PROTESTATION DE BOURDON (D£ L'OISE
Mais ils ne se demandèrent pas si dans ce décret de prairial certaines règles de la justice éternelle n'étaient point violées; ils ne se demandèrent pas si Ton avait laissé intactes toutes les garanties dont doit être entouré Faccusé ; non, ils songèrent à eux, uniquement à eux. De rhumanité, ils avaient bien souci I
Dès le lendemain, profitant de Tabsence du comité de Salut public, — VouUand occupait le fauteuil — ils jetèrent les hauts cris presque au début de la séance conventionnelle. En vain Robespierre avait-il affirmé que le comité n*avait jamais entendu rien innover en ce qui concernait les représentants du peuple (^), il leur fallait un décret pour être rassurés. Bourdon (de TOise) manifesta hautement ses craintes et demanda que les représentants du peuple arrêtés ne pussent être traduits au tribunal révolutionnaire sans un décret préalable d'accusation rendu contre eux par TAssemblée. Aussitôt, le député Delbrel protesta contre les appréhensions chimériques de Bourdon, auquel il dénia le droit de se défier des intentions des comités (^). Bourdon insista et trouva un appui dans un autre ennemi de Maximilien, dans Bernard (de Saintes), celui dont Augustin Robespierre avait dénoncé les excès dans le Doubs, après y avoir porté remède par tous les moyens en son pouvoir. On était sur le point d'aller aux voix sur la proposition de Bourdon, quand le jurisconsulte Merlin (de Douai) réclama fortement la question préalable en se fondant sur ce que le droit de TAssemblée de décréter elle-même ses membres d'accusation et de les faire mettre en jugement était un droit inaliénable. L'Assemblée se rendit à cette observation,
(*) Discours du 8 thermidor, p. 10 et 12.
(3) Député du Lot à la Convention, Delbrel fut un des membres du conseil des Cinq-Cents qui résistèrent avec le plus d'énergie au coup d'État de Bonaparte, et on l'entendit s'écrier au 19 brumaire que les baïonnettes ne l'efifray aient pas. Voy. le Moniteur du 20 brumaire an VIII (10 novembre) .
42 THCRMIDUR ■
el, adoptant le considérant rédigé par Merlin, àéS qu'il n'y availlieu à délibérer (').
La proposition de Hourdon parut au comité une grave injure. A la séance du 2i prairial [12 juin 1704), au moment où Duhem, après Charlier, venait de prendre la défense du décret, de comparer le tribunal révolutionnaire à BrulLis, assis sur sa chaise curule, condamnant ses flla conspirateurs, el de le montrer couvrant de son égide tous les amis de la liberté, Gouthon monta à la tribune. Dans un discours dont la sincérité n'est pas douteuse, et où il laissa en quelque sorte son cœur se fondre devant la Convention, il repoussa comme la plus atroce des calomnies lancées contre le comité de Salut public les inductions tirées du décret par Bourdon (de l'Oise) et Bernard (de Saintes), et il demanda le rapport du considérant voté la veille comme un me:-o termine.
Les applaudissements prodigués par l'Assemblée à. l'inflexible mercuriale-de Couthon donnèrent à réQéchir à Bourdon (de l'Oise). Il vint, poussé par la peur, balbutier de plates excuses, protester de son estime pour le comité de Salut public et son rapporteur, pour l'inébranlable Montagne qui avait sauvé la liberté. Robespierre ne fut dupe ni de cette fausse bonhomie ni de cette reculade. N'était-ce pas ce même Bourdon qui, depuissi longtemps, harcelait le gouvernement et cherchait à le ptrdre dans l'esprit de la Convention? Robespierre ne lui ménagea " pas la vérité brutale. Déjà, d'ailleurs, le comité était instruit des manœuvres ténébreuses de certains députés, sur qui il avait l'œil. Après avoir repoussé dédaigneusement les rétratactions de Bourdon, Maximilien lui reprocha de chercher à jeter la division entre le comité et la Montagne. « La Convention, la Montagne, le comité», dit-il, «c'est la même chose.» Et l'Assemblée d'applaudir à