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avaient pour ainsi dire accaparé à cette époque l'exercice du pouvoir ('): ils ne se souciaient nullement de voir la puissance du gouvernement contre balancée par celle de l'opinion.
Cependant diverses tentatives de rapprochement eurent lieu dans les premiers jours de thermidor, non seulement entre les membres du comité de Saiul public, mais encore entre les membres des deux comités réunis. On s'assemUa une première fois le 4. Ce jour-là l'entente parut probable* puisqu'on chargea Saînt-Just de présenter à la ConveutioD un rapport sur la situation générale de la Hépubtique, Saint-Just dont l'amitié et le dévouement pour Robespierre n'étaient ignorés de personne. L'âpre et fier jeune homme ne déguisa ni sa pensée ni ses intentions. 11 promit de dire loulce que sa probité lui suggérerait pour le bien de la patrie, rien de plus, rien de moins, et il ajouta : « Tout Ob; qui ne ressemblera pas au pur amour du peuple et de liberté aura ma haine {'). s Ces paroles donnèrent sai doute à réfléchir à ceux qui ne le voyaient pas sans chaîné de prendre la parole au nom des comités devant la Convention nationale. Billaud-Varenne ne dissimula même pas son dessein de rédiger l'acte d'accusation de Maximilien {').
Le lendemain, on se rassembla de nouveau. Les membres des anciens comités ont prétendu que ce jour-là Robespierre avait été cité devant eux pour s'expliquer sur les conspirations dont il pariait sans cesse vaguement aux Jacobins et sur son absence du comité depuis quatre décades. Il ne faut pas beaucoup de perspicacité pour découvrir la fourberie cachée sous celte déclaration intéressée. D'abord il n'y avait pas lieu de citer Robespierre devant les comités,
{') a Vous avei confié le gouvernement à douze peraoniies, il s'est trouve, en efTel, le dernier mois, entre deux Ml trois. « Saixit-Just, diieouri dv 9 themiidor.)
(«) Discours du 9 thermidor.
(^ JÈÎri.
SÉANCES DES C0HITË5 tES 4 ET 5 THERHIDOR 829
puisque, du propre aveu de ses accusateurs, il n'avait encore accompli aucun de ces actes ostensibles et nécessaires u pour démontrer une conjuration à l'opinion publique abusée » ('). Cet acte ostensible et nécessaire ce fijt, comme l'ont dit eux-mêmes ses assassins, son discours du 8 Uiermidor. — Secondement, l'absence de Robespierre a été, comme nous l'avons prouvé, une absence toute morale ; de sa personne il était là ; donc il était parfaitement inutile de le mander, puisque chaque jour on se trouvait face à face avec lui.
La vérité est que le S thermidor il consentit à une explication. Cette explication, que fût-elle? U est impossible d'admettre tous les contes en l'air débités là-dessus par les uns et par les autres. Les anciens membres des comités ont gardé à cet égard un silence prudent (^). Seul, Billaud- Varenne en a dit quelques mots. A l'en croire, Robespierre serait devenu lui-mfime accusateur, aurait désigné nominativement les victimes qu'il voulait immoler, et surtout aurait reproché aux deux comités l'inexécution du décret ordonnant l'organisation de six commissions populaires pour juger les détenus (^). Sur ce dernier point nous pre-
(') Réponse de J.-N. BUlaud à Lecointre, p. 89. M. Mîchelef trOQve majen de surenchérir sur les allégations inadmissibles des nienibres des deux anciens comités. Il raconte que le soir du 5 Uiermidoi', le comité, non «ont étoimement, vit arriver Robespierre. Et que voulait-il ? ae demande l'émiDent écrivain ; les tromper ? gagner da temps junju'au retour de Saint-Juat f II ne le croit pas, et c'est bien heureux ; mais s'il avait étudié avaut d'écrire, il se serait aperçu qu« Robespierre n'uvait pas a gagner du temps jusqu'au retour de Saint-Jasl, puisque ce représentant était de retour depuis le 10 rocasidor, o'est-i-dire depuis plus de. trais semaines, et que, dans son dernier discours;, il a raconté lui-même arec des détails qu'on ae trouve nulle part ailleurs cette séance du 5 thermidor, où il Joua un rôle si important. (Voy, l'Histoire de la Révolution par M, Micbeiet, t. VII. 428.)
[*] Réponte des metiibres des deio! anciem camitêt, p. 7 et 61.
irére n'a pas été plus explicite dans ses Observations «ut* la rapport de Saladin.
(') Réponse de J.-N. Billaaii à Laurent Lecointre, p. 89.
iSO TUERMÏDOR
Rons Billaud en flagrant délit de mensonge, car, dès le 3 thermidor, quatre de ces commissions étaient organisées pair un ârriôté auquel Robespierre, ainsi qu'on Fa ru plus haut, avait, quoique présent au comité, refusé sa signature. Quant aux membres dénoncés par Robespierre à ses collègiïes des comités pour leurs crimes et leurs prévarications, qàelà étaient-ils ? Billaud- Varenne s*est abstenu de révéler leurs noms, et c'est infiniment fâcheux; on eût coupé court ainlsi aux exagérations de quelques écrivains, qui, feignant d'ajouter foi aux récits mensongers de certains conjurés thermidoriens, se sont complu à porter jusqu'à dix-huit et Jusqu'à trente le chiffre deà Conventionnels menacés. Le nombre des coupables n'était pas si grand ; rappelons que, d'après les déclarations assez précises de Cou thon et de 9aint-Just, il ne s'élevait pas à plus de quatre ou cinq, paLTmi lesquels, sans crainte de se tromper, on peut ranger Fouché, Tallien et Rovère. « Robespierre s'est déclaré le ferme appui de la Convention », a écrit Saint-Just, « il n'a jamais parlé dans le comité qu'avec ménagement de porter atteinte à aucun de ses membres (*))>. C'est encore au discours de Saint-Just qu'il faut recourir pour savoir à peu près au juste ce qui s'est passé le 5 thermidor dans la séance des deux comités.
• Au commencement de la séance tout le monde restait muet, comme si l'on eût craint de s'expliquer. Saint-Just rompit le premier le silence. Il raconta qu'un officier suisse, fait prisonnier devant Maubeuge et interrogé par Guy ton - Morveau et par lui, leur avait confié que les puissances alliées n'avaient aucun espoir d'accommodement avec la France actuelle, mais qu'elles attendaient tout d'un parti qui renverserait la forme terrible du gouvernement et adopterait des principes moins rigides. En efl*et, les manœuvres des conjurés n'avaient pas été sans transpirer au dehors. Les émigrés, ajouta Saint-Just, sont instruits du projet des
(1) Discours du 9 Thermidor.