CONCLUSIONS
poursuivies; on n'épargna ni femmes ni enfants (•). M"*® de Chalabre végéta longtemps en prison. Quel était son crime? Elle avait été Tamie de Robespierre.
Et par qui tant de braves gens, tant d'excellents citoyens avaient-ils été immolés ou se trouvaient-ils persécutés? Par 1q6 plus odieux et les plus méprisables des hommes, parles Fouché, les Tallien, les Fréron, lés Rovère, les Courtois mêlés, par une étrange promiscuité, à une partie de ctux qu'on est convenu d'appeler — singulière dérision •— les modérés. .Étonnez-vous donc que dans les pri- 8onf et les départements on ait frémi à la nouvelle de la chute de Robespierre I La réaction seule dut s'ébattre de joio ; Sa cause était gagnée.
Bonaparte, très fervent républicain alors, et dont la sûreté de coup d'oeil, la haute intelligence et la perspicacité ne sauraient être révoquées en doute, regarda le révolution du 9 thermidor comme un malheur pour la France (^).
Les flatteurs ne manquèrent pas aux vainqueurs. Comme toujours, les adressesd'adhésion affluèrent de toutes parts; prose et vers célébrèrent à Tenvi le guet-apens victorieux. Ceux-là même qui n'eussent pas mieux demandé que d'élever un trône à Maximilien furent les premiers à cracher sur sa mémoire. Comment, sans courir risque de réchafdud, aurait-on pu protester? Il est du reste à remar-
i}) Voy. Liste des noms et domiciles des individus convaincus ou prévenus d'avoir pris part à la conjuration de l'infâme Robespierre, signée Guffroy, Espers, Courtois et Calés, ln-8.
(2) Voy., à ce sujet, les Mémoires du duc de Raguse, « Il m'a dit à moi-même ces propres paroles », ajoute Marmont.: « Si Robespierre fût resté au pouvoir, il aurait modifié sa marche ; il eût rétabli l'ordre et le règne des lois. On serait arrivé à ce résultat sans secousses, parce qu'on y serait venu par le pouvoir ; on y prétend marcher par une révolution, et cette révolution en amènera beaucoup d'autres. « La prédiction s'est vérifiée : les massacres du Midi, exécutés immé- / diatement au chant du Réveil du Peuple^ l'hymne de cette époque, étaient aussi odieux, aussi atroces, aussi afifrenx que tout ce qui les avait devancés. » (P. 56.) .
quer que la plupart des adresses de félicitations parlent de Robespierre comme ayant voulu attenter au gouvernement de la Terreur et se faire proclamer roi, suivant Texpression de Thuriot (*). Mais au milieu de ce concert d'enthousiasme emprunté, de ces plates adulations murmurées aux oreilles de quelques assassins, retentit une protestation indignée que l'histoire ne doit pas oublier de mentionner.
Ce fut une protestation toute populaire ; elle se produisît d'une manière naïve et touchante par la voix d'une pauvre femme de la campagne. Nous avons rapporté ailleurs l'exclamation de cette jeune fermière qui, à la nouvelle de la mort de Robespierre, laissa tomber à terre, de surprise et de douleur, un jeune enfant qu'elle avait dans les bras, et s'écria tout éplorée, en levant les yeux et les mains vers le ciel : « qu'os nés finit pol bounheur del paouré pople. On a tuât o quel que Taimabo tant. — Oh ! c'en est fini pour le bonheur du pauvre peuple, on a tué celui qui l'aimait tant (^) ! »
Ce jour-là, on peut le dire, une simple fermière fut la conscience du pays. Comme elle comprit bien la signification des événements qui venaient de se passer! Ah! oui, c'en est fait, et pour longtemps, du bonheur du pauvre peuple, car il n'est plus celui qui lui avait donné toute sa jeunesse, tout son génie et tout son cœur. Elle est pour jamais éteinte la grande voix qui si longtemps, dans la balance des destinées de la démocratie, pesa plus que les armées de la coalition et que les intrigues de la réaction. Les intérêts du peuple? On aura désormais bien d'autres soucis en tête ! Assez de privations et de sacrifices ! Allons
(*( Voyez, pour les adresses d'adhésion et de félicitations, les procèsverbaux de thermidor et de fructidor an II.
(2) Voy. notre Histoire de Saint- Just. p. 647 de la l»"® édition. Ce fait a été rapporté par un témoin oculaire, l'illustre Laromiguière, à M. Philippe Le Bas, de qui nous le tenons nous-mêmes.