‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 113 sur 123 · EXÉCUTION DE ROBESPIERRE ET DE SES AMIS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE ROBESPIERRE ET DE SES AMIS

atroce est exact (*), il était sans portée, car à cette heure la maison de Duplay se trouvait veuve de tous ceux qui l'avaient habitée : père, mère, enfants, tout le monde avait été plongé déjà dans les cachots de la terreur thermidorienne ('). Enfermée à Sainte-Pélagie, avec des femmes de mauvaise vie, la malheureuse M™* Duplay y fut en butte aux plus odieux traitements, et elle mourut tout à coup le surlendemain, étranglée, dit-on, par ces mégères. Son crime était d'avoir servi de mère au plus jpur et au plus vertueux citoyen de son temps.

On raconte encore — est-ce vrai ? — que lorsque le convoi des martyrs fut arrivé au milieu de la rue ci-devant Royale, une femme jeune encore et vêtue avec une certaine élégance s'accrocha aux barreaux de la charrette, et vomit force imprécations contre Maximilien. J'incline à croire que c'est là de la légende thermidorienne. Robespierre se contenta de lever les épaules, avoue l'écrivain éhonté à qui nous empruntons ce détail (^). A ces vociférations de la haine le mépris et le dédain étaient la seule réponse possible. Qu'importait d'ailleurs à Maximilien ces lâches et stupides anathèmes ? il savait bien que le vrai peuplen'était pas mêlé à cette écume bouillonnante soulevée autour des charrettes fatales. Le vrai peuple se tenait à l'écart, consterné. Parmi les patriotes sincères beaucoup s'étaient laissé abuser par les mensonges des Barras et des Vadier, au sujet des emblèmes royaux trouvés, disait-on, en la possession de Robespierre, — qui ne sait avec

(*) Ce fait est affirmé par Nougaret et par les auteurs de YHistoire de la Révolution par deux amis de la liberté, double autorité également contestable. On aurait peine à croire à une aussi horrible chose si l'on ne savait que les hommes de Thermidor étaient capables de tout.

(2) Lettre de M"^ Le Bas au directeur de la Revue de Paris ^ année 1814.

(3) Desessarts, auteur d'un pamphlet cynique intitulé : La Vie, les Crimes et le Supplice de Robespierre et de ses principaux complices, p. 156 de la 1« édition.

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quelle facilité les fables les plus absurdes sont, en certaines circonstances, accueillies par la Coule ? — beaucoup aussi gémissaient de leur impuissance à sauver ce grand citoyen. Mais toute la force armée, si disposée la veille à se rallier <à la cause de Robespierre, avait passé du c6U des Thermidoriens ; une masse imposante de troupes avait été déployée, et il eût été difficile d'arracher aux assassins leur proie.

Parvenus au lieu de Texécution, les condamnés ne démentirent pas le stoïcisme dont ils avaient fait preuve jusque-là ; ils moururent tous sans forfanterie et sans faiblesse, bravement, en gens qui défiaient Favenir et embrassaient la mort avec la sérénité d'une conscience pure et la conviction d'avoir jusqu'au bout rempli leur devoir envers la patrie, la justice et l'humanité.

Par un raffinement cruel, on avait réservé Robespierre pour le dernier. N'était-ce pas le tuer deux fois que d'achever sous ses yeux son frère Augustin, ce pur et héroïque jeune homme, qu'on attacha tout mutilé sur la planche. Un jour de plus, il mourait de ses blessures, les bétes féroces de Thermidor n'eurent pas la patience d'attendre. Maximilien monta d'un pas ferme les degrés de Téchafaud. Quand il apparut, sanglant et livide, sur la plate-forme où se dressait la guillotine, un murmure sourd courut dans la foule. Soit barbarie, soit maladresse, l'exécuteur s'y prit si brusquement en enlevant l'appareil qui couvrait la blessure de la victime qu'il lui arracha, dit-on un cri déchirant. Un instant après, la tête de Robespierre tombait (*). Fervent royaliste, le bourreau dut

(^) « Ce grand homme n'était plus », a écrit M. Michelet, t, VII. p. 520. Et un peu plus loin : « Nous n'avons pas à raconter raveu^^le réaction rjui emporta l'Assemblée... L'horreur et le ridicule y luttent à force égale. La sottise des Lecointre, l'inepte fureur des Fréron la perfidie mercenaire des Tallien, encourageant les plus lâches, une exécrable comédie commença, d'assassinats lucratifs au nom deVhu-

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