‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 26 sur 123 · CONJURATION CONTRE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

CONJURATION CONTRE ROBESPIERRE

avaient imaginé le triumvirat Danton, Marat et Robespierre; les Thermidoriens inventèrent le triumvirat de Robespierre, Goulhon et Saint-Just.

Le lendemain même du 22 prairial, les conjurés se mirent en devoir de réaliser, suivant l'expression de Maximilien, «des terreurs ridicules répandues par la calomnie (^), » et ils firent circuler une première liste de dix-huit représentants qui devaient être arrêtés par les ordres des comités. Dès le 26 prairial (14 juin 1794), Couthon dénonçait cette manœuvre aux Jacobins, en engageant ses collègues de la Convention à se défier de ces insinuations atroces, et en portant à six au plus le nombre des scélérats et des traîtres à démasquer ('). Cinq ou six peut-être, tel était en effet le nombre exact des membres dont Maximilien aurait voulu voir les crimes punis par l'Assemblée (^). Est-ce qu'après Thermidor

ont été entraînés dans une conduite contraire par faiblesse cherchent l'occasion de s*en relever s'il est 'possible. Dans ce qu'on appelle la Montagne, plusieurs sont en opposition. Tout ce qui a eu des relations avec Danton, Bazire et les autres députés sacrifiés prévoient qu'ils seront ses victimes; il est donc< évident que la majorité contre lui peut se composer; il suffirait de concerter fortement les hommes qui conduisent ces différentes sections... qu'ils fussent prêts à parler, à dénoncer le comité, qu'ils rassemblassent dans leur pensée des chefs d'accusation graves soit contre lui, soit contre ses principaux membres ; profitant alors de l'occasion de quelques revers importants, ils se montreraient avec énergie, accableraient le comité de la responsabilité, l'accuseraient d'avoir exercé la plus malheureuse, la plus cruelle dictature, d'être l'auteur de tous les maux de la France. La conclusion naturelle serait le renouvellement à l'instant des comitt^ de Salut public cl de Sûreté générale, dont le remplacement serait préparé d'avance. Aussitôt nommés, les membres des nouveaux comités feraient arrêter les membres des anciens et leurs adhérents principaux. On conçoit, après ce .sucxîès, la facilité de détruire le tribunal révolutionnaire, les comit(>s de sections ; en un mot, de marcher à un dénoùment utile.» T. II, p.^.

Ces lignes sont précédées de cette réflexion si juste de Mallet-Dupan : « Les moyens qu'ils se proposaient d'employer étaient précisément i'eux qui amenèrent en effet la perte de Robespierre. »

(*) Discours du 8 thermidor.

(*) Séance des Jacobins du 26 prairial. (Voy. le Moniteur du l'*'" messidor [9 juin 1794].)

(^) Consultez à cet égard le discours de Saint-Just au 9 thermidor.

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la Convenlion hésitera à en frapper davantage? Mais la peur est affreusement crédule ; le chiffre alla grossissant de jour eo jour, et il arriva un moment oii trente députés n'osaient plus coucher chez euz('). " Est-il vrai", s'écriait Robespierre, à la séance du 8 thermidor, « que l'on ait colporté des listes odieuses où l'on désignait pour victimesun certain nombre de membres de la Convention, et qu'on prétendait être l'ouvrage du comité de Salut public et ensuite le mien ? Est-il vrai qu'on ait osé supposer des séiincesdu comité, do6 arrêlés rigoureux qui n'ont jamais fxistè, des arresiatioru non moins chimériques? Est-il vrai qu'on ait cherché à persuader ] à un certain nombre de représentants irréprochables que J teur perte était résolue ; à tous ceux qui, par quelque errair 1 avaient payé un tribut inévitable à la fatalité des circMift- f tances et h la faiblesse humaine, qu'ils étaient voués ausor|J des conjurés? Est-il vrai que l'imposture ait été répandu^ avec tant d'art et tant d'audace qu'un grand nombre e membres n'osaient plus habiter la nuit leur domicile? Oïd les faits sont constants, et les preuves de ces mani sont au comiLc de Salut public ("). » De ces paroles de Gouthon et de Robespierre, dites à plus de sis semaines d'intervalle, il résulte deux choses irréfutables : d'abord, que les conjurés, en premier lieu, en voulaient au comité de Salut public tout entier ; ensuite, que ces prétendues listes de proscrits, dont lesennemis de Robespierre seprévalent encore aujourd'hui avec une insigne mauvaise foi, n'ont jamais eifisté. De quel poids peu venL-étre, en présence de dénégations si formelles, les assertions de. quelques misérables? La vérité est que des listes couraient, dressées non point par les partisans de Robespierre, mais par ses plus acharnés ennemis. En mettant sur ces listes les noms des Voulknd, des Vadier, des Panis, on entraîna sans peine le comité de Sûreté générale, dont les membres, à l'exception de deux ou

