QUE BOBESPIERRE NE DÉSERTA POINT LE COMITÉ
ribky majestueux de la Révolution ; et voilà pourquoi aussi, n'ayant pu décider les comités à s'opposer à ces actes d'oppression multipliés dont ilgémissait^ il se résolut à appeler la Convention à son aide et à la prendre pour juge entre eux et lui.
Les Thermidoriens du comité ont bien senti l'importance de cette distinction ; aussi se sonMls entendus pour soutenir que Robespierre ne paraissait plus aux séances et que^ durant quatre décades, il n'y était venu que deux fois, et encore sur une citation d'eux, la première pour donner les motifs de l'arrestation du comité révolutionnaire de la section de Y Indivisibilité y la seconde pour s'expliquer sur sa prétendue absence (*). Robespierre n'était plus là pour répondre. Mais si, en effet, il eût rompu toutes relations avec le comité de Salut public, comment ses collègues de la Conventionné s'en seraient-ils pas aperçus? Or, un des chefs de l'accusation de Lecointre contre certains membres des anciens comités porte précisément sur ce qu'ils n'ont point prévenu la Convention de l'absence de Robespierre. Rien d'embarrassé sur ce point comme la réponse de Billaud-Varenne : « C'eût été un fait trop facile à excuser ; n'aurait-il pu prétexter une indisposition ? » (^)
Mais, objectait-on, et les signatures apposées par Robespierre au bas d'un assez grand nombre d'actes? Ah ! disent les uns, il a pu signer quand deux fois il est venu au comité pour répondre à certaines imputations, ou quand il affectait de passer dans les salles, vers cinq heures, après la séance, ou quand il se rendait secrètement au bureau de police générale (^). Il n'est pas étonnant, répond un autre, en son nom particulier, que les chefs de bureau lui aient porté chez lui ces actes à signer au moment où il était au
(*) Réponse des nienih^es des deux anciens comités, p. 7. Voyez aussi le rapport de Saladin, p. 99. « Il est convenu », dit ironiquement Saladin, « que depuis le 22 prairial Robespierre s'éloigne du comité ».
(*) Réponse des membres des deux anciens comités, p. 61.
(3) Réponse de J.-N. Billaud à Lecointre, p, 81.
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plus haut degréde sa puissance (*). En vérité î Et comment donc se fait-il alors que dans les trois premières semaines de ventôse an II, lorsque Robespierre était réellement retenu loin du comité par la maladie, les chefs de bureau n'aient pas songé à se rendre chez lui pour offrir à sa signature les arrêtés de ses collègues? Et comment expliquer qu'elle se trouve sur certains actes de peu d'importance, tandis qu'elle ne figure pas sur les arrêtés qui pouvaient lui paraître entachés d'oppression? Tout cela est misérable.
Quand Saladin rédigea son rapport sur la conduite des anciens membres des comités, il n'épargna pas à Robespierre les noms de traître et de tyran, c'était un tribut à payer à la mode du jour; mais comme il le met à part de ceux dont il était chargé de présenter l'acte d'accusation, et comme, sous les injures banales, on sent percer la secrète estime de ce survivant de la Gironde pour l'homme à qui soixante-douze de ses collègues et lui devaient la vie et auquel il avait naguère adressé ses hommages de reconnaissance !
L'abus du pouvoir poussé à l'extrême, la terre plus que jamais ensanglantée, le nombre plus que doublé des victimes, voilà ce qu'il met au compte des ennemis, que dis-je? des assassins de Robespierre, en ajoutant à l'appui de cette allégation, justifiée par les faits, ce rapprochement effrayant: « Dans les quarante-cinq jours qui ont précédé la retraite de Robespierre, le nombre des victimes est de cinq cent soixante-dix-sept ; il s'élève à mille deux cent quatrevingt-six pour les quarante-cinq jours qui l'ont suivie jusqu'au 9 thermidor (^). » Quoi de plus éloquent? Et combien plus méritoire est la conduite de Maximilien si, au lieu de se tenir à l'écart, comme on l'a jusqu'ici prétendu, il protesta hautement avec Gouthon et Saint-Just contre cette manière prompte (timproviser la foudre à chaque instant !
(•) Réponse de J.-N. Billaud à LecointrCj p. 82. (J^) Rapport de Saladin, p. 100.
