‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 78 sur 123 · ROBESPIERRE LA VEILLE DU 8 THERMIDOR · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE LA VEILLE DU 8 THERMIDOR

livré à la fureur des méchants. Foacfaé, prédestiné par sa basse nature au rôle d'espion et de mouchard, rendait compte aux conjurés de ce qui se passait au comité de Salut public. Le 8, il arriva triomphant auprès de ses complices ; un sourire illuminait son ignoble figure : « La division est complète », dit-il, « demain il faut frapper {*) »..

Cependant, au lieu de chercher des alliés dans cette partie indécise, craintive et flottante de la Convention qu'on appelait le centre, et qui n'eût pas mieux demandé que de se joindre à lui s'il eût consenti à faire quelques avances, Robespierre continuait de se tenir à l'écart. Tandis que les conjurés, pour recruter des comphces, avaient recours aux plus vils moyens, en appelaient aux plus détestables passions, attendant impatiemment l'heure de le tuer à coup sûr, il méditait... un discours, se fiant uniquement à son bon droit et à la justice de sa cause. La légende nous le représente s'égarant dans ces derniers temps en des promenades lointaines ; allant chercher l'inspiration dans les pgétiques parages où vivait le souvenir de J.-J. Rousseau, sqn maître, et où il lui avait été permis, tout jeune encore, de se rencontrer avec l'immortel philosophe. C'est là une tradition un peu incertaine.

Il ne quitta guère Paris dans les jours qui précédèrent le 8 thermidor ; sa présence s'y trouve constatée par les registres du comité de Salut public. Ce qui est vrai, c'est que le soir, après le repas, il allait prendre l'air aux Champs-Elysées,, avec la famille Duplay. On se rendait, de préférence, du côté du jardin Marbœuf {^), Robespierre marchait en avant, ayant au bras la fillQ aînée de son hôte, Éléonore, sa fiancie, et, pour un moment, dans cet avant-goût du bonheur domestique, il oubliait les tourments et les agitations de la vie politique. Derrière eux venaient le père, dont la belle tôle

(') Déclaration de Tallien dans la séance du 22 thermidor an Hl (9 août 1795). Moniteur du 27 thermidor (14 août). ('^} Manuscrit de M™o Lebas, ,

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commandait le respect, et la mère toute flère et heure de voir sa fille au bras de celui qu'elle aimait comme U meilleur et le plus tendre des (ils.

Dès qu'on était rentré, Haximilien reprenait son tran quand il ne se rendait pas à la séance des Jacobins, où i n'alla pas du 3 au 8. Ce fut vraisemblablement dans « intervalle qu'il composa son discours dont le manuscrit, q j'ai sous les yeux, porte les traces d'une composition ra[ri et pressée. Robespierre se retrouve tout entier, avec son q tème, ses aspirations, sa politique en un mot, dans t volumineuse barangue, qu'il a si Justement appelée '. même son testament de mort.

Ce n'est point, tant s'en faut, comme on l'a dit, une c(i position laborieusement conçue, et péniblement travailil on y sent, au contraire, tout l'abandon d'une inspirât^ soudaine. Ce discours est fait d'indignation. C'est la révofl

e âme bonnéle et pure contre le crime. Les sentimei divers dont le cœur de l'auteur était rempli se sont pré pités à flots pressés sous sa plume ; cela se voit aux rature, '

X transpositions, au désordre même qui existe d'un bout à l'autre du manuscrit ('}. Nul doute que Robespierre n'ait été content de son discours, et n'y ait compté comme sur une arme infaillible. La veille du jour où il s'était proposé de le prononcer devant la Convention nationale, il sortit avec son secrétaire, Simon Duplay, le soldat de Valmy, celui qu'on appelait Duplay.à la jambe de bois, etil dirigea ses pas du côté du promenoir de Chaillot tout en haut des Cbamps-Elysées. Il se montra gai, enjoué jusqu'& poursuivre les bannetons fort abondants cette année (').

(') Ce iliscours, a écrit Charles Nodier, ■ est surtout vraiment mo» numental, vraiment digne de l'histoire, en ce point qu'il révèle d'une manière éclalante lœ projets d'amnistie et les théories libérales et humaines qui devaient faire la base du gouvernement, sous l'intluence modératrice de Robespierre, si la Terreur n'avoït Irioinphé le 9 Hiermidor ». {Smwenirs de la Révolution, 1. 1. p. 292, édit. CharpentierJ.

{') ftenseignements fournis par M. le docteur Duplay, fils ie Duplaj

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