‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 57 sur 123 · LES FRAUDES THERMIDORIENNES · texte numérisé non relu

LES FRAUDES THERMIDORIENNES

au maire de Vermanton, en Bourgogne, de l'avoir regardé comme la pierre angulaire de l'édifice constitutionnel, etc. {*). Naturellement Robespierre est un profond scélérat d'avoir été l'objet de si chaudes protestations (^). S'il faut s'en rapporter aux honorables vainqueurs de Thermidor, il n'appartient qu'aux gens sans courage, sans vertus et sans talents de recevoir tant de marques d'amour et de soulever les applaudissements de tout un peuple.

Comme dans toute la correspondance recueillie chez Robespierre tout concourait à prouver que c'était un parfait homme de bien, les Thermidoriens ont usé d'un stratagème digne de l'école jésuitique dont ils procèdent si directement. Ils ont fait l'amalgame le plus étrange qui se puisse imaginer. Ainsi le rapport de Courtois . roule sur une foule de lettres et de pièces entièrement étrangères à Maximilien, lettres émanées de patriotes très sincères, mais quelquefois peu éclairés, et dont certaines expressions triviales ou exagérées ont été relevées avec une indignation risible, venant d'hommes comme les Thermidoriens. Ce rapport est plein, du reste, de réminiscences de Louvet, et Ton sent que le rédacteur était un lecteur assidu, sinon un collaborateur des journaux girondins. La soif de la domination qu'il prête si gi*àtuitement à Robespierre, et qui chez d'autres, selon lui, — chez les Thermidoriens sans doute — peut venir d'un mouvement louable, naquit chez le premier de l'égoïsme et de rèrivié(^). Quel égoïste en efTet I Jamais homme ne songea

moins à ses intérêts personnels ; l'humanité et la patrie oc-

■ Si

(*) Toutes les lettres auxquelles il est fait allusion figurent à la suite du rapport de Courtois.

(2) P. 13 du rapport.

(3) P. 23 du rapport. — Le rapporteur veut bien avouer (p.25) que quelques hommes .s'^perficiels ont cru au courage de Robespierre. D'après Courtois, ce côuraç^ n'était que de l'insolence. Il y a toutefois là un aveu involontaire doiil il faut tenir compte, surtout quand on songe que tant d'écrivains, parmi.lesquels on a le regret de voir figurer M. Thiers, — je ne parle pas de Proudhon — ont fait de Robespierre un être faible, timide, pusillanime.

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cupèrent uniquement ses pensées. Quant à être envieux, beaucoup de ses ennemis avaient de fortes raisons pour Têtre de sa renommée si pure, mais lui, pourquoi et de qui raurait-il été ?

Un exemple fera voir jusqu'où Courtois a poussé la déloyauté. Dans les papiers trouvés chez Robespierre il y a un certain nombre de lettres anonymes, plus niaises et plus bêtes les unes que les autres. Le premier devoir de l'homme qui se respecte est de fouler aux pieds ces sortes de lettres, monuments de lâcheté et d'ineptie. Mais les Thermidoriens II Parmi ces lettres s'en trouve une que le rapporteur dit être écrite sur le ton d'une réponse, et qui n'est autre chose qu'une plate et ignoble mystification. On y parle à Robespierre de la nécessité de fuir un théâtre où il doit bientôt paraître pour la dernière fois ; on l'engage à venir jouir des trésors qu'il a amassés ; tout cela écrit d'un style et d'une orthographe impossibles. Courtois n'en a pas moins feint de prendre cette lettre au sérieux, et, après en avoir cité un assez long fragment, auquel il a eu grand soin de restituer une orthographe usuelle, afin d'y donner un air un peu plus véridique, il s'écrie triomphalement : « Voilà l'incorruptible, le désintéressé Maximilien (*) ! » Non, je ne sais si dans toute la comédie italienne on trouverait un fourbe pareil.

(*) Rapport de Courtois, p. 54. — On a honte vraiment d'être obligé de prémunir le lecteur contre de si grossières inventions. Voici le commencement de cette lettre dont les Thermidoriens ont cru avoir tiré un si beau parti, et que nous avons transcrite aux Archives sur rorigirial, en en respectant soigneusement l'orthographe : « Sans doute vous être inquiette de ne pas avoire reçu plutôt des nouvelles des effet que vous m'avez fait adresser pour continuer le plan de faciliter votre retraite dans ce pays, soyez tranquille sur tout les objest que votre adresse a su me fair parvenir depuis le commencement de vos crainte personnel et non pas sans sujet, vous savez que je ne doit vous faire de reponce que par notre courrier ordinaire comme il a été interrompu par sa dernière course, ce qui est cause de mon retard aujourd'huit, mais lorsque vous la rêceveréz vous emploiréz toute la vigilance que l'exige la nesesité de fuir un théâtre ou vous deviez bientôt paraître et disparaître pour la dernière fois ; il est inutil de vous rappeller toutes les raison qui vous expose car ce dernier pas qui vient de vous mettre sur le soiTa de la présidence

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