‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 5 sur 123 · M PRÉFACE · texte numérisé non relu

M PRÉFACE

jugé, la vieille légende persistante, qui fait de Robespierre un bouc émissaire, chargé de tous les méfaits de la Terreur ».

Songez donc, c'est si commode I Chacun s'est débarrassé de sa part de responsabilité en rejetant tout sur tes vaincus qui, muets dans leur tombe, n'étaient plus là pour répondre. Et malheur à qui eût osé élever la voix pour les défendre; on lui aurait fait voir que le règne de la guillotine n'était point passé. Aussi la légende a-t-elle pu s'établir avec une facilité merveilleuse i Il y a même de graves docteurs qui vous disent qu'il n'y a point d'intérêt à la détruire ; que chacun a le droit d'édifier sur elle tous les contes en l'air que peut enfanter une imagination maladive ou perverse, comme si la vérité n'était pas d'un intérêt supérieur à tout.

S'il faut en croire certains publicistes qui présentent plaisamment M. de Robespierre comme « le plus noir scélérat des temps modernes », les choses sans lui se géraient passées le plus doucement du monde. Otez Robespierre de la Révolution, et les principes de 1789, qu'il n'avait pas peu contribué à faire proclamer, se seraient défendus tout seuls. Pas d'émigration, pas de manifeste de Brunswick ; Louis XVI et Marie-Antoinette se seraient agenouillés devant la Révolution ; la Vendée ne se serait pas soulevée ; soixante départements ne se seraient pas insurgés contre la Convention; l'armée de Condé n'aurait pas bivouaqué sur nos frontières dès les premiers mois de 1792; toute l'Europe ne se serait pas levée en armes contre nous ; les millions de l'Angleterre n'auraient pas servi à alimenter la coalition ; Danton enfin ne se serait pas cru obligé de réclamer l'établissement du tribunar révolutionnaire et de faire mettre la

PRÉFACE ni

terreur à Tordre du jour. Non, mais vraisemblablenient il y aurait eu soixante-treize Girondins de plus exécutés sur la place de la Révolution.

Nul n'ignore aujourd'hui la réponse de Gambacérès à Napoléon lui demandant ce qu'il pensait du 9 thermidor : « G'est un procès jugé, mais non plaidé ». Gambacérès avait été le collègue et Tami de Robespierre ; il s'était bien gardé de tremper dans le 9 thermidor; personne n'était donc mieux placé que lui pour faire la lumière complète sur cette journée lugubre. Mais Farchichancelier avait alors d'autres soucis en tète que celui de blanchir la mémoire de son ancien collègue, ce qui l'eût obligé de dresser un acte d'accusation formidable contre Texmitrailleur Fouché, devenu l'un des hauts dignitaires de l'Empire.

Ce procès, je l'ai plaidé, preuves en mains, d'après d'irréfutables documents, en des circonstances et dans un temps où il y avait peut-être quelque courage à le faire. Mon Histoire de Saïnt-Just avait été saisie, poursuivie et détruite en 1859. Je ne m'étais pas découragé. l-es recherches qu'avait nécessitées cette première étude sur les vaincus de Thermidor m'avaient fait découvrir les documents les plus précieux sur la principale victime de cette journée. A quelques années de là paraissait le premier volume de Y Histoire de Robespierre et du coup d'État de Thermidor. Seulement les éditeurs, aux yeux desquels le mot de coup d'Etat flamboyait comme un épouvantail avaient, par prudence, supprimé la seconde partie du titre (*)•

Cette précaution n'empêcha pas l'Histoire de Bobes-^.

' (*) Le titre a été rétabli in extenso dans l'édition illustrée publiée

en 1878.

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