‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 110 sur 123 · LONGUE AGONIE DE BOBESPIERRE · texte numérisé non relu

LONGUE AGONIE DE BOBESPIERRE

se soulever avec effort pour dénouer sa jarretière, s'empressa de lui prêter aide. « Je vous remercie, monsieur», lui dit Robespierre d'une voix douce (*.) Mais ces témoignages d'intérêt et d'humanité étaient à l'état d'exception.

Saint-Just et Dumas se trouvaient là. Quand on les avait amenés, quelques-uns des conjurés, s'adressant aux personnes qui entouraient Robespierre, s'étaient écriés ironiquement : « Retirez-vous donc, qu'ils voient leur roi dormir sur une table comme un homme » (*). A la vue de son ami étendu à demi mort, Saint-Just ne put contenir son émotion; le gonflement de ses yeux rougis révéla l'amertume de son chagrin (^). Impassible devant l'outrage, il se contenta d'opposer aux insulteurs le mépris et le dédain. On l'entendit seulement murmurer, en contemplant le tableau des Droits de l'homme, suspendu à la muraille : « C'est pourtant moi qui ai fait cela (*) ! » Ses amis et lui tombaient par la plus révoltante violation de ces Droits, désormais anéantis, hélas I

Vers cinq heures du matin, les Thermidoriens, craignant que leur victime n'eût pas la force de supporter le trajet de Téchafaud, firent panser sa blessure par deux chirurgiens. Elie Lacoste leur dit : « Pansez bien Robespierre, pour le mettre en état d'être puni » (^). Pendant ce pansement, qui fut long et douloureux, Maximilien ne

(1) Nous empruntons ce trait à M. Michelet, à qui il fut raconté par le général Petiet, lequel le tenait de l'employé remercia par Robespierre. {Histoire de la Révolution, t. VII, p. 514.)

(2) Faits recueillis aux derniers instants de Robespierre et de sa faction.

(3) Ihid.

(^) Notes relatives à Maximilien Robespierre^ uhi suprà. (^) Faits recudUis aux derniers instants de Robespierre et de sa faction.

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dît pas un mot, ne proféra pas une plainte. Gependanf quelques' misérables continuaient de Toutrager. Quand on lui noua au-dessus du front le bandeau destiné à assujettir sa mâchoire brisée, une voix s'écria? « Voilà qu'on met le diadème à Sa Majesté ». Et une autre : « Le yoil coiffé comme une religieuse {*), » II i*egarda seulement les opérateurs et les personnes présentes avec une fermeté de regard qui indiquait la tranquillité de sa conscience et le mettait fort au-dessus des lÀches dont il avait à subir les insultes ('). On ne put surprendre chez lui un moment de défaillance. Ses meurtriers eux-mêmes, tout en le calomniant, ont été obligés d'attester son courage et sa résignation (').

Le pansement terminé, on le recoucha sur la table, en ayant soin de remettre sous sa tète la boîte de sapin qui lui avait servi d'oreiller, « en attendant, dit un des plaisants de la bande, qu'il aille faire un tour à la petite fenêtre (*) ». Le comité de Salut public ne tarda pas à l'envoyer à la Conciergerie avec Couthon et Tofficier municipal Gobeau, que le juge de paix Bucquet venait de ramener de l'Hôtel-Dieu. Ce magistrat fut chargé de faire toutes les réquisitions nécessaires pour que les proscrits fussent conduits sous bonne et sûre garde, tant on redoutait encore une intervention du peuple en faveur des vaincus ("). Le comité chargea, de plus, les chirur-

(1) Faits recueillis aux de)^iers instants de Robespierre.

(2) Rapport des officiers de santé Vergez et Martigues (pièce XXXVI, à la suite du rapport de Courtois), et Notes relatives à Maximilien, ubi suprà.

(3) Notes relatives à M. Robespierre.

{*) Faits recueillis aux derniers instants de Robespierre et de sa faction.

(S) « Le comité de Salut public arrête que sur-le-champ Robespierre, Couthon et Goubault seront transférés à la Conciergerie, sous bonne et sûre garde. Le citoyen J.-A. Bucquet, juge de paix de la section de la Cité, est chargé de Texécution du présent arrêté, et de faire toutes les réquisitions nécessaires à ce sujet. Le 10 thermidor»

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