QOB BOBESPIERRE NE DÉSERTA POINT LE COMITÉ WJ
De toutes les listes d'accusés renvoyés devant le tribunal révolutionnaire du l«f messidor au 9 thermidor par les comités de Salut public et de Sûreté générale, une seule, celle du 2 thermidor, porte la signature de Maximilien à côté de celles de ses collègues (*). Une partie de ces listes, relatives pour la plupart aux conspirations dites des prisons, ont été détruites, et à coup sûr celles-là n'étaient point signées de Robespierre (^). Il n'a pas signé l'arrêté en date du 4 thermidor concernant rétablissement définitif de quatre commissions populaires créées par décret du 13 ventôse (3 mars 1794) pour juger tous les détenus dans les maisons d'arrêt des départements {% — Ce jour-là, du reste, il ne parut pas au comité, mais on aurait pu, d'après l'allégation de Billaud, lui faire signer l'arrêté chez lui.
En revanche, une foule d'actes, tout à fait étrangers au régime de la Terreur, sont revêtus de sa signature. Le 5 messidor, il signe avec ses collègues un arrêté par lequel il est enjoint au citoyen Smitz d'imprimer en langue et en caractères allemands quinze cents exemplaires du discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains (*). Donc ce jour-là l'entente n'était
■}) Voyez à cet égard I<*s pièces à la suite du rappoi*t de Saladin et les Crimes des sept membres des anciens comités^ par Lecoiutre, p. 132, 138. « Hcrman, son homme », dit M. Michelet, t. VII, p. 426, « qui faisait signer ces listes au comité do Salut public, se gardait bien de faire signer son maître ». Où M. Michelet a-t-il vu qu'Herman fût l'homme de Robespierre? Et, dans ce cas, pourquoi n'aurait-il pas fait signer son r>ia*tre f Est-ce qu'à cette époque on prévoyait la réaction et ses fureurs?
(-) D'après les auteurs do Y Histoire parlementaire, les signatures qui se i-encontraiont le plus fréquemment au bas de ces listes seraient celles de Carnot, do Billaud-Varenno et deBarère. (T. XXXIV, p. 13.) Quani aux conspirations dos prisons, Billaud-Varenne a écrit après Thermidor : « Nous aurions été bien coupables si nous avions pu paraître indiiîérents... » liéponse deJ.-N. Billaud à Laurent Lecointrc, p. 75.
•*) Arrêté signé : Barère, Dubarran, C.-A. Prieur, Amar, Louis (du Biis-Rhin), Collot-d'llerbois , Carnot, Voulland, Vadier, Saint-Just, Billaud-Varenno.
{*) Registre dt*s arrêtés et délibérations du comité de Salut public. Archives, i3()aa73.
pas tout à fait rompue. Le 1, il approuve, toujours de concert avec ses collègues, la conduite du jeune Jullien à Bordeaux, et les dépenses faites par lui dans sa mission (*). La veille, il avait ordonnancé avec Camot et Couthon le payement de la somme de 3,000 livres au littérateur Demaillot et celle de 1,500 livres au citoyen Tourville, Tun et l'autre agents du comité (^). Quelques jours après, il signait avec Billaud-Varenne Tordre de mise en liberté de Desrozier, acteur du théâtre de l'Égalité (*), et, avec Camot, Tordre de mise en liberté de Tagent national de Romainville (*). Le 18, il signe encore, avec Couthon, Barère et Billaud-Varenne, un arrêté qui réintégrait dans leurs fonctions les citoyens Thoulouse, Pavin, Maginet et Blachère, administrateurs du département de TArdèche, destitués par le représentant du peuple Reynaud ("). Au bas d'un arrêté en date du 19 messidor, par lequel le comité de Salut public prévient les citoyens que toutes leurs pétitions, demandes et observations relatives aux affaires publiques, doivent être adressées au comité, et non individuellement aux membres qui le composent, je lis sa signature à côté des signatures de Camot, de C.-A. Prieur, de Couthon, de Collot-d'Herbois, de Barère et de Billaud-Varenne (^). Le 16, il écrivait de sa main aux représentants en mission le billet suivant : « Citoïen collègue, le comité de Salut public désire d'être instruit sans délai s'il existe ou a existé dans les départements sur lesquels s'étend ta mission quelques tribunaux ou commissions populaires. Il t'invite à lui en faire parvenir surle-champ Tétat actuel avec la désignation du lieu et de Tépoque de leur établissement. Robert Lindet, Billaud-
(*) Registre des arrêtés et délibérations du co itc de Salut public. Archives 436 aa 73.
(2) Archives, F. 7, 4437.
(3) Ibid.
(^) Ibid,
(5) Archives, F. 7, 4437.
(«) A rchives, k. F, II, 37.