CONJURATION CONTRE ROBESPIERRE
considérer Fouquier comme mie créature de Robespierre..
Quant àLegendre... qui ne connaît le fameux boucher? Il y a de lui un fait atroce. Dans la journée du 25 prairial, il reçut de Roch Marcandier, vil folliculaire dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, une lettre par laquelle cet individu, réduit à se cacher depuis un an, implorait sa commisération. Le jour môme, Legendre faisait sa déclaration au comité de Sûreté générale et promettait de prendre toutes les mesures nécessaires pour lui livrer Marcandier (*). A quelque- temps de là cet homme était guillotiné. Il semble que Legendre ait voulu se venger de sa lâcheté sur la mémoire de Maximilien. C'était lui pourtant qui avait tracé ces lignes : « Une reconnaissance immortelle s'épanche vers Robes- {Merre toutes les fois qu'on pense à un homme de bien» (').
Que dire de Fréron, ce démolisseur stupide qui voulut raser THôtel de ville de Paris, ce maître expert en calomnies, ce chef de la jeunesse dorée ? Son nom seul n'est-il pas une injure (^) ? A ce groupe impur, joignez les noms maudits de Courtois, dénoncé à diverses reprises au comité de Salut public comme dilapidateur des fonds de l'État, de Barras, ce gentilhomme déclassé qu'on eût cru payé pour venger sur les plus purs défenseurs de la Révolution les humiliations de sa caste; d'André Dumont, qui s'entendait si bien à mettre Beauvais au bouillon maigre et à prendre dans son large filet tout son gibier de guillotine, c'est-à-dire les nobles et les animaux noirs appelés prêtres (^), de Carrier, de ces hommes enfin dont Robespierre voulait punir
(1) Voyez, dans les Papiers inédits, la lettre de Marcandier à Legendre eA la déclaration de celui-ci au comité de Sûreté générale, t. I, p, 179 et 183.
(*) Papiers inédits, t. I, p. 180.
(^ Aussi violent contre les patriotes après Thermidor qu'il Favait été jadis contre les ennemis de la Révolution, Fréron faillit épouser une sœur de Bonaparte, par lequel il fut, sous le Consulat, nommé sou&pvéfBt à Saint-Domingue, où il mourut peu de temps après son arrivée.
{*) Voy. notamment le Moniteur des 5 brumaire (26. octobre) el 32 fHmaire (13 décembre 1793) .
les crimes, réprimer les excès, et vous aurez la liste à peu près complète des auteurs de la conjuration thermidorienne.
Paire le vide autour de Robespierre en l'isolant à la fois, par les plus infâmes calomnies, et des gens de la droite et des membres les plus avancés de la Montagne, lui imputer toutes les rigueurs de la Révolution, attirer dans la conjuration le plus grand nombre de députés possible en répandant de prétendues listes de représentants voués par lui au tribunal révolutionnaire, tel fut le plan adopté par les conjurés, plan digne du génie infernal de Fouchél Ce n'est pas tout. Les Girondins avaient autrefois, à grand renfort de calomnies, dressé contre Maximilien une monstrueuse accusation de dictature. On n'a pas oublié les diffamations mensongères tombées de la bouche de leurs orateurs et propagées par leurs journaux ; les Thermidoriens n'eurent pas à se mettre en frais d'imagination, ils reprirent tout simplement la thèse girondine ; seulement, au lieu d'attaquer leur adversaire de front, ils le frappèrent traîtreusement par derrière, ils le combattirent sourdement, lâchement, bstôsement. Ils rencontrèrent de très utiles auxiliaires dans les feuilles étrangères, leurs complices peut-être, où Ton s'ingéniait aussi pour tout rapporter à Maximilien. Les agents de Robespierre, les soldats de Robespierre, etc. {*). On eût pu croire à une entente merveilleuse. Les Girondins
(*) Le plan adopté par les Thermidoriens contre le comité de Salut public d'abord, ])uis contre Robespierre seul, peut être considéré comme étant d'invention royaliste; jugez-en plutôt. Voici ce qu'on lit dans les Mémoires de Mallet-Dupan : « 11 faudrait, en donnant le plus Av. consistance possible et d'étendue à la haine qu'inspire le comité dt» Salut public dans Paris, s'occuper surtout à organiser sa perte dans l'Assemblée, après avoir démontré aux membres qui la composent la facilité du succès et même l'absence de tout danger pour eux... Il existe dans la Convention nationale plus de deux cents individus qui ont voté contre la mort du roi; leur opinion n'est pas douteuse... Tous ceux qui