JOSEPH LE BON ET ROBESPIERRE IW
Ce n*est pas tout : lorsqu'en exécution du décret du 44 frimaire (4 décembre 1793), le comité de Salut public fut autorisé à modifier le personnel des envoyés conventionnels, Joseph Le Bon se trouva désigné pour les départements du Pas-de-Calais et du Nord. Par qui ? par Billaud-Varenne, Barère, Gollot d'Herbois et Camot (*).
Revenu à Paris au commencement de pluviôse, sur une invitation pressante de Saint-Just et de Gollot d'Herbois, Le Bon repartait au bout de quelques jours à peine, en vertu d'un arrêté ainsi conçu : « Le comité de Salut public arrête que le citoyen Le Bon retournera dans le département du Pas-de-Calais, en qualité de représentant du peuple, pour y suivre les opérations déjà commencées; il pourra les suivre dans les départements environnants. Il est revêtu à cet effet des pouvoirs qu'ont les autres représentants du peuple. » Signé Barère, CoUot d'Herbois et Camot (*). »
Je n*ai aucunement Tintention, je le répète, d'incriminer les signataires de ces divers arrêtés, ni de rechercher jusqu'à quel point Joseph Le Bon dépassa, dans la répression des crimes contre-révolutionnaires, les bornes d'une juste sévérité ; seulement il importe de laisser à chacun la responsabilité de ses actes, et de montrer une fois de plus ce que valent les déclamations de tous ces écrivains qui persistent à attribuer à Robespierre ce qui fut l'œuvre commune du comité de Salut public et de la Convention nationale.
Il y avait à Arras un parti complètement opposé à Joseph Le Bon, et dans lequel figuraient Buissart et quelques autres amis de Maximilien, ce qui explique la lettre de M"** Buissart à Robespierre. Mais une chose me rend infiniment suspecte la prétendue modération de ce parti : il avait pour chef de file et pour inspirateur Gufïroy, l'horrible Guffroy, doutTaffreux journal excita tant l'indignation de Maximilien. Quoi qu'il en soit. M"** Buissart accourut
(*) Arrêté en date du 9 nivôse an II (29 décembre 1793), Archives» (*) Arrêté en date du 11 ventôse (1" mars 1794), Archives, A F II, 5K
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auprès de Robespierre el vint loger sous le môme loil. dans la maison de Duplay, où elle requt la plus affectueuse hospitalité. Elle profita de son iaQuence sur Maximilien pour lui dépeindre sous les plus sombres couleurs la situation de sa ville natale.
De son côté, le mari écrivait h son ami, à la date du 10 messidor (18 juillet 17U4) : « N'accordez rien à Tamitié, mais tout h la justice; ne me voyez pas ici, ne voyez que la chose publique, et peut-être vous-même^ puisquo vous la défendez si bien... » On comptait beaucoup alors i\ Arras sur la prochaine arrivée d^Augustin Robespierre, dont il avait été un moment question pour remplacer Jeseph Le Bon. « Quand viendra Bon bon tant désiré? » ajoutait Buissart; « lui seul peut calmer les maux qui désolent votre patrie... (*) >»
On n'ignorait pas, en eii'et, comment, dans ses missions. Augustin, Robespierre avait su allier la sagesse, la modération à une inébranlable fermeté et à une énergie à toute épreuve.
Trois jours après, Buissart écrivait encore, à sa femme cette fois : « L'arrivée de Bon bon est Tespoir des vrais patriotes et la terreur de ceux qui osent les persécuter ; il connaît trop bien les individus de la ville d' Arras pour ne pas rendre justice à qui il appartient. Sa présence ne peut être suppléée par celle d'aucun autre. 11 faut donc qu'il vienne à Arras pour rendre la paix et le calme aux vrais patriotes... Embrassez-le pour moi, jusqu'à ce que je puisse le faire moi-môme ; rendez-moi le môme service auprès de Maximilien (^)... » Mais Augustin n*était pas homme à quitter
(*) Cette lettre, supprimée par Courtois, et dont nous iwons l'original sous les yeux, a éié insérée dans les Papiers hiédlts,.., t. Ie^ p. 247.
(*) Papiers inédits..,, t. I<"", p. 250. Celte lettre porte en suscriplion : « A la citoyenne Buissart, chez M. Robespierre, rue Saint-Honoré, à Paris. » — Telle fut la terreur qui, après le 9 Thermidor, courba toutes les consciences, cpie les plus chers amis de Maxirailieii