‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 38 sur 123 · POUQUIER-TINVILLE ET ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

POUQUIER-TINVILLE ET ROBESPIERRE

et lorsque dan» les premiers jours de messidor, le comité de Salut public autorisait le commissaire des administrations civiles à opérer des recherches dans les prisons au sujet des complots contre la sûreté de la République, pour en donner ensuite le résul tat au comité, il prenait une simple mesure de précaution toute légitime dans les circonstances où Ton se trouvait (*).

Au reste, Herman était si peu l'homme de Robespierre, et il songea si peu à s'associer à sa destinée dans la tragique journée de Thermidor, qu'il s'empressa d'enjoindre à ses agents de mettre à exécution le décret delà Convention qui mettait Hanriot,son état-major et plusieurs autres individus, en état d'arrestation.

Quoi qu'il en soit, Herman, sans être lié d'amitié avec Robespierre, avait mérité d'être apprécié de lui, et il professait pour le caractère de ce grand citoyen la plus profonde estime. Tout au contraire, Maximilien semblait avoir pour la personne de Fouquier-Tinville une secrète répulsion. On ne pourrait citer un mot d'éloge tombé de sa bouche ou de sa plume sur ce farouche et sanglant magistrat, dont la réaction, d'ailleurs, ne s'est pas privée d'assombrir encore la sombre figure. Fouquier s'asseyait à la table de Laurent Lecointre en compagnie de Merlin (de Thionville) ; il avait des relations de monde avec les députés Morisson, Cochon de Lapparent, Goupilleau (de Fontenay) et bien d'autres {^); mais Robespierre, il ne le voyait jamais en dehors du comité de Salut public; une seule fois il alla chez lui, ce fut le jour de l'attentat de Ladmiral, comme ce jour-là il se rendit également chez Collot-d'Herbois (^). Il ne se gênait même point pour manifester son antipathie contre lui. Un jour, ayant reçu la visite du représentant Martel, député de

(*) Arrêté signé : Robespierre, Barére, Camot, Couthon, C.-A. Prieur, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois et Robert tindet.

(^) Mémoire de Fouquier-Tinville dans VHistoire parlementaire^ t. XXXIV, p. 241.

(*) Mémoire de Fouquier, ubi suprà, p. 239.

l'ÂlIier à la Convention, il lui en parla dans les termes les plus hostiles, en l'engageant à se liguer avec lui, aûn, disait-il , de sauver leurs têtes (*).

Fouquier-Tinville étaiWl de la conjuration? On pourrait le croire. Il recevait de fréquentes visites d'Amar, de Vadier, de Youlland et de Jagot — quatre des plus violents ennemis de Robespierre — qui venaient lui recommander de mettre en jugement tel ou tel qu'ils désignaient (^). On sait avec quel empressement il vint, dans la matinée du 10 thermidor, offrir ses services à la Convention nationale; on sait aussi comment le lendemain, à la séance du soir, Barère, au nom des comités de Salut public et de Sûreté générale, parla du tribunal révolutionnaire, « de cette institution salutaire, qui détruisait les ennemis de la République, purgeait le sol de la liberté, pesait aux aristocrates et nuisait aux ambitieux » ; comment enfin il proposa de maintenir au poste d*accusateur public... Fouquier-Tinville (*). Ce n'était donc pas le tribunal de Robespierre, bien que dans la matinée du 10, quelques-uns des calomniateurs jurés de Robespierre, Élie Lacoste, Thuriot, Bréard, eussent demandé la suppression de ce tribunal comme étant composé de créatures de Maximilicn. Mais admirez les contradictions de ces sanguinaires Thermidoriens, le soir même Barère annonçait que les conjurés avaient formé le projet de faire fusiller le tribunal révolutionnaire (*).

La vérité est que Robespierre blâmait et voulait arrêter les excès auxquels ce tribunal était en quelque sorte forcément entraîné par les manœuvres odieuses de certains membres du gouvernement. Quant à son influence sur les

(*) Mémoire de Fouquier, uhisuprà, p. 247, corroboré ici par la déposition de Martel. {Histoire parlementaire, t. XXXV, p. 16.)

(*) Déposition d'Etienne Masson, ex-greffier au tribunal révolutionnaire, dans le procès de Fouquier. [Histoire parlementaire, t. XXXV, p. 89.)

(3) Voy. le Moniteur du 14 thermidor an II {\^^ août 1794).

(*) Ihid.

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