i') C'est Ir> cfiiffre donin' par Lecoiiilrc ; on l';\ •'■IcviS jusqu'il soixanlr'. '(*) Diflcours du 8 Ihermidor, p. 8.

PRÉTENDUES LISTES DE l*KOSCRITS 7*1

trois, étaient depuis longtemps fort mal disposés envers Roi)espierre ; mais on n'eut pas si facilement raison du •comité de Salut public, qui continua de surveiller les conjurés pendant tout le courant de messidor, comme nous en avons Ja preuve par les rapports de police, où nous trouvons le compte rendu des allées et venues des Bourdon (de l'Oise), Tallien et autres. Le prétendu espionnage organisé par Robespierre est, nous le démootrerons bientôt, une fable odieuse et ridicule inventée par les Thermidoriens. Malgré les divisions nées dans les derniers jours de prairial entre Maximilien et ses collègues du comité, ceux-ci hésitèrent longtemps, jusqu'à la fin de messidor, à l'abandonner ; un secret pressentiment semblait les avertir qu'en le livrant à ses ennemis, ils livraient la République elle-même. Ils ne consentirent à le sacrifier que lorsqu'ils le virent décidé à mettre fin à la Terreur exercée comme elle l'était et à en poursuivre les criminels agents.

A Fouché revient l'honneur infâme d'avoir triomphé de leurs hésitations. A la séance du 9 thermidor, Collot-d'Herbois prétendit qu'il était resté deux mois sans voir Fouché('). Mais c'était là une allégation mensongère, s'il faut s'en rapporter à la déclaration de Fouché lui-même, qui ici n'avait aucun intérêt à déguiser la vérité : « J'allai droit à ceux qui partageaient le gouvernement de la Terreur avec Robespierre, et que je savais être envieux et craintifs de son immense popularité. Je révélai à Collot-d'Herbois, à Carnot, à Billaud de Varenne les desseins du moderne Appius » . Les démarches du futur duc d'O trante réussirent au delà de ses espérances, car le 30 messidor, il pouvait écrire à son beau-frère, à Nantes : « Soyez tranquille sur l'effet des calomniesa troces lancées contre moi; je n'ai rien à dire contre les autheurs^ ils m'ont fermé la bouche. Mais le gouvernement prononcera entre eux et moi. Comptez sur la vertu de sa justice (^). »

(*) Moniteur du 12 thermidor (30 juillet 1794).

(*) Lettre saisie à Nantes par le représentant Bô, et envoyée au

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Que le futur duc d'Otrante ail trouvé dans Billaud- Tarenne et dans Carnot des envieux de l'immense popularité de Robespierre, cela est possible ; mais dans Gollotd'Herbois il rencontrait un complice, c'était mieux. En entendant Maximilien demander compte à Fouché de l'effusion de sang répandu par le crime CoUot se crut menacé lui-même, et il conclut un pacte avec son complice de Lyon ; il y avait entre eux la solidarité du sang versé.

•omité de Salut public, auquel elle ne parvint qu'au lendemain de Thermidor. L'original est aux Archives.

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