‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 75 sur 123 · SÉANCES DES COMITÉS LES 4 ET 5 THERMIDOR · texte numérisé non relu

SÉANCES DES COMITÉS LES 4 ET 5 THERMIDOR

conjurés de faire, s'ils réussissent, contraster l'indulgence avec la rigueur actuellement déployée contre les- traîtres. Ne verra-t-on pas les plus violents terroristes, les Tallien, les Fréron, les Bourdon (de TOise), s'éprendre de tendresses singulières pour les victimes de la Révolution et.même pour les familles des émigrés?

, Arrivant ensuite aux persécutions sourdes dont Robespierre était l'objet, il demanda, sans nommer son ami, s'il était un dominateur qui ne se fût pas d'abord environné d'un grand crédit militaire, emparé des finances et du gouvernement, et si ces choses se trouvaient dans les mains de ceux contre lesquels on insinuait des . soupçons. David appuya chaleureusement les paroles de son .jeune collègue. Il n'y avait pas à se méprendre sur l'allusion. Billaud- Varenne dit alors à Robespierre : Nous sommes tes Amis, nous avons toujours marché ensemble. Et la veille, il l'avait traité de Pisistrate. « Ce déguisement », dit Saint- Just, « fit tressaillir mon cœur » {*).

Il n'y eut rien d'arrêté positivement dans cette séance; cependant la paix parut, sinon cimentée, au moins en voie de se conclure, et l'on confirma le choix que, la veille, on avait fait de Saint-Just, comme rédacteur d'un grand rapport sur la situation de la République. Les conjurés, en apprenant l'issue de cette conférence, furent saisis de terreur. Si cette paix eût réussi, n écrit l'un d'eux, « elle perdait à jamais la France » (^); c'est-à-dire : nous étions démasqués et punis, nous misérables qui avons tué la République dans la personne de son plus dévoué défenseur. De nouveau Ton se mit à l'œuvre : des listes de proscription plus nombreuses furent lancées parmi les députés. « Epouvanter les membres par des listes de proscription et en

(*) Discours du 9 thermidor.

[^) Les Crimes de sept membres des anciens comités, etc., ou Dénonciation formelle à la Convention nationale, par Laurent Lecointre, p. 194.

accuser Tiimocence »» voilà ce que Saint-Jost appelait un Uasph&me {*).

Tel avait été le succès de ce stratagème, qu'ainsi que nous l'avons dity un certain nombre de représentants n'osaient plus coucher dans leurs lits. Cependant on ne vint pas sans peine à bout d'entraîner le comité de Salut public ; il fallut des pas et des démarches dont l'histoire serait certainement instructive et curieuse. Les membres de ce comité semblaient comme retenus par une sorte de crainte instinc* tive, au moment de livrerla grande victime. Tout à Theure même nous allons entendre Barère, en leur nom, prodiguer i Robespierre la louange et l'éloge. Mais ce sera le baiser de Judas.

(<) I>Î8ooiira dn 9 Thermidor.

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