ROBESPIERRE A LA CONCIERGERIE
giensiqui avaient pansé Maximilien de l'accompagner à la prison, et de ne le quitter qu'après l'avoir remis entre les mains des officiers de santé de service à la Conciergerie ; ce qui fut ponctuellement exécuté {*)• 11 était environ dix heures et demie quand s'ouvrirent devant le grand proscrit les portes de la maison de justice du Palais (^).
Nous avons dit comment Charlotte Robespierre s'était alors présentée à la Conciergerie, demandant à voir, ses frères; comment, après s'être nommée, avoir prié, s'être traînée à genoux devant les gardiens, elle avait été repoussée durement, et s'était évanouie sur le pavé. Quelques personnes, saisies de commisération, la relevèrent et l'emmenèrent, comme on a vu plus haut, et quand elle recouvra ses sens, elle était en prison (^). Les Thermidoriens avaient hâte de faire main basse sur quiconque était soupçonné d'attachement à la personne de leur victime.
A l'heure où Robespierre était conduit à la Conciergerie, la séance conventionnelle s'était rouverte, après une suspension de trois heures. On vit alors se produire à la barre de l'Assemblée toutes les lâchetés dont la bassesse humaine est capable. Ce fut à qui viendrait au plus vite se coucher à plat ventre devant les vainqueurs et faire œuvre de courtisan en jetant de la boue aux vaincus.
Voici d'abord le directoire du département de Paris
B. Barère, Billaud-Varenne, p. 260 » (Pièce de la collection Beuchot.) (*) Rapport des officiers de santé, ubi suprà, — M. Michelet s'est donc trompé quand il a écrit, sur nous ne savons quel renseignement que les comités « firent faire à Robespierre l'inutile et dure promenade d'aller à l'Hôtel-Dieu ». (Histoire de la Révolution^ t. VII, p. 517). (2) a Reçu à la Conciergerie le nonié Robespierre aîné, Couthon, Goubeau, amené prisonnié par le citoyen Bucquet, juge de paix de la section de la Cité, le 10 thermidor de l'an II« de la République une et indivisible. V. Richard fils. » (Pièce de la collection Beuchot.) (3j Mémoires de Charlotte Robespierre, p. 145.
qui, la veille, avait commencé par 8*aboucber avec la Commune, qu*il s^était empressé d'abandonner dès que les cliances avaient paru tourner du côté des conjurés de la Convention ('). Il accourait féliciter TAssemblée d'avoir sauvé la patrie. Quelle dérision !
Ensuite se présenta le tribunal révolutionnaire, si attaché à Maximilien, au dire de tant d'écrivains superficiels. Un de ses membres, dont le nom n*a pas été conservé, prodigua toutes sortes d'adulations à la Convention, laquelle, dit-il, s'était couverte de gloire. Tout dévoué à la Représentation nationale, le tribunal venait prendre ses ordres pour le prompt jugement des conspirateurs. Une difficulté cependant entravait sa marche, et, par la bouche de Fouquier-Tinville, il pria rAssemblée de la lever au plus vite. Afin d'exécuter les décrets de mort, il n'y avait plus qu'à les sanctionner judiciairement; mais pour cela la loi exigeait que l'identité des personnes fût constatée par deux officiers municipaux de la commune des prévenus ; or tous les officiers municipaux se trouvaient eux-mêmes mis hors la loi; comment faire? Ce scrupule de juriste sembla irriter les cannibales altérés du sang de Maximilien. a II faut, dit Thuriot, que l'échafaud soit dressé sur-Je-champ, que le sol de la République soit purgé d'un monstre qui « était en mesure de se faire proclamer comme roi, » Sur la proposition d'Elie Lacoste, rAssemblée dispensa le tribunal de l'assistance des deux officiers municipaux, et elle décida que l'échafaud
(2) Vers sept heures le directoire s'adressa en ces termes à la Commune: Los administrateurs du département au conseil général delà commune. Citoyens, nous désirons connaître les mesures que la Commune a prisas pour la tranquillité publique, nous vous prions de nous en informer. » Trois heures jilus tard, il écrivait au président de la Convention : « Citoyen, le département, empressé de faire exécuter les décrets de la Convention nationale, me charge de vous inviter à lui envoyer sur-le-champ une expédition. » (Pièce de la collection Beuchot.)