} Pierre-Victor Leieboura, plus connu sous le nom de Pierre-Viclor, est mort il y a deux ans, Hdéle au culte que son père, dans sa jeu'-' nesse, avait professé pour Robespierre. Auteur de la tfiigédie des ScatidinoBes et de divers opuscules, il brill» un instant au Ihéitre où, dans les rôles tragiques, il se fil applaudir ;V cfilé de TaVimA- ' tenons de lui-même les notes d'après \e8<ïie\\fes û tau
de laquelle on s^est beaucoup trop fié jusqu'ici aux relations plus ou moins mensongères de Tassassin Merdaou du mouchard Dulac, grand ami de Tallien {*).
Lerebours rédigea et!écrivit de sa main Fappel suivant à la section des Piques, celle de Robespierre : « Gommuxi DE Paris. Comité cT exécution. Coura.ge, patriotes de la section des Piques, la liberté triomphe ! Déjà ceux que leur fermeté a rendus formidables aux traîtres sont en liberté; partout le peuple se montre digne de son caractère. Le point de réunion est à la Commune...; le brave Hanriot exécutera les ordres du comité d'exécution, qui est créé pour sauver la patrie. » Puis, il signa ; avec lui signèrent: Legrand, Louvct et Payan.
Il s*agissait de faire signer Robespierre, assis au centre de la salle, à la table du conseil, entre le maire Fleurîot- Lescot et l'agent national Payan. Longtemps Saint-Just, son frère et les membres du comité d*exécution le supplièrent d'apposer sa signature au bas de cet appel éne^ gique; mais en vain. Au nom de qui? disait Maximilien. « Au nom de la Convention, répondit Saint- Just; elle est partout où nous sommes ». Il semblait à Maximilien qu'en sanctionnant de sa signature cette sorte d'appel à Tinsurrection contre la Convention, il allait jouer le rôle de Gromwell, qu'il avait si souvent flétri depuis le commencement de la Révolution, et il persista dans son refus. Couthon, tardivement arrivé (•), parla d'adresser
de tracer un tableau exact de la scène sanglante qui mit fin à la résistance de la Commune.
(«) C'est ce qu'assure M. Michelet, t. VII, p. 480. Voy. le récit de Dulac, à la suite du rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, n» XXXIV, p. 107. Ce Dulac a tout vu, tout conduit, tout dirigé. Il a joué, à proprement parler, le rôle de la mouche du Coche. Somme toute, son rapport, adressé à Courtois un an après les événements, n'est qu'un placet déguisé, une forme nouvelle de mendicité.
(2) Couthon ne sortit que vers une heure du matin de la prison de Port-Libre, autrement dit la Bourbe, où il avait été transféré. (Déclaration de Petit, concierge de la prison de Port-Libre, pièce XXXV, à