‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 31 sur 123 · AFFAIRE DE CATHERINE THÉOT · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE CATHERINE THÉOT

vain qu'un décret de la Convention lui enjoignait de la suivre, force lui fut d'obéir, et de remettre les pièces au comité (*). Très désappointé, et redoutant les reproches du comité de Sûreté générale, auxquels il n'échappa point, Fouquier-Tinville s'y transporta tout de suite. Là il rendit compte des faits et dépeignit tout son embarras, sentant bien le conflit entre les deux comités. «//, il, il », dit-il par trois fois, « s'y oppose au nom du comité de Salut publie ». — «//, c'est-à-dire Robespierre», répondit un membre, Amar ou Vadier. Oui, répliqua Fouquier (*). Si la volonté de Robespierre fut ici prépondérante, l'humanité doit s'en applaudir, car, grâce à son obstination, une foule de victimes innocentes échappèrent à la mort.

L'animosité du comité de Sûreté générale contre lui en redoubla. Vadier ne se tint pas pour battu. Le 8 thermidor, répondant à Maximilien, il promit un rapport plus étendu sur cette affaire des illuminés dans laquelle il se proposait de faire figurer tous les conspirateurs anciens et modernes (^). Preuve assez significative de la touchante résolution des Thermidoriens d'abattre la Terreur. Ce fut la dernière victoire de Robespierre sur les exagérés. Lutteur impuissant et fatigué, il va se retirer, moralement

(*) Mémoires de Fouqiiier-Tinvillo, clans VHistoirp parl(vinentaire, t. XXXIV, p. 246.

(*) Mémoires de Fouquier-Tinville, uhi suprà. — M. Michelet, qui marche à pieds joints sur la vérité liislorique plutôt que de ])erdre un Irait, a écrit : « Le grand mot je vcilc était rétabli, et la monarchie existait». (T. VII, p. 372.) Quoi ! parce que, dans un dernier moment d^influence et par la seule force de la raison, Robespierre était parvenu à obtenir de ses collègues qu'on examinât plus attentivement une affaire où se trouvaient compromises un certain nombre de victimes innocentes, le grand mot Je veux était rétabli, et la monarchie existait ! Peut-on déraisonner à ce point 1 Pauvre monarque ! Il n'eut même pas le pouvoir de faire mettre en liberté ceux que, du moins, il parvint à soustraire à un jugement précipité qui eût équivalu à une sentence de mort. Six mois apW's Thermidor, dom Gerle était encore en prison.

(3) Moniteur du il thermidor (2î) juillet 1794).

du moins, du comité de Salut public, se retremper dans sa conscience pour le dernier combat, tandis que ses ennemis, déployant une activité merveilleuse, entasseront pour le perdre calomnies sur calomnies, mensonges sur mensonges, infamies sur infamies.

Tous les historiens sans exception, favorables ou hostiles à Robespierre, ont cru que, durant quatre décades, c'est-à-dire quarante jours avant sa chute, il s'était complètement retiré du comité de Salut public, avait cessé d'y aller. C'est là une erreur capitale, et l'on va voir combien il est important de la rectifier. Si, en effet, depuis la fin de prairial jusqu'au 9 thermidor, Maxi milieu s'était purement et simplement contenté de ne plus paraître au comité, il serait souverainement injuste à coup sûr de lui demander le moindre compte des rigueurs commises en messidor, et tout au plus serait-on en droit de lui reprocher avec quelques écrivains de n'y avoir opposé que la force d'inertie.

Mais si, au contraire, nous prouvons, que pendant ces quarante derniers jours, il a siégé sans désemparer au comité de Salut public, comme dans cet espace de temps il a refusé de s'associer à la plupart des grandes mesures de sévérité consenties par ses collègues, comme il n'a point voulu consacrer par sa signature certains actes oppressifs, c'est donc qu'il y était absolument opposé, qu'il les combattait à outrance ; c'est donc que, suivant l'expression de Saint- Just, il ne comprenait pas « cette manière prompte d'improviser la foudre à chaque instant» (*). Voilà pourquoi il mérita l'honorable reproche que lui adressa Barère dans la séance du 10 thermidor, d'avoir voulu arrêter le cours ter-

(^) Réponse des membres des deux anciens comités j p. i07, en note.

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