‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 37 sur 123 · RAPPORTS AVEC LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

traîtres {*). Si parmi les membres de ce tribunal, jurés ou juges, quelques-uns professaient pour Robespierre une estime sans borne, la plupart étaient à son égard ou indifférents ou hostiles. Dans le procès où furent impliquées les fameuses vierges de Verdun figuraient deux accusés nommés Bertault et Bonin, à la charge desquels on avait relevé, entre autres griefs, de violents propros contre Robespierre. Tous deux se trouvèrent précisément au nombre des acquittés i*).

Cependant il paraisait indispensable de le rendre solidaire des actes de ce tribunal. « On s'est attaché particulièrement», a-t-il dit lui-même, «à prouver que le tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang créé par moi seul, et que je maîtrisais absolument pour faire égorger tous les gens de bien, et même tous les fripons, car on voulait me susciter des ennemis de tous les genres » ('). On imagina donc, après Thermidor, de répandre le bruit qu'il avait gouverné le tribunal par Dumas et par Coffinhal. On avait appris depuis^ prétendait-on, qu'il avait eu avec eux des conférences journalières où sans doute il conférait des détenus à mettre en jugement (^). On ne s'en était pas douté auparavant. Mais plus la chose était absurde, invraisemblable, plus on comptait sur la méchanceté des uns et sur la crédulité des autres pour la faire accepter.

Hommes de tête et de cœur, dont la réputation de civisme et de probité est demeurée intacte malgré le^ calonmies persistantes sous lesquelles on a tenté d'étouffer leur mémoire, Dumas et Coffinhal avaient été les seuls membres du tribunal révolutionnaire qui se fussent activement dévoués à la fortune de Robespierre dans la journée du 9 thermidor.

(») Séance du 10 thermidor {Moniteur du 12 [30 juillet 1794] ).

(«) Audience du 12 floréal (25 avril 1794), Moniteur du 13 floréal (2 mai 1794).

(3) Discours du 8 thermidor, p. 22.

{*) Réponse des membres des anciens comités aux imputations de Lecointre, p. 44.

lOG THERMIDOR

Emportés avec lui par la tempête, ils n'étaient plus là pour répondre. A-t-on jamais produit la moindre preuve de leurs prétendues conférences avec Maximilien ? Non ; mais c'était chose dont on se passait volontiers quand on écrivait l'histoire sous la dictée des vainqueurs. Dans les papiers de Dumas on a trouvé un billet de Robespierre, un seul : c'était une invitation pour se rendre... au comité de Salut public (*).

S'il n'avait aucune action sur le tribunal révolutionnaire, du moins, a-t-on prétendu encore, agissait-il sur Herman, qui, en sa qualité de commissaire des administrations civiles et tribunaux, avait les prisons sous sa surveillance. Nous avons démontré ailleurs la fausseté de cette allégation. Herman, dont Robespierre estimait à juste titre la probité et les lumières, avait bien pu être nommé, sur la recommandation de Maximilien, président du tribunal révolutionnaire d'abord, et ensuite commissaire des administrations civiles, mais ses relations avec lui se bornèrent à des relations purement officielles, et dans l'espace d'une année, il n^alla pas chez lui plus de cinq fois; ses déclarations à cet égard n'ont jamais été démenties (^).

Seulement il était tout simple qu'en marge des rapports de dénonciations adressées au comité de Salut public, Maximilien écrivît: renvoie à Herman, autrement dit au commissaire des administrations civiles et tribunaux, comme il écrivait : renvoie à Carnot, à Robert Lindet, suivant que les faits dénoncés étaient de la compétence de tel ou tel de ces fonctionnaires. Ainsi fut-il fait pour les dénonciations relatives aux conspirations dites des prisons (^) ;

(*) Voici cette invitation citée en fac-similé à la suite des notes fournies par Robespierre à Saint-Just pour son rapport sur les dantonistes : « Le comité de Salut public invite le citoïen Dumas, vice-président du tribunal criminel, à se rendre au lieu de ses séances demain à midi. — Paris, le 12 germinal, Fan II de la République. — Robespierre. » (*) Voyez le mémoire justificatif d'Herman, déjà cité Ubi suprà, (3) Voyez entre autres les dénonciations de Valagnos et de Grenier, détenus à Bicêtre. Archives, F, 7, ii37.

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