‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 33 sur 123 · QUE ROBESPIERRE NE DÉSERTA POINT LE COMITÉ · texte numérisé non relu

QUE ROBESPIERRE NE DÉSERTA POINT LE COMITÉ

Varenne, C.-A. Prieur, Carnot, Barère, Couthon et Collotd'Herbois signaient avec lui (*). » Le 28, rappel de Dubois- Crancé, alors en mission à Rennes, par un arrêté du comité de Salut public signé : Robespierre, Carnot, Barère, CoUotd'Herbois, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur, Couthon, Saint- Just et Robert Lindet {^),

L'influence de Maximilien est ici manifeste. On sait en effet combien ce représentant lui était suspect. Après lui avoir reproché d'avoir trahi à Lyon les intérêts de la République, il l'accusait à présent d'avoir à dessein occasionné à Rennes une fermentation extraordinaire en déclarant qu'il y aurait des chouans tant qu'il existerait un Breton (') ! A cette date du 28 messidor, il signe encore avec Collot-d*Herbois, C.-A. Prieur, Carnot, Couthon, Barère, Saint- Just, Robert Lindet, le mandat de mise en liberté de trente-trois citoyens détenus dans les prisons de Troyes par les ordres du jeune Rousselin. Enfin, le 7 thermidor, il était présent à la délibération où fut décidée l'arrestation d'un des plus misérables agents du comité de Sûreté générale, de Tespion Senar (*), dénoncé quelques jours auparavant, aux Jacobins, par des citoyens victimes de ses actes d'oppression, et dont Couthon avait dit : « S'il est vrai que ce fonctionnaire ait opprimé le patriotisme, il doit être puni. 11 existe bien évidemment un système affreux de tuer la liberté par le crime (^). » Nous pourrions multiplier ces citations, mais il n'en faut pas davantage pour démontrer de la façon la plus péremptoire que Robespierre n'a jamais déserté le comité dans le sens réel du mot.

(*) Archives, A, II, 58.

(2) Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public, Archives 436, aa 73.

(3) Note de Robespierre sur différents députés. (Voy. Papiers inédits ^ t. II, p. 47, et numéro LI, à la suite du rapport de Courtois.

(*) Registre des délibérations et arrêtés, ubi suprà. (5) Séance des Jacobins du 3 thermidor. Vov. le Moniteur du 9 (27 juillet 479i).

Au reste, ses anciens collègues ont accumulé dans leurs explications évasives et embarrassées juste assez de contradictions pour mettre à nu leurs mensonges. Ainsi, tandis que d'un côté ils s'arment contre lui de sa prétendue absence du comité pendant quatre décades, nous les voyons, d'un autre côté, lui reprocher d'avoir assisté muet aux délibérations concernant les opérations militaires, et de s'être abstenu de voter (*). « Dans les derniers temps», lit-on dans des Mémoires sur Carnot, « il trouvait des prétextes pour ne pas signer les instructions militaires, afin sans doute de se ménager, en cas de revers de nos armées, le droit d'accuser Carnot (^) ». Donc il assistait aux séances du comité.

,^1) Réponse des menibres des deu^ anciens comités, p. 10.

(2) Mémoires sur Carnot, par son fils, 1. 1, p. 523. Nous avons peu parlé de ces Mémoires, composés d'après des souvenirs thermidoriens, et dénués par conséquent de toute valeur historique. On regrette d'y trouver des erreurs et, il faut bien le dire, des calomnies qu'avec une étude approfondie des choses de la Révolution, M. Carnot fils se serait évité délaisser passer. Le désir de défendre une mémoire justement chère n'autorise personne à sortir des bornes de l'impartialité et de la justice.

De tous les anciens membres du comité de Salut public, Carnot, j'ai regret de le dire, est certainement un de ceux qui, après Thermidor, ont calomnié RobespieiTe avec le plus d'opiniatreté.Il semble qu'il y ait eu chez lui de la haine du sabre contre l'idée. Ah ! combien Robespierre avait raison de se méfier de l'engouement de notre nation pour les entreprises militaires !

Dans son discours du ief vendémiaire an 111(22 septembre 1794 , deux mois après Thermidor. Carnot se déchaîna contre la mémoire de Maximilien avec une violence inouïe. l\ accusa notamment Robespierre de s'être plaint avec amertume, à la nouvelle de la prise de Niewport, postérieure au 16 messidor, de ce qu'on n'avait pas massacré toute la garnison. Voy. le Moniteur du 4 vendémiaire (25 septembre 1794). Carnot a trop souvent fait fiéchir la vérité dans le but de sauvegarder sa mémoire aux dépens d'adversaires qui ne pouvaient répondre, pour quc^ nous ayons foi dans ses paroles. A sa haine invétérée contre Robespierre et contre Saint-Just, on sent qu'il a gardé le souvenir cuisant de cette phrase du second : « Il n'y a que ceux qui sont dans les armées qui gagnent les batailles ». Lui-même, du reste, Carnot, n'écrivait-il pas, à la date du 8 messidor, aux repi'ésentants Richard et Choudieu, au quartier général de l'armée du Nord, de concert avec Robespierre et Couthon : « Ce n'est pas- sans peine que nous avons appris la familiarité et les égards de plusieurs de nos généraux envers les officiers

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Mais ce qui lève tous les doutes, ce sont les registres du comité de Salut public, registres dont Lecointre ne soupçonnait pas l'existence, que nous avons sous les yeux en ce moment, et où, comme déjà nous avons eu occasion de de le dire, les présences de chacun des membres sont constatées jour par jour. Eh bien I du 15 prairial au 9 thermidor, Robespierre, manqua de venir au comité sept fois, en tout et pour tout, les 20 et 28 prairial, les 10, 11, 14 et 29 messidor et le A thermidor (*).

Ce qu'il y a de certain, c'est que, tout en faisant acte de présence au comité, Robespierre n'ayant pu faire triompher sa politique, à la fois énergique et modérée, avait complètement résigné sa part d'autorité dictatoriale et abandonné à ses collègues l'exercice du gouvernement. Quel fut le véritable motif de la scission? Il est assez difflcile de se prononcer bien affirmativement à cet égard, les Thermidoriens, qui seuls ont eu la parole pour nous renseigner sur ce point, ayant beaucoup varié dans leurs explications.

La détermination de Maximilien fut, pensons-nous, la conséquence d'une suite de petites contrariétés. Déjà, au commencement de floréal, une altercation avait eu lieu entre Saint-Just et Carnot au sujet de l'administration des armes portatives. Le premier se plaignait qu'on eût opprimé et menacé d'arrestation arbitraire l'agent comptable des ateliers du Luxembourg, à qui il portait un grand intérêt. La discussion s'échauffant, Carnot aurait accusé Saint-Just et ses amis d'aspirer à la dictature. A quoi Saint-Just aurait répondu que la République était perdue si les hommes chargés de la défendre se traitaient ainsi de dictateurs. Et Carnot, insistant, aurait répliqué : « Vous êtes des dictateurs ridicules ». Le lendemain, Saint-Just s'étant rendu

étrangers que nous regardons et voulons traiter comme des brigands... » Catalogue Charavay (janvier-février 1863).

(*) Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public, Archives, 433 aa 70 jusqu'à 436 aa 73.

au comité en compagnie de Robespierre : « Tiens », se serait-il écrié en s'adressant à Camot, « les voilà, mes amis, voilà ceux que tu as attaqués hier ». Or, quelle fut en cette circonstance le rôle de Robespierre ? « Il essaya de parler des torts respectifs avec un ton très hypocrite », disent les membres des anciens comités sur la foi desquels nous avons raconté cette scène, ce qui signifie, à n'en pas douter, que Robespierre essaya de la conciliation (*).

Si donc ce récit, dans les termes mêmes où il nous a été transmis, fait honneur à quelqu'un, ce n'est pas assurément à Garnot. Que serait-ce si Robespierre et Saint-Just avaient pu fournir leurs explications! Dictateur! c'était, paraît-il, la grosse injure de Garnot, car dans une autre occasion, croyant avoir à se plaindre de Robespierre, au sujet de l'arrestation de deux commis des bureaux de la guerre, il lui aurait dit, en présence de Levasseur (de la Sarthe) : « Il ne se commet que des actes arbitraires dans ton bureau de police générale, tu es un dictateur ». Robespierre furieux aurait pris en vain ses collègues à témoins de l'insulte dont il venait d'être l'o^bjet. En vérité, on se refuserait à croire à de si puériles accusations, si cela n'était pas constaté par le Moniteur (^).

J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir sur cette fameuse histoire des secrétaires de Garnot, dont celui-ci signa l'ordre d'arrestation sans s'en douter, comme il le déclara d'un ton

(1) Réponse des 'Hieïïibres des deux anciens comités aux imputations de Laurent Lecointre, p. 103, lOi, note do la p. 21. — M. J[. Garnot, dans les Mémoires sur son père, raconte un peu différemmenl la scène, d'après un récit do Prieur, et il termine par cette exclamation mélodramatique qu'il prête à Carnot s'adressant à Coulhon, à Saint- Just et à Robespierre : « Triumvire, vous disparaîtrez ». (T. I, p. 524.) Or il est à remarquer que dans la narration des anciens membres du comité, écrite peu de temps après Thermidor, il n'est pas question de Couthon, et que Robespierre ne ligure en quelque sorte que (tomme médiateur. Mais voilà comme on embellit l'histoire.

(2) Voy. le Moniteur du 10 germinal, an IIl (30 mars 1795). Séance de la Convention du G germinal.

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