PRÉFACE VII
à leur tour le compte des erreurs, des crîmes et des maux de ces temps et de ces pouvoirs qu'ils ont pris sous leur garde. Je doute qu'ils acceptent le marché. »
Il ne s'agit donc pas d'écheniller la Révolution. Il faut, dans une certaine mesure, la prendre en bloc, comme on l'a dit si justement. Mais cela n'empêche de rendre à chacun des acteurs du drame immense la justice qui lui est due, et surtout de réduire à leur juste valeur les anathèmes, faits de mensonges et de calomnies, dont on s'est efforcé d'accabler la mémoire de quelques-uns des plus méritants. G'est ce que j'ai fait pour ma part, avec la séré* nité d*un homme qui n'a jamais demandé ses inspirations qu'à sa conscience. Les fanatiques de la légende ont hurlé, mais tous les amis de la vérité m'ont tendu la main. « Vous êtes le laborieux reconstructeur du vrai, m'écrivait Victor Hugo en 1865. Cette passion de la vérité est la première qualité de l'historien. » Elle n'a fait que grandir en moi devant la persistance de l'erreur et de la calomnie.
Dans les polémiques soulevées par la pièce de Thermidor, et auxquelles je ne me suis point mêlé, j*ai été plusieurs fois pris à partie. €elui-ci, qui n'a jamais lu mes livres, s'imagine que je ne jure que par Saint-Just et par Robespierre; celui-là insinue que je n*ai dégagé la responsabilité de ce dernier qu'en la reje« tant sur Pierre, Jacques et Paul. Ce brave homme ne s'aperçoit pas qu'il a fait, dans un sens contraire, ce qu'il me reproche si légèrement.
Je demande, moi, que les responsabilités, si respon^ sabilités il y a, soient partagées. Je ne réclame pour Robespierre que la justice, mais toute là justice, comme pour les autres. Que fait^il, lui? Il ramassa tous les excès,
yill PEÉFACE
toutes les erreurs, toutes les sévérités de la Révolutioa» et il les rejette bravement sur Robespierre, sans avoir l'air de se douter du colossal et impuissant effort de ce dernier pour réprimer tous ces excès, « arrêter le cours terrible de la Révolution.» et substituer la justiceàla terreur.
Voilà bien la méthode de M. Sardou. Il prétend connaître la Révolution. Oui, il la connaît, à Tenvers, par le rapport de Courtois et les plus impurs libelles que la calomnie ait jamais enfantés. C*est ainsi que Robespierre lui apparaît comme un tyran, comme un dictateur, comme un Cromwell. Un exemple nous permettra de préciser.
M. Sardou uxet à la charge de Robespierre toutes les horreurs de la Révolution ; en revanche^ il en exonère complètement celui-ci ou celui-là, Çarnot par exemple. Cependant M* S^rdpu, qui connaît si bien son histoire de la JEl^volu^p]^, iiOL.éme par Içs libelles où il a puisé ses inspirations, ne. doit pas igmorèr que du 29. prairial au 8 thermidor, c'est-à-dire dans les quarante jours où la Terreur a atteint son maximum d'intensité, Robespierre est resté à peu près étranger à l'action du gou- Yer»ement, qu'il n'est pour rien, en conséquence^ dans les actes de rigueur qui oi^t signalé cette période de six senx^nes, et qu'il s'est volontairement dessaisi de sa part de dictature, alors que tel autre, absous par lui^ est resté jusqu'au bout inébranlable et immuable dans la Terreur.
Estrce Robespierre, oui on non, qui, en dehors de l'action gouvernementale, s'est usé àfaire une guerre acharnée, à certaiiis représientants en mission, comme Fouché et Carrier, et à leur demander compte « du sang versé par le crime )^ ? ... , •
Est-ce Robespierre, oui ou non, qui s'est eiODorcé d'em-