‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 58 sur 123 · LES FRAUDES THERMIDORIENNES · texte numérisé non relu

LES FRAUDES THERMIDORIENNES

Au reste, de quoi n'étaient pas capables des gens qui ne reculaient point devant des faux matériels ? Courtois et ses amis, comme s'ils eussent eu le pressentiment qu'un jour ou l'autre leurs fraudes finiraient par être découvertes, refusaient avec obstination de rendre les originaux des pièces saisies chez les victimes de Thermidor. Il fallut que Saladin, au nom de la commission des Vingt et un, chargée de présenter un rapport sur les anciens membres des comités, menaçât Courtois d'un décret de la Convention, pour l'amener à une restitution. Mais cet habile artisan de calomnies eut bien soin de ne rendre que les pièces dont l'existence se trouvait révélée par l'impression, et il garda le reste ; de sorte que ce fameux rapport qui, depuis si longues années fait les délices de la réaction, est à la fois l'œuvre d'un faussaire et d'un voleur.

Nous avons déjà signalé en passant plusieurs des fraudes de Courtois, et le lecteur ne les a sans doute pas oubliées. Ici, au lieu des écrivains mercenaires dont parlait Maximilien^ on a généralisé et l'on a écrit : les écrivains; là, au lieu d'une couronne civique , on lui fait offrir la courannCy et cela suffit au rapporteur pour l'accuser d'avoir aspiré à la royauté. Mais de tous les faux commis par les Thermidoriens pour charger la mémoire de Robespierre, il n'en est pas de plus odieux que celui qui a consisté à donner comme adressée à Maximilien une lettre écrite par Charlotte Robespierre à sonjeune frère Augustin, dans un moment de dépit et de colère. A ceux qui révoqueraient en doute l'infamie

vous raproche de Techafaut ou vous verriez cette canaille qui vous cracherait au visage comme elle a fait à ceux que vous avez jugé,r£galité, dit d'OrléanS) vous en fournit un assez grand exemple, etc. « Je finis notre courrier parti je vous attend pour reponce. » Cette lettre, d'un fou ou d'un mystificateur, porte en suscription : a Au cytoyen cytoyen Robespierre, président de la Convention national, en son hôtel, a Paris. » {Archives, F. 7, 4436.)

et la scélératesse de cette faction thermidorienne que Charles Nodier a si justement flétrie du nom d'exécrable, de ces tauveurs de la France, comme disent les fanatiques de M"»* Tallien, il n'y a qu'à opposer l'horrible trame dont nous allons placer le récit sous les yeux de nos lecteurs. Les individus coupables de ce fait monstreux étaient, à coup sûr, disposés à tout. On s*étonnera moins que Robespierre aiteo la pensée de dénoncer à la France ces hommes « couverts de crimes», les Fouché, les Tallien, les Rovère, les Bourdon (de l'Oise) et les Courtois. Je ne sais même s'il ne faut pas s'applaudir à cette heure des faux dont nous avons dé- ' couvert les preuves authentiques, et qui resteront comme un monument éternel de la bassesse et de l'immoralité de ces misérables.

Charlotte Robespierre aimait passionnément ses frères. Depuis sa sortie du couvent des Manares, elle avait constamment vécu avec eux et, grâce aux libéralités de Maximilien, qui suppléaient à la modicité de son patrimoine, elle avait pu jouir d'une existence honorable et aisée. Séparée de lui pendant la durée de la Constituante et de l'Assemblée législative, elle était venue le rejoindre après l'élection d'Augustin à la Convention nationale, et elle avait pris un logement dans la maison de Duplay. Toute dévouée à des frères adorés, elle était malheureusement affectée d'un défaut assez commun chez les personnes qui aiment beaucoup : elle était, jalouse, jalouse à l'excès. Cette jalousie, jointe à un caractère assez difficile, fut plus d'une fois pour Maximilien une cause de véritable soufTrance. Charlotte avait accompagné Augustin Robespierre dans une de ses missions dans le Midi; mais elle avait dû précipitamment quitter Nice, sur l'ordre môme de son frère, à la suite de très vives discussions avec M™"Ricord, dont les prévenances pour Augustin l'avaient vivement ofTusquée.

Fort contrariée d'avoir été ainsi congédiée, elle était revenue à Paris le cœur gonflé d'amertume. A son retour.

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Augustin ne mit point le pied chez sa sœur, et, sans l'avoir vue, il repartit pour Tarmée d'Italie (*). Charlotte en garda un ressentiment profond. Au lieu de s'expliquer franchement auprès de son frère aîné sur ce qui s'était passé entre elle, M"" Ricord, et Augustin, elle alla récriminer violemment contre ce dernier dans le cercle de ses connaissances, sans se soucier du scandale qu'elle causait. Ce fut en apprenant ces récriminations que Robespierre jeune écrivit à son frère : u Ma sœur n'a pas une seule goutte de sang qui ressemble au nôtre. J'ai appris et j'ai vu tant de choses d'elle que je la regarde'^comme notre plus grande ennemie. Elle abuse de notre réputation sans tache pour nous faire la loi... Il faut prendre un parti décidé contre elle. Il faut la faire partir pour Arras, et éloigner ainsi de nous une femme qui fait notre désespoir commun. Elle voudrait nous donner la réputation de mauvais frères (•). » .

Maximilien, dont le caractère était aussi doux et aussi conciliant dans l'intérieur que celui de Charlotte était irritable, n'osa adresser de reproches à sa sœur, craignant de l'animer encore davantage contre Augustin ; mais Charlotte vit bien, à sa froideur, qu'il était mécontent d'elle (*). Son dépit s'en accrut, et Augustin n'étant pas allé la voir en revenant de sa seconde mission dans le Midi, elle lui écrivit, le 18 messidor, la lettre suivante : « Votre aversion pour moi, mon frère, loin de diminuer comme je m'en étois flattée, est devenue la haine la plus implacable, au point que ma vue seule vous inspire de l'horreur ; ainsi, je ne dois pas espérer que vous soyez assez calme pour m'en tendre; c'est pourquoi je vais essayer de vous écrire... »

Cette lettre est longue, très longue et d'une violence extrême ; on s'aperçoit qu'elle a été écrite sous l'empire de la

{^) Mémoires de Charlotte Robespierre, p. 125.

(*) Cette lettre, dont l'original est aux Archives (F 7,4436, liasse R.), ne porte point de date. Elle figure à la suite du rapport de Courtois, sous le numéro XLII (a).

P) Mémoires de Charlotte Robespiet^re, p. 126.

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plus aveugle irritatioi), el cependant, au milieu des exprB sions de colère : Si voua pouvez, dam le désordre de vos p nota, distinguer la voix du remords... Que cette passion de haine doit être affreuse, puisqu'elle vous aveugle au point de i calomnier... on sent bien vibrer la corde douce el tend de l'affection fraternelle, et les seutimenls de la sœur a manie percent instinctivement à travers certaines p de fureur irréflécliie. On l'avait, s'il faut l'en croire, indigo ment calomniée auprès de son frère ('). Ab ! si vous pouvi lire au fond de mon cœur, lui disait-elle, <( vous y verrie avec la preuve de mon innocence, que nen ne peut en e tacer l'allacberaent tendre qui me lie à vous, et que c'est seul sentiment auquel je rapporte toutes mes atfectioa sans cela me plaindrois-je de votre haine?Oue m'importa moi d'être baïe par ceus qui me sont indilTérens et que méprise! Jamais leur souvenir ne viendra me Iroubloi mais être haïe de mes frères, moi pour qui c'est ud b de les chérir, c'est la seule chose qui puisse i aussi malheureuse que je le suis ». Puis, après avoir d claré à son frère Augustin que, sa haine pour elle étant tr aveugle pour nepaa se poriernur tout ce gui lui porterait g que intérêt, elle était disposée à quitter Paris sous qufilqw jours, elle ajoutait : n Je vous guitte donc puisque vota CeM gez ; mais, malgré vos injustices, mon amitié pour vous o tellement indestructible que je ne conserverai aucun ressa timent du traitement cruel gue vous me faites essuj/er, lorsipi désabusé, tôt ou tard, vous viendrez à prendre pour moi U sentiments que je mérite. Qu'une mauvaise honte ne 'rot empêche pas de m'instruire que j'ai retrouvé votre amitij et, en quelque Heu que je sois, fussé-je par delà les mers, \ je puis vous être utile h quelque chose, sachez m'ea im Iruire, et bientôt je serai auprès de vous... » I

Là se termine la version donnée par les Thermidorien de la lettre de Charlotte Robespierre, Jusqu'à ce jour, im

(') Ménutires de CbaAotta Bobcspiei-ie.

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