ENFANCE ET JEUNESSE DE ROBESPIERRE
Après s*étre fait recevoir avocat au parlement, il retourna dans sa ville natale, où une cause célèbre ne tarda pas à le mettre en pleine lumière. Il s'agissait d*un paratonnerre que M. de Bois-Valé avait fait élever sur sa maison et dont les échevins de Saint-Omer avaient ordonné la destruction comme menaçant pour la sûreté publique. Robespierre, dans une fort belle plaidoirie, n'eut pas de peine à démontrer le ridicule d'une sentence « digne des juges grossiers du quinzième siècle », et il gagna son procès sur tous les points.
Nommé juge au tribunal criminel d'Arras par M. de Gonzié, il donna bientôt sa démission, de chagrin d'avoir été obligé de prononcer une condamnation à mort, et il se consacra entièrement au barreau et aux lettres.
Ces dernières étaient son délassement favori. 11 entra dans une société littéraire, connue sous le nom de Société des Rosati, dont faisait partie Garnot, alors en garnison à Arras, et avec lequel il noua des relations d'amitié, comme le prouve cette strophe d'une pièce de vers qu'il composa pour une des réunions de la société :
Amis, de ce discours usé,
Concluons qu'il faut boire;
Avec le bon ami ïluzé
Qui n'aimerait à boire ?
A l'ami Carnot,
A l'aimable Cot,
A l'instant, je veux boire...
Peu de temps avant la Révolution, il était président de l'académie d' Arras. En 1784, la Société royale des arts et des sciences de Metz couronna un discours de lui sur les peines infamantes] et l'opprobre qui en rejaillissait sur les familles des condamnés. L'année suivante, il écrivit un éloge de Gresset, où se trouvent quelques pages qui semblent le programme du romantisme, et que Ton croirait détachées de la célèbre préface de Gromwell, s'il
n*était pas antérieur de plus de trente ans au manifeste de Victor Hugo.
Cependant, on entendait retentir comme le bruit avantcoureur de la Révolution. A la nouvelle de la convocation des États-généraux, Robespierre publia une adresse au peuple artésien, qui n*était autre chose qu'un acte d'accusation en bonne forme contre Tancienne société française. Aussi, sa candidature fût-elle vivement combattue par les privilégiés qui, dans le camp du tiers-état, disposaient de beaucoup d'électeurs. Il n'en fut pas moins élu député aux États-généraux le 26 avril 1789, et, presque tout de suite, il partit pour Paris où l'attendait une carrière si glorieuse et si tragique.
Ses débuts à l'Assemblée constituante furent modestes ; mais il allait bientôt s'y faire une situation prépondérante. Assis à l'extrême gauche de l'Assemblée, il était de ceux qui voulaient imprimer à la Révolution un caractère entièrement démocratique, et il s'associa à toutes les mesures par lesquelles le tiers-état signala son avènement. Toutes les libertés eurent en lui le plus intrépide défenseur. Répondant à ceux qui s'efforçaient d'opposer des restrictions à l'expansion de la pensée, il disait : « La liberté de la presse est une partie inséparable de celle de communiquer ses pensées; vous ne devez donc pas balancer à la déclarer franchement. » Lorsque l'Assemblée discuta une motion de Target, tendant à faire proclamer que le gouvernement était monarchique, il demanda que chacun pût discuter librement la nature du gouvernement qu'il convenait de donner à la France.
Accueilli par les cris : A Vordrel à tordre! il n'en insista pas moins, vainement d'ailleurs, pour la prise en considération de sa motion. Ses tendances démocratiques