‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 77 sur 123 · UNE PÉTITION DES JACOBINS · texte numérisé non relu

UNE PÉTITION DES JACOBINS

circonstances nullement semblables à celles où s'était trouvée l'Assemblée à Tépoque du 31 mai, ce fut surtout Robespierre. Il ne ménagea point les provocateurs d'insurrection, ceux qui, par leurs paroles, poussaient le peuple à un 31 mai. « C'était bien mériter de son pays », s'écriat-il, « d'arrêter les citoyens qui se permettraient des propos aussi intempestifs et aussi contre-révolutionnaires » (*). ' Rien de plus légal, d'ailleurs, que l'adresse présentée par la société des Jacobins àla Convention dans la séance du 7 thermidor (25 juillet 1794), rien de plus rassurant surtout pour l'Assemblée. En effet, de quoi y est -il question ? D'abord, des inquiétudes auxquelles donnaient lieu les manœuvres des détracteurs du comité de Salut public, manœuvres que les Amis de la liberté et de l'égalité ne pouvaient attribuer qu'à l'étranger, contraint de placer sa dernière ressource dans le crime. C'était lui, disait- on, qui « voudrait que des conspirateurs impunis pussent assassiner les patriotes et la liberté, au nom même de ia patrie, afin qu'elle ne parût puissante et terrible que contre ses enfants, ses amis et ses défenseurs... » Ces conspirateurs impunis, ces proscripteurs des patriotes et de la liberté, c'étaient les Fouché, les Tallien, les Rovère, etc., les cinq ou six coquins auxquels Couthpn avait fait allusion la veille. Ils pouvaient triompher grâce à une indulgence arbitraire, tandis que la justice mise à l'ordre du jour, cette justice impartiale à laquelle se fie le citoyen honnête, même après des erreurs et des fautes, faisait trembler les traîtres, les fripons et les intrigants, mais consolait et rassurait rhomme de bien (^). On y dénonçait comme une

(1) On chercherait vainement dans les journiiux du temps trace des paroles de Robespierre. Le compte rendu très incomplet de la séance du 6 thermidor aux Jacobins n'existe qne dans le Journal de la Montagne. Mais les paroles de Robespierre nous ont été conserxô.os dans le discoui^ prononcé par Barère à la Convention le 7 thermidor, et c'est là un document irrécusable. (Voyez le Moniteur du « thermidor [26 juillet 4794].)

(•^) Impossible de travestir plus déplorablement que ne l'a fait

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manœuvre contre- révolutionnaire la proposition faite <iMl Convention, par un nonuné Hagentbies, de prononcer la ( peine de mort contre les auteurs de jurements où le nom de Dieu sérail compromis, et d'ensanglanter ainsi les page» 1 de la philosopliie et de la morale, proposition dont l'infai^ mie avait déjà été signalée par Hobespierre à la tribune àe£ Jacobins ('). La désignation de prêtres et de prophèt« appliquée, dans la pétition Magenthies, aux membres de l'Assemblée qui avaient proclamé la reconnaissance de l'Être suprême et de l'immortalité de l'Ame, était égale* ment relevée comme injurieuse pour la IteprésentatiOlt nationale.

Comment, était-il dit dans cette adresse, la sollicitude d amis de la liberté et de l'égalité n'aurait-elle pas été éveib lée quand ils voyaient les patriotes les plus purs en { j!l la persécution et dans l'impossibilité même de fain entendre leurs réclamations? Ici, bien évidemment, ils» geaient à Robespierre. Leur pétition respirait, du reste, d'à bout à l'autre, le plus absolu dévouement pour la Convea tion, et ils y protestaient avec chaleur de tout leur attachement pour les mandataires du pays, « Avec vous i disaient-ils en terminant, « ce peuple vertueux, confiant bravera tous ses ennemis; il placera son devoir et sa gloiw à respecter et à défendre ses représentants jusqu'à mort» ('). En présence d'un pareil document, il est assa rément assez diftlcile d'accuser la société des Amis de h lUierté et de l'égalité de s'être insurgée contre la CouTOif

'( M. Michèle! le sens de c^tte pétition, i Elle accusait les indulgents, dït-jl, t. VII, p. 435. Les indulgciitat c'esl-à-dire ceui « qui déclai raient la guerre aux citoyens paisibles, érigeaient en crimes Ou da pr^ugës incurables ou des choses iniliilërentes pour trouver parle "" des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple mâme. Voila les sioguliera indulfeals qu'accusait la pétition jncobjne.

{') Voyez A ce sujet le discours de fiarère dans lu séance du 7 Iher* midor (35 juillel t7M).

('} Celte adresse de la Société des Jacobins ae trouve dans le

JUSTIFICATION DE DUBDIS-C ItANC Ë 337

tian, et il faut marcher à pieds joints sur la vérité pour oser prétendre qu'à la veille du 9 Thermidor on sonnait le tocdu contre la célèbre Assemblée.

Au moment où l'on achevait la lecture de cette adresse, Dubois-Crancé s'élançait à la tribune comme s'il se fût senti personnellement désigné et inculpé. Suspect aux patriotes depuis le siège de Lyon, louvoyant entre tous les partis, ce représentant du peuple s'était attiré l'animosité de Robespierre par sa conduite équivoque. Récemment exclu des Jacobins, il essaya de se justi&er, protesta de son patriotisme et entra dans de longs détails sur sa conduite pendant le siège de Lyon. Un des principaux griefs relevés à sa charge par Muximitien était d'avoir causé beaucoup de fermentation dans la ci-devant Bretagne, en s'écriant publiquement à Rennes, qu'il y aurait des chouans tant qu'il existerait un Breton ('). Dubois-Crancé ne dit mot de cela, il se contenta de se vanter d'avoir arraché la Bretagne à la guerre civile. « Robespierre a été trompé », dit-il, a luimême reconnaîtra bientilit son erreur (*) ». Mais ce qui prouve que Robespierre ne se trompait pas, c'est que ce personnage, digne allié des Pouché et des Tallien, devint l'un des plus violents séides de la réaction thermidorienne. On voit, du reste, avec quels ménagements les conjurés traitaient Maximilien à l'heure même où ils n'attendaient que l'occasion de le tuer. Le comité de Salut public 'c'avait pas dit encore son dernier mot.

teuf du 6 thermiJoi' (9G juillet) cl dans le Journal des Débats cl des décrets de la Convenlioii, numéro (J73,

(■> Noie de Robespierre sur quelques députés, û la suite dn rappurt de Courtois, soua le numi^ro LI, et dans les Papiers imditt, U II, p, 17.

(') Voyei le discours de Dubois-Crancé dana le Moniteur du B thei^ raidor (M juillet 179*].

On pat mèaie croire un moment qu'il allait prendre Maximilien sous $a garde, el lui servir de rempart contre ses ennemis. Barère présenta au nom du- comité de Salut public un long rapport dans lequel il refît le procès des Girondins, des Hébcrtistes et des Dantonistes, porta aux nues la journée du 31 mai, et traça de Robespierre le plus pompeux éloge. Des citoyens aveuglés ou malintentionnés avaient parlé de la nécessité d'un nouveau 31 mai, dit-il ; un homme s'était élevé avec chaleur contre de pareilles propositions, avait hautement préconisé le respect de la Représentation nationale, et cet homme, c'était, comme on Ta vu plus haut, Maximilien Robespierre. « Déjà », ajouta Barère, « un représentant du peuple qui jouit d'une réputation patriotique méritée par cinq années de travaux et par ses principes imperturbables d'indépendance et de liberté, a réfuté avec chaleur les propos contre-révolutionnaires que je viens de vous dénoncer (•) ».

En entendant de telles paroles, les conjurés durent tren>bler et sentir se fondre leurs espérances criminelles. Qui pouvait prévoir qu'à deux jours, de là Barère tiendrait, au nom de ce môme comité, un tout autre langage ?

Après la séance conventionnelle, les conjurés se répandirent partout où ils espérèrent rencontrer quelque appui. Aux yeux des gens de la droite ils firent de plus belle miroiter la perspective d'un régime d'indulgence et de douceur; aux .yeux des républicains farouches, celle d'une aggravation, de terreur. Un singulier mélange de coquins, d'imbéciles et de royalistes déguisés, voilà les Thermidoriens. Une réunion eut lieu chez CoUot d'iïerbois, paraîtil (^), où Ton parvint à triompher* des scrupules de certains 'membres qui hésitaient à sacrifier celui qu'avec tant dé raison ils regardaient comme la pierre angulaire de l'édifice républicain, et qu'ils ne se pardonnèrent jamais d'avoir

(1) Voyez le Moniteur du 8 thermidor (2(3 juillet i79i).

(2) Renseignement fourni par Godefroy Gavaignac à M. Hauréau,-